En bref
- A Zurich, le complexe de luxe «Halo Homes» reste largement inoccupé malgré son inauguration le 1er juin 2026.
- Plus de la moitié des 69 appartements du complexe, avec des loyers allant de 3300 à 5300 CHF, sont vacants. Ce phénomène illustre les difficultés à louer des logements de luxe dans des zones périphériques.
- Depuis 2019, des centaines d'habitants, notamment des personnes âgées, ont dû quitter Witikon faute de pouvoir payer les nouveaux loyers. Avec un taux de vacance de 0,1% à Zurich, la multiplication des constructions de luxe aggrave la crise du logement abordable.
Ces dernières années, le quartier de Witikon, à l'est de Zurich, a été touché par une véritable vague d'expulsions. Ce quartier résidentiel autrefois paisible a été particulièrement marqué par la politique de rénovation et de densification menée par la ville. Rares sont les zones zurichoises à avoir connu autant de résiliations de ce type.
A plusieurs reprises, des immeubles entiers ont été vidés de leurs habitants. Les anciens immeubles ont pour la plupart été démolis et remplacés par des constructions neuves et luxueuses. Certaines sont désormais achevées et déjà occupées. Mais dans plusieurs endroits, les échafaudages ont beau avoir disparu depuis longtemps, les lumières des appartements ne se sont toujours pas rallumées.
Deux immeubles sur trois sont presque vides
Blick a appris que dans les vastes immeubles neufs de l'Oeschbrig 8 à 14, plus de la moitié des 69 appartements sont encore inoccupés. Les images prises sur place donnent une impression fantomatique. A l'extrême périphérie de la ville, les trois bâtiments ressemblent à une véritable cité fantôme. Seul l'un d'entre eux semble avoir retrouvé un semblant de vie.
Et ce n'est pas faute d'être achevés. Les premiers habitants ont emménagé le 1er juin 2026, il y a plus de deux mois. Autre fait surprenant: seule une fraction des appartements de ce complexe immobilier de luxe, baptisé «Halo Homes», est proposée à la location sur les principaux portails immobiliers comme Homegate et ImmoScout24.
Cher et isolé
Il s'agit d'une décision délibérée, explique l'agence immobilière Yuna Real Estate à Blick. Un choix qui tient aussi au positionnement particulier du complexe. «Il s'agit d'un projet réalisé avec des finitions de très haute qualité, dont le niveau d'aménagement est comparable à celui d'un appartement en copropriété, avec des loyers fixés en conséquence», explique l'agence. Pour un projet de cette envergure, cela rend naturellement la mise en location initiale plus complexe.
Plus les loyers sont élevés, plus le public susceptible de louer ces logements est restreint. Un appartement de 2,5 pièces coûte 3'300 francs par mois, contre 5'300 francs pour un 4,5 pièces. Les charges sont comprises, mais pas la place de parking. Des montants difficiles à assumer pour la classe moyenne.
Des prix particulièrement élevés pour un quartier aussi périphérique. Witikon fait certes partie de Zurich, mais reste relativement isolé et est parfois surnommé la «maison de retraite de Zurich». «Le quartier offre beaucoup de calme, d'espaces verts et une très grande qualité de vie, mais il ne peut être comparé aux quartiers plus centraux de la ville», souligne Yuna Real Estate. Le complexe vise donc un public plus spécifique.
Xania est impliquée dans l'affaire
L'agence immobilière refuse de révéler à Blick l'identité du propriétaire de l'immeuble. Une brève recherche montre toutefois que les biens appartiennent à Dabraux Holding, dont le siège est à Zoug. La société est étroitement liée à Xania, qui s'est forgé à Zurich une réputation de «bête noire des locataires». Elle est notamment connue pour acquérir des biens nécessitant des rénovations avant de les transformer en immeubles de luxe.
Dabraux et Xania sont liées par des participations et plusieurs projets immobiliers. Autre élément notable: plusieurs membres du conseil d'administration de Dabraux Holding portent le même nom de famille que le fondateur de Xania.
«Tout est beaucoup trop cher!»
Les nouveaux immeubles de luxe comme Halo Homes ne sont pas un cas isolé à Witikon. Depuis 2019, des centaines d'habitants ont dû quitter le quartier, faute de pouvoir assumer les loyers des nouveaux logements. Parmi eux, de nombreuses personnes âgées.
C'est notamment le cas de Christina Petermann. Elle avait dû quitter un immeuble de Witikon construit en 1971 en raison d'une surélévation. Elle avait heureusement pu retrouver un logement abordable dans le quartier grâce à une fondation, comme l'avait rapporté Blick.
Depuis, Christina Petermann suit de près les transformations de Witikon. «Je sais que de nombreux appartements sont encore inoccupés dans plusieurs immeubles neufs, déclare-t-elle à Blick. Ce n'est d'ailleurs pas surprenant, tout est beaucoup trop cher!» Cette nouvelle réalité attriste la retraitée, très attachée à son quartier: «C'est tout simplement déprimant. Je pense aux gens, aux familles qui cherchent et espèrent désespérément.»
La spirale continue de s'accélérer
C'est précisément la réalité à laquelle sont confrontés de nombreux Zurichois. Avec un taux de vacance d'environ 0,1%, le marché du logement est extrêmement tendu. Alors que les logements abordables se raréfient, les constructions de luxe se multiplient, au point que le marché peine à les absorber.
Et tandis qu'un immeuble neuf de Witikon est encore à moitié vide, la prochaine remise des clés se prépare déjà quelques rues plus loin. A la Carl-Spitteler-Strasse, 21 appartements locatifs haut de gamme seront disponibles dès le 1er septembre. Douze d'entre eux sont encore à louer.