En cas d'éboulement
Les Suisses veulent forcer les montagnards à déménager!

L’éboulement de Blatten (VS) a bouleversé le pays. Mais désormais, la solidarité a laissé place à la lucidité. C’est ce que révèle un sondage aux résultats explosifs: en cas de danger naturel, la population estime que les habitants des montagnes devraient s’en éloigner.
Publié: 05:29 heures
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Dernière mise à jour: il y a 30 minutes
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L'éboulement de Blatten (VS) a ému la Suisse.
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Daniel Ballmer

Le cauchemar est devenu réalité. Dix millions de mètres cubes de roches, de glace et de débris se sont abattus fin mai sur le village de Blatten (VS), engloutissant le lieu de vie de plus de 300 habitants. La catastrophe du Lötschental a bouleversé la Suisse et suscité un vaste élan de solidarité. Le chantier de reconstruction a déjà commencé.

Mais trois mois plus tard, cet élan s’est largement essoufflé. Une enquête de l’institut Sotomo, commandée par Blick, révèle que la population est très partagée sur l’avenir de Blatten. Seuls 42% des personnes interrogées se disent favorables ou plutôt favorables à une reconstruction. 55% sont contre. On constate que la population rurale (51%) est nettement plus favorable que les citadins (30%).

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La question de savoir à quoi pourrait ressembler l'avenir de Blatten divise également. Seuls 24% pensent que le village sera reconstruit dans un cadre similaire à celui d'avant l'éboulement. 29% pensent que Blatten ne devrait renaître que sous une forme plus petite et avec moins d'habitants. Et 36% des personnes interrogées ne pensent pas du tout que le village sera effectivement reconstruit.

Le réalisme prend le pas sur la solidarité

Pour Michael Hermann, politologue et directeur de Sotomo, ces résultats sont «explosifs». L'événement avait suscité une vague d’émotion et une forte générosité, rappelle-t-il. Il est donc étonnant qu'une majorité s'oppose désormais à la reconstruction de Blatten: «Cela contredit la grande solidarité du début. Elle a fait place à un réalisme froid.» Avec le temps, la distance émotionnelle a de nouveau augmenté. «C'est un processus normal qui se manifeste lors de chaque événement catastrophique», explique Michael Hermann.

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Un autre enseignement de l’enquête risque d’irriter la population alpine. En effet, une large majorité des personnes interrogées estime que les autorités devraient pouvoir contraindre les personnes à quitter leur lieu de résidence, même s'il n'existe qu'un risque à moyen terme d'un phénomène naturel. Pas moins de 58% sont d'accord ou plutôt d'accord. 39% sont contre ou plutôt contre.

Même les ruraux réclament des mesures

Ce qui est étonnant, c'est que même parmi la population rurale, une majorité de 54% est en faveur de tels déplacements forcés – un score proche de celui des citadins. «Le clivage ville-campagne est moins marqué qu’on aurait pu le penser», commente Michael Hermann. «Mais la population rurale n'est, en grande partie, pas directement concernée, elle vit plutôt dans les vallées que dans les régions de montagne.»

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La position est encore plus nette en ce qui concerne l'augmentation des interdictions de construire dans les zones présentant des risques accrus de dangers naturels. 87% des personnes interrogées y sont favorables ou plutôt favorables. Chez les plus de 55 ans (90%), l'approbation est encore nettement plus grande que chez la jeune génération (69%). Et là encore, l'approbation est plus forte dans les villes (90%) que dans les campagnes. Mais là aussi, elle est nette avec 82%.

Des lotissements probablement abandonnés

Par ailleurs, Michael Hermann trouve remarquable que l'éboulement soit clairement mis en relation avec le changement climatique. 69% des personnes interrogées sont de cet avis. On constate ici de nettes différences entre les partis: 94% des électeurs des Vert-e-s considèrent que le changement climatique en est la cause. Chez les électeurs de l'Union démocratique du centre (UDC), ils ne sont plus que 46%.

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Il est donc logique que 85% des personnes interrogées partent du principe que des catastrophes naturelles comme celle de Blatten vont se multiplier dans les années à venir. Une nette majorité de 72% s'attend également à ce que davantage d'habitations dans les Alpes suisses soient abandonnées à l'avenir en raison des risques naturels.

«Bien que les Alpes soient importantes pour l'image que la Suisse a d'elle-même, la population est étonnamment fataliste», explique le politologue. «On est résigné face au changement climatique et on accepte que des mesures appropriées soient nécessaires.» Pour les habitants des montagnes, l’avenir pourrait bien devenir difficile.

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