Menace de mort, armes saisies...
Un conflit de voisinage dégénère totalement à cause... d'un chemin en gravier

A Walkringen (BE), un chemin de gravier de 500 mètres déclenche un conflit ouvert entre deux voisins. Accusations, justice et perquisition policière ont fait monter la tension d’un cran.
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Thomas Zimmermann est furieux. Depuis environ trois ans, il se dispute avec son voisin.
Photo: Karin Frautschi
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Karin Frautschi

L'atmosphère est pesante à Walkringen, dans le canton de Berne. Thomas Zimmermann et son voisin Andreas Künzler sont en total désaccord. A tel point qu'ils ne s'adressent plus la parole.

A l'origine de la querelle? Un chemin situé sur la parcelle de Thomas Zimmermann. Andreas Künzler l'a aménagé sur près de 500 mètres – sans l'accord du propriétaire.

Le voisin creuse son chemin d'accès

Rembobinons. Depuis 13 ans, l'agriculteur Thomas Zimmermann vit dans sa ferme dans le Mittelland bernois. D'abord en tant que locataire, puis comme propriétaire depuis 2020.

Environ un an après l'acquisition de son logement, Andreas Künzler s'installe avec son épouse dans la maison voisine, à plusieurs centaines de mètres. Cette habitation isolée n'est accessible que par un chemin traversant la propriété de Thomas Zimmermann. Andreas Künzler dispose donc d'un droit de passage pour piétons et véhicules.

A l'origine, ce chemin en terre, bordé d'herbe, n'était praticable que par des engins agricoles. Thomas Zimmermann admet que cela pouvait poser problème à son voisin: «J'aurais été disposé à trouver une solution commune.» Mais lorsqu'à l'automne 2023 Andreas Künzler commence à creuser et à répandre du gravier sans autorisation, la limite est franchie selon lui. «Il ne m'a jamais consulté. C'est illégal!»

Aucun accord trouvé

Thomas Zimmermann affirme: «Je l'ai invité à plusieurs reprises à prendre un café pour en discuter. Il m'a simplement répondu qu'il ne se laissait rien dicter par un jeune paysan comme moi.»

L'élément déclencheur de la dispute est ce chemin.
Photo: Karin Frautschi

En mai 2024, Thomas Zimmermann signale les travaux à la commune. Celle-ci informe les deux parties de la situation juridique. Six mois plus tard, l'agriculteur reçoit une lettre de l'avocat de Andreas Künzler: il est accusé d'entraver l'exercice du droit de passage. Thomas Zimmermann conteste et mandate à son tour un avocat. Début 2025, une audience se tient devant l'autorité de conciliation… sans résultat.

Perquisition de la police

Le conflit atteint un point culminant en novembre dernier. «La police a perquisitionné mon domicile», relate Thomas Zimmermann. Auparavant, la commune avait alerté les forces de l'ordre. «Les deux parties ont proféré des menaces de mort lors d'entretiens séparés avec notre administrateur des constructions, indique la commune à Blick. Ils ont également mentionné la présence d'armes à leur domicile.»

Lors d'une discussion avec Blick, Thomas Zimmermann assure n'avoir jamais eu d'intentions violentes et évoque un malentendu. Lors de la perquisition, la police saisit deux armes et des munitions à son domicile. Les forces de l'ordre se sont également rendues chez Andreas Künzler, sans que l'on sache si des objets y ont été confisqués.

Contacté par Blick, Andreas Künzler ne souhaite pas s'exprimer et renvoie à la procédure en cours. Il précise toutefois: «Pour nous, cette affaire est très éprouvante.»

«Illégal» ou «sans autorisation»?

Concrètement, le nouveau chemin en gravier permet désormais à Andreas Künzler d'y circuler en voiture. Thomas Zimmermann, lui, craint d'en assumer les conséquences. En tant que propriétaire, il répond d'éventuels dommages: «Si l'eau ne s'évacue plus correctement, un glissement de terrain pourrait survenir.»

Des rigoles transversales ont bien été aménagées pour faciliter l'écoulement des eaux. Mais dans un document consulté par Blick, l'Office cantonal des forêts et des dangers naturels qualifie l'exécution des travaux de «défectueuse» et considère le chemin comme illégal, faute de demande de permis de construire.

A certains endroits, comme ici sur la photo, son voisin a élargi le chemin d'au moins 1,5 mètre.
Photo: Karin Frautschi

Interrogée par Blick, la commune conteste cette appréciation. Le chemin serait légal, le cas ayant été examiné dans le cadre d'une procédure de police des constructions. Aucun permis n'était requis, les travaux étant considérés comme de l'entretien non soumis à autorisation. Selon elle, le chemin était déjà partiellement stabilisé et n'a ni été élargi ni substantiellement modifié.

Thomas Zimmermann rejette cette version. En longeant le tracé, il désigne plusieurs endroits qui, selon lui, ont été élargis à l'aide d'une pelle mécanique. Selon la loi, la partie bénéficiant du droit de passage doit en principe assumer l'entretien, lequel relève de la maintenance. En revanche, toute modification structurelle nécessiterait l'accord du propriétaire.

Membre du conseil municipal

L'agriculteur dit se sentir désavantagé du fait qu'Andreas Künzler siège au conseil communal de Walkringen. Le socialiste occupe ce mandat depuis 2025.

La commune assure à Blick que, malgré sa fonction, Andreas Künzler n'exerce aucune influence sur la procédure. Il est soumis à un devoir de récusation dans ce dossier. «Dans cette affaire, il ne reste à Thomas Zimmermann qu'à faire confiance à la commune», précise-t-elle. Mais le quadragénaire affirme avoir perdu cette confiance. Déménager n'est toutefois pas envisageable: «C'est ma maison. Il faudra bien trouver une solution.»

Pour lui, l'essentiel est que plus aucun travail ne soit réalisé sans son accord: «Je tolère le chemin actuel. Mais idéalement, je préférerais que l'ensemble de la route menant à ma propriété et la traversant soit remis en état.» Son exigence est claire: «Tous les travaux doivent être réalisés correctement et conformément aux prescriptions.» A défaut d'accord avec son voisin et la commune, il envisage un retour à l'état initial du chemin.

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