Les conséquences des différents épisodes caniculaires records de cet été se font de plus en plus sentir. Y compris là où on ne les attend pas forcément, comme sur le Rhin.
En effet, la sécheresse qui frappe l'Europe est proche de paralyser la navigation sur l'une des voies marchandes les plus importantes du continent. Et la situation ne risque pas de s'améliorer, puisqu'aucune pluie suffisamment massive n’est prévue sur une grande partie de l’Europe. Selon le magazine allemand «Der Spiegel», le Rhin pourrait donc se retrouver coupé en deux ces prochains jours.
La situation est particulièrement critique dans la commune allemande de Kaub, située entre Coblence et Mayence. Selon la Fédération allemande de la navigation intérieure (BDB), le niveau d'eau n’y est plus que de quelques centimètres. Une première. «Le Rhin ne serait donc plus navigable sur toute sa longueur et se retrouverait divisé en deux», alerte Jens Schwanen, directeur général de la BDB.
Déjà peu profond sur ce tronçon,le niveau d'eau pourrait donc continuer de s'abaisser au point d'empêcher les cargos de transporter de marchandises. Les bateaux d'excursion et les croisières fluviales pourrait eux aussi être contraints cesser leurs activités.
Une potentielle hausse de prix en Suisse
Si ce scénario du pire venait à se confirmer, le Rhin se retrouverait tout simplement divisé en deux zones navigables distinctes. Au nord, les navires pourraient continuer de circuler entre les grands ports néerlandais de Rotterdam et d’Amsterdam, le port belge d’Anvers, et la région allemande de Cologne. Au sud de ce point critique, le trafic serait en revanche paralysé, notamment sur les affluents du Rhin que sont le Main, le Neckar et la Moselle, ainsi que via le canal Rhin-Main-Danub. La liaison continue entre la mer du Nord et le sud serait ainsi coupée.
La Suisse serait particulièrement touchée, le Rhin constituant son seul accès indirect à la mer, via la liaison entre Rheinfelden (AG) et Rotterdam. Les marchandises en provenance des ports de Rotterdam et d’Anvers ne pourraient plus être acheminées directement par bateau jusqu’à Bâle, comme le souligne la SRF. Elles devraient alors être transbordées en cours de route sur des trains ou des camions. Une alernative à la fois complexe sur le plan logistique et surtout, très coûteuse.
S'il n'y a pas de risque de pénurie à ce stade, la hausse des coûts de transport pourraient néanmoins se répercuter rapidement sur les prix. Les céréales, le pain, l’essence et les aliments pour animaux pourraient ainsi coûter plus cher pour les consommateurs.
Des défis pour l'industrie suisse
Le secteur de l'industrie est lui aussi sous pression. Les pièces de machines volumineuses ou les produits chimiques nécessitent fréquemment des transports exceptionnels, particulièrement coûteux par la route. A noter que certaines marchandises dangereuses ne peuvent même pas être acheminées par camion.
Le rail ne peut pas non plus absorber le trafic à lui seul. L’axe nord-sud du transport de marchandises est en effet soumis à des restrictions jusqu’en 2030 à cause de travaux.
La route ne constitue pas non plus une solution miracle. Selon la SRF, les camions ne peuvent pas à eux seuls remplacer le transport fluvial sur le Rhin. Un seul bateau en direction de Bâle transporte jusqu’à 90 conteneurs. Pour acheminer la même quantité par la route, il faudrait des dizaines de camions, sans compter les chauffeurs, déjà difficiles à trouver.
«La navigation est difficile»
Du côté du port de Bâle, on souhaite plus que jamais voir la pluie tomber. Naviguer sur le Rhin dans ces conditions constitue un véritable challenge. «La navigation est plus difficile, car le Rhin a un débit très faible et est donc plus étroit», explique à Blick René Stäheli, capitaine du cargo Grindelwald-Mürren. «Là où nous avons habituellement 20 à 30 mètres d’espace pour permettre aux bateaux de se croiser, il ne reste parfois plus que 2 à 3 mètres aujourd’hui.»
L’année dernière, près de quatre millions de tonnes de marchandises ont été importées en Suisse via les trois ports rhénans de Bâle, Muttenz (BL) et Birsfelden (BL). Au total, ces points d'arrivées traitent environ 10% de l’ensemble des importations et exportations suisses.