Primes maladie, essence, billets d'avion
L'inflation est au plus bas, alors pourquoi les Suisses ont-ils si mal au portefeuille?

L'inflation est historiquement basse, mais les Suisses ont le sentiment que les prix continuent de grimper. Comment expliquer ce décalage entre les chiffres officiels et le ressenti?
Les prix augmentent peu en Suisse, mais les consommateurs ont souvent le sentiment inverse. Qu'est-ce qui explique ce décalage?
Photo: GIAN EHRENZELLER

En bref

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  • L'inflation en Suisse reste basse, selon l'OFS: 0,8% en août 2026, légèrement supérieure à juillet mais toujours modérée. Malgré cela, de nombreux Suisses perçoivent une hausse constante des prix, selon un sondage du SECO
  • Les primes d'assurance maladie, influencées par l'augmentation des consultations médicales, ne sont pas reflétées dans les statistiques d'inflation, ce qui contribue à l'écart entre l'inflation mesurée et ressentie
  • Depuis 2024, l'inflation annuelle en Suisse n'a jamais dépassé 1%, mais certains ménages, notamment les retraités et les ménages à faibles revenus, ressentent fortement les fluctuations des prix selon Comparis
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Mischa Stünzi

«Tout devient plus cher!» Ce type de remarque revient régulièrement dans nos conversations quotidiennes. Et ce sentiment ne se limite pas à quelques réactions isolées: le sondage régulier du Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) confirme que les Suisses ont bel et bien le sentiment d'être confrontés à une constante hausse des prix.

Pourtant, les chiffres racontent une toute autre histoire: l'inflation atteint actuellement un niveau historiquement bas en Suisse. Jeudi, l'Office fédéral de la statistique (OFS) a publié les chiffres du mois d'août: à 0,8%, l'inflation annuelle était certes légèrement supérieure à celle de juillet, mais restait modérée.

Sur un mois, les prix ont augmenté de 0,4%. Cela fait près de deux ans que l'inflation en Suisse n'a plus dépassé 1%. Comment expliquer cet écart entre l'inflation officiellement mesurée et celle ressentie par la population?

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Les primes d'assurance maladie n'ont aucune incidence sur l'inflation

La hausse des primes s'explique par deux facteurs: les produits et services de santé deviennent plus chers, et les assurés y ont de plus en plus recours. Or, seul le premier facteur est pris en compte dans le calcul de l'inflation.

Ainsi, si un médecin augmente le prix d'une consultation, cette hausse se répercute sur l'inflation. En revanche, si davantage de patients consultent un médecin, les primes d'assurance maladie augmentent, mais pas le renchérissement. Un économiste explique à Blick: «Si le prix d’une voiture augmente, cela se reflète dans les statistiques d’inflation. Mais si vous achetez deux voitures au lieu d’une, le renchérissement reste inchangé.»

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Ce que notre portefeuille ne voit pas

Lorsque le prix des denrées alimentaires, de l'essence ou d'autres biens de consommation courante augmente, on le remarque immédiatement. En revanche, les variations de prix des produits et services que l'on achète seulement occasionnellement passent beaucoup plus facilement inaperçues. Qui a, par exemple, remarqué que les téléviseurs coûtent aujourd'hui près d'un quart moins cher qu'il y a un an?

La couverture médiatique renforce encore ce décalage. Les fortes hausses de prix attirent l'attention: lorsque le prix de l'essence franchit la barre des deux francs ou qu'un appartement de 4,5 pièces à Genève coûte soudain 5300 francs, l'information fait la Une. La baisse du prix des téléviseurs, elle, ne suscite pas le même intérêt. Cette asymétrie contribue elle aussi à façonner notre perception de l'évolution des prix.

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Les pertes pèsent plus lourd que les gains

La psychologie humaine accorde davantage de poids aux pertes qu'aux gains. Les économistes parlent d'«aversion à la perte». Or, une hausse des prix représente une perte de pouvoir d'achat. Elle nous affecte donc davantage qu'une baisse des prix de même ampleur ne nous réjouit.

Imaginons que la moitié des produits du panier de consommation utilisé pour calculer l'inflation augmente de prix, tandis que l'autre moitié baisse dans les mêmes proportions. Le résultat serait une inflation nulle. Pourtant, en raison de notre aversion à la perte, nous aurions malgré tout le sentiment d'être moins bien lotis à la fin de l'année.

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Toutes les inflations ne se valent pas

L'idée selon laquelle «tout devient plus cher» ne serait-elle finalement qu'une illusion? Non. D'abord, les prix augmentent effectivement la plupart du temps. Les périodes de déflation restent rares: au cours des dix dernières années, les prix n'ont baissé qu'à deux reprises, en 2016 et en 2020.

Ensuite, l'inflation mesurée par les statistiques correspond à celle d'un ménage moyen. Or, l'inflation ressentie varie d'un ménage à l'autre. Ce sont actuellement les couples de retraités sans enfants ainsi que les ménages à faibles revenus qui ressentent le plus fortement les effets de l'inflation, selon les calculs de Comparis.

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