Pantalon marron, chemise marron, lunettes de soleil foncées: que fait le coprésident d'une section locale de l'UDC à un mariage néonazi? Christian Huber vient d'Ebikon, dans le canton de Lucerne. Mi-mai, il avait été invité par un membre des Hammerskins. Il n'a pas décliné l'invitation. Des photos obtenues par Blick le prouvent.
Le marié était T. W.*, âgé d'une cinquantaine d'années. Cet agriculteur de Suisse centrale est depuis plus de 20 ans un membre actif du groupuscule néonazi Hammerskins. Surveillé par le Service de renseignement de la Confédération (SRC), ce groupe violent, qui s'est réuni dernièrement en Italie, prône la suprématie de la «race blanche».
Au monument Winkelried
La cérémonie de mariage ressemblait à un défilé néonazi. Outre la famille et les proches des mariés, une douzaine de membres des Hammerskins, ainsi que de nombreux autres suprémacistes, y ont participé. Beaucoup d'entre eux affichaient ouvertement leurs convictions, sous forme de pins, de tatouages ou de symboles sur leurs t-shirts.
M. F.*, originaire du canton de Berne, était également présent. Il entretenait des contacts étroits avec l'entourage direct du Nationalsozialistischer Untergrund (NSU), la cellule terroriste dirigée par Beate Zschäpe qui a assassiné neuf migrants et une policière en Allemagne entre 2000 et 2007. M. F. était un ami proche de Holger Gerlach, qui a purgé trois ans de prison pour avoir soutenu le NSU.
Ce n'est sans doute pas un hasard si les mariés se sont dit «oui» devant le monument Winkelried à Sempach. C'est là que, chaque année, les extrémistes de droite défilent pour commémorer la bataille de Sempach. La cérémonie a été célébrée par A. S.*, qui occupe depuis près de 30 ans des fonctions dirigeantes au sein de la scène néonazie suisse, notamment au sein du Parti national suisse (PNOS), aujourd'hui dissout.
Appels à la démission en 2022
Pourquoi Christian Huber a-t-il participé à la cérémonie à Sempach? Il explique que le marié est une «connaissance de longue date» et ajoute qu'il n'était convié qu'à la cérémonie et l'apéritif qui a suivi, pas au repas. Ce membre de l'UDC précise à Blick qu'il n'appartient ni aux Hammerskins, ni à d'autres groupuscules néonazis. Plus jeune, il avait milité durant plusieurs années au sein du PNOS.
«Je me considère comme une personne aux intérêts politiques variés, capable d'entretenir des relations avec des personnes sans nécessairement adhérer à leurs positions», explique Christian Huber. Il entretient également de telles relations «même avec des gens de gauche».
Il semble vrai que Christian Huber ne soit actuellement pas un membre actif d'un groupuscule néonazi. Cependant, sa proximité avec ce milieu interroge et ce n'est pas la première fois qu'il fait la Une des journaux. Au cours des années précédentes, le chef local de l'UDC avait déjà été critiqué pour avoir «aimé » des publications en ligne du groupe néonazi «Kameradschaft Heimattreu». En 2022, des appels à la démission ont été lancés après qu'il a publié sur les réseaux sociaux une photo de lui portant un t-shirt du fabricant de vêtements Sva Stone. La marque ukrainienne est issue du milieu du réseau néonazi Blood and Honour, interdit en Allemagne. Une croix gammée modifiée était apposée sur la manche du t-shirt de Huber.
*Noms connus de la rédaction