Il s’appelait Siraj Mohamed Nur. Père de trois enfants âgés de 10, 9 et 5 ans, cet Erythréen de 43 ans a été battu à mort sur la terrasse du café Le Vaudois, à Lausanne, le 20 août. Plongé dans le coma après une altercation avec des membres du personnel de l’établissement, il est décédé de ses blessures quelques jours plus tard au CHUV, le Centre hospitalier universitaire vaudois.
Durant son hospitalisation, la famille de Mohamed s’est relayée à son chevet, certains proches étant venus de toute l’Europe. «C’était une personne très appréciée de la communauté, toujours le sourire aux lèvres. Un homme très chaleureux», se souvient Feven Afewerki, coprésidente et fondatrice de Gezana, l’association suisse-érythréenne qui s’est rendue auprès de la famille mercredi 26 août.
Une famille désemparée
Depuis, elle assure le lien entre les institutions et les proches endeuillés. Une famille en deuil, dévastée et désemparée. «Ils ont appris par voie de presse que l’auteur présumé du coup mortel avait été relâché. Ils n’ont été contactés ni par la police, ni par la justice. Ils sont dans l’incompréhension la plus totale», rapporte Feven Afewerki.
Interrogé par «24 heures», Vincent Derouand, porte-parole du Ministère public a confirmé: «Les conditions de la détention provisoire n’étaient pas réunies, faute de risque de récidive, de collusion ou de fuite.»
Le conseiller communal lausannois Samson Yemane dit partager cette incompréhension. «Une question orale a été posée par Virginie Zürcher pour les socialistes au conseiller municipal Pierre-Antoine Hildbrand lors de la dernière séance. Il a répondu qu’il n’y avait pas assez d’éléments pour se prononcer.» Amer, Samson Yemane ajoute: «Cela donne l’impression qu’on minimise cette affaire. Est-ce parce qu’il s’agit d’un ressortissant étranger? Ou d’une personne toxicodépendante?»
La mère, les frères et sœurs, les trois enfants ainsi que son ex-épouse rejettent le portrait dressé dans les médias. «On évoque un marginal sans domicile fixe, explique Feven Afewerki. Oui, à la suite de son divorce, Mohamed traversait une mauvaise passe. Il buvait et consommait du cannabis. Mais il n’était pas SDF. Il vivait chez sa mère. C’est d’ailleurs à cette adresse qu’il recevait son courrier postal.» Et d’ajouter: «On donne une image très négative de notre communauté.»
Ce vendredi, la famille enterrera celui qui fut un père, un ex-époux, un fils et un frère. Elle a demandé l’autorisation d’organiser une marche blanche. Pour lui rendre hommage dignement.