Depuis le début de la guerre en Iran il y a environ deux mois, le trafic maritime via le détroit d’Ormuz a chuté de manière drastique. Dès le mois de mai, l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE) s’attend à une réduction des livraisons vers l’Europe. Le blocus a provoqué une forte hausse du prix du pétrole. Il se situe actuellement à plus de 126 dollars le baril, un nouveau record sur quatre ans.
Cela ne se ressent pas seulement à la pompe à essence. Le pétrole et le gaz sont utilisés pour de très nombreux produits. Les retards et les pénuries ont donc aussi des conséquences directes pour la Suisse. Et les experts craignent que le détroit d’Ormuz reste fermé encore longtemps.
Médicaments
Depuis des années, la Suisse est confrontée à des goulots d’étranglement dans l’approvisionnement en médicaments. La guerre en Iran pourrait encore aggraver la situation. De nombreux médicaments sont fabriqués à base de pétrole. L’OFAE et l’Association des entreprises pharmaceutiques en Suisse (Vips) considèrent encore la situation comme stable. Mais si la crise au Moyen-Orient perdure, cela pourrait changer. Pour les médicaments, nous sommes fortement dépendants de l’étranger. Si les difficultés de livraison persistent, cela aura des conséquences.
Mais ce qui inquiète d’abord le secteur, c’est que la guerre coïncide avec le conflit douanier américain. Washington ne veut pas seulement aligner les prix américains sur le niveau suisse, il exige également des droits de douane de 15% sur les médicaments brevetés. Le président de Vips, Marcel Plattner, estime la situation «alarmante». Conséquence imminente: les innovations arriveront plus tard, voire jamais, sur le marché suisse.
Tout cela peut avoir des conséquences importantes pour les patients suisses. Des produits de niche comme les médicaments pédiatriques, les antibiotiques ou les vaccins pourraient être mis sous pression. Même les préparations «très bon marché» pourraient ne plus être intéressantes sur le plan économique et donc ne plus être produites. Il n’est guère possible de créer rapidement des alternatives. Chaque fabricant doit d’abord être examiné par Swissmedic, selon Plattner. Cela prend un à deux ans. L’augmentation de la production nécessite également un délai d’environ un an. Les réserves obligatoires de la Confédération ne seraient alors plus guère utiles. Pour les médicaments, elles suffisent pour deux à quatre mois.
Engrais
L’approvisionnement en engrais – et donc la culture de denrées alimentaires – a également été mis en avant. En Europe, les importations ont déjà fortement diminué et les prix ont augmenté de 30%. La bonne nouvelle: chez nous, l’approvisionnement est assuré pour le printemps. La majeure partie des engrais actuellement nécessaires a été achetée à l’avance en automne. Ainsi, nos agriculteurs sont moins touchés par les fluctuations de prix et les problèmes de logistique.
Mais la Suisse n’est pas pour autant tirée d’affaire. Les pénuries touchent notamment la Turquie, le Brésil et le Mexique, où sont produits des aliments de base comme le maïs, le blé et le riz. Si les rendements baissent là-bas, nous le ressentons aussi: «Notre système alimentaire est complètement interconnecté», explique Charlotte Pavageau de la fondation zurichoise Biovision, citée par le journal spécialisé «Schweizer Bauer».
Les prix plus élevés pèsent justement aussi sur les pays émergents qui ont peu d’argent à disposition pour les importations. Ils doivent réduire leur consommation d’engrais, ce qui diminue les rendements. «Le blocage pourrait déclencher une crise alimentaire mondiale», souligne Pavageau.
Plastique
L’association sectorielle Kunststoff Swiss se montre également alarmiste. La plupart des cartes en plastique sont issues de combustibles fossiles. «Des difficultés apparaissent de plus en plus dans l’approvisionnement de certaines matières premières et de produits intermédiaires», explique l’association. Outre des hausses de prix massives, les délais de livraison s’allongent également.
Mais pourquoi cela devrait-il nous intéresser, nous les consommateurs? Le plastique est par exemple utilisé pour les emballages. S’il y a une pénurie de matériaux, cela «influencera bientôt la disponibilité des produits les plus divers». Et il est prévisible que les prix augmentent bientôt sensiblement – par exemple pour les boissons dans les bouteilles en PET, des produits ménagers, des articles d’hygiène, des emballages alimentaires, des sacs poubelle ou des matériaux de construction.
Et il est prévisible que si les coûts d’emballage augmentent, les denrées alimentaires deviendront rapidement plus chères. Les Suisses le ressentiront directement dans leur porte-monnaie.