Le président se confie
Guy Parmelin nous raconte ses meilleurs souvenirs en Suisse romande

Du café du dimanche entre amis à un vol mouvementé en F/A-18, en passant par le sommet Biden-Poutine, Guy Parmelin a confié à Blick ses souvenirs marquants dans les cantons romands. Le président de la Confédération nous emmène dans un tour de Suisse très personnel.
Guy Parmelin a reçu Blick, ce vendredi matin à Berne.
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En bref

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  • A l’occasion de sa présidence de la Confédération, Guy Parmelin a accepté de raconter à Blick un souvenir marquant dans chacun des cantons romands.
  • De Vaud à Genève, en passant par le Jura, Berne, Fribourg, Neuchâtel et le Valais, il revient sur des moments personnels, politiques ou institutionnels qui ont jalonné sa carrière.

Il aurait dû nous raconter tout cela autour du 1er Août. Mais l'agenda d'un président de la Confédération ne laisse visiblement guère de place aux détours. Faute de pouvoir rencontrer Guy Parmelin le jour de la Fête nationale, Blick lui a donc proposé un autre voyage: parcourir la Suisse romande à travers ses souvenirs.

Car avant les sommets internationaux, les discours officiels et les dossiers brûlants, il y a aussi les lieux auxquels on reste attaché. Et le Vaudois de 66 ans en a quelques-uns en réserve.

Président de la Confédération pour la deuxième fois en 2026, Guy Parmelin reste parallèlement chef du Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche (DEFR). Un immense portefeuille qui va de l'agriculture au marché du travail, en passant par la formation professionnelle, la recherche ou encore la politique économique.

Sa carrière au Conseil fédéral n'est évidemment pas qu'un long fleuve tranquille. Mais ce sont les souvenirs plus légers que nous lui avons demandé de sortir de ses tiroirs. Un café du dimanche matin, un vol décoiffant en F/A-18, une escapade présidentielle qui déborde brièvement en France ou encore un accueil hautement scruté du sommet Biden-Poutine à Genève: voici le tour de Suisse romande très personnel de Guy Parmelin.

Vaud: le tea-room avec les copains

Chez lui, dans le canton de Vaud, Guy Parmelin commence par un plaisir beaucoup moins présidentiel. «Un souvenir récurrent, c'est mon café du dimanche matin avec mes amis au tea-room.» Mais lorsqu'il cherche un moment vraiment exceptionnel, le président de la Confédération remonte à 2017 et à un vol en F/A-18 depuis Payerne.

«J'ai volé pendant à peu près une heure et vingt minutes. C'était vraiment impressionnant», se souvient-il. Avant même de décoller, le conseiller fédéral avait découvert que l'expérience nécessitait une certaine préparation. «On fait un bilan de santé avant, il faut ajuster la combinaison, apprendre à respirer avec l'oxygène. Ça se prépare.»

Le vol va finalement lui réserver une surprise supplémentaire. «Pendant qu'on était en l'air, on a été alertés. On a dû faire une 'hot mission' et aller reconnaître un avion qui n'avait pas été identifié.»

Et comment le conseiller fédéral a-t-il encaissé physiquement cette virée à bord d'un avion de chasse? «J'ai pensé que j'allais être malade, mais finalement…» Il s'en est sorti sans encombre.

Parmi ses souvenirs vaudois, Guy Parmelin cite également ses courses d'école du Conseil fédéral. En 2021, année de sa première présidence, il avait choisi de faire découvrir les extrémités de son canton à ses collègues.

«On est allés dans la Vallée de Joux, dans la forêt du Risoud. On a dormi à Rougemont et, le lendemain, on est allés à Villeneuve.» Le périple s'était même offert un petit détour international. «On a momentanément franchi la frontière française durant le trajet jusqu'à Nyon», plaisante-t-il.

Pour sa deuxième présidence, en 2026, le Vaudois a voulu faire autrement. «Cette année, c'était très différent. Je voulais axer ces deux journées sur la problématique de l’approvisionnement économique du pays et la sécurité.»

Le président de la Confédération lors de la dernière course d'école du Conseil fédéral. Comme le veut la coutume, Guy Parmelin a fait voyager les six autres Sages sur ses terres.
Photo: KEYSTONE

Au programme, notamment, les Grands Moulins de Granges-Marnand pour tester la qualité de la farine. Puis direction sa région: «On est allés vers Aubonne et enfin à La Barboleuse, chez la famille Charlet, où on a fait notre pain.» Même si le président reconnaît en riant que son mérite de boulanger doit être relativisé: «Ils avaient déjà pas mal préparé… Mais le lendemain, le pain était excellent! Ce sont de très bons souvenirs.»

Genève: «Au sommet Biden-Poutine, mon discours a été négocié au mot près»

A Genève, Guy Parmelin n'a pas besoin de réfléchir longtemps. «Un souvenir qui va rester, c'est le sommet Biden-Poutine.»

Photo: KEYSTONE

Le 16 juin 2021, le Vaudois était président de la Confédération lorsque Joe Biden et Vladimir Poutine se sont retrouvés à la Villa La Grange. «C'est moi qui ai reçu les deux chefs d'Etat. Il y avait tout un protocole à respecter et une vaste problématique sécuritaire.»

Le contexte était lui aussi particulier. «On venait de rouvrir un peu le pays, après le Covid, de relâcher les mesures sanitaires. C'était vraiment un point d'orgue de mon année présidentielle.»

Mais parmi toutes les images de cette journée historique, c'est un moment très précis qui lui revient: sa prise de parole devant la Villa La Grange, face à une forêt d'objectifs: «Il y avait les caméras du monde entier.»

Et pour le président suisse, pas question de se retrouver à chercher ses mots. «Je devais connaître ma déclaration par cœur. C'est comme une poésie. Il faut connaître le texte à 120%, au cas où vous auriez le trac devant l'examinateur.»

Dans le cadre du sommet, il était moins question de trac que d'exigences des deux puissances lors de cette rencontre historique. «Mon discours a été négocié au mot près, par les Américains et par les Russes. Je ne pouvais pas en dévier ni improviser. Il était répété en anglais et en russe de manière très précise.»

Alors, juste avant de se retrouver sous les projecteurs, Guy Parmelin s'est isolé. «J'étais à l'hôtel. J'ai demandé à mon équipe de sortir pour répéter pendant une heure et j'y suis allé. Une fois devant les caméras, on se lance et on déroule.»

Fribourg: l’apprentissage et l’appendicite

Fribourg, Guy Parmelin en garde des souvenirs doux-amers. Doux car c’est là qu’il a fait son apprentissage, dans la petite exploitation d’Altavilla au-dessus de Morat, du côté alémanique, en suivant les cours de l’école professionnelle de Grangeneuve. «C’est là que j’ai appris la sélection des pommes de terre, la préparation de semences de céréales. Je voulais être seul avec l’exploitant pour pouvoir vraiment apprendre le métier.» Auparavant gymnasien, il n'avait pas vraiment eu l'occasion de travailler dans l'exploitation familiale.

L'institut agricole de Grangeneuve.
Photo: DR

Amers car c’est également à Fribourg qu’il a eu l’appendicite, en pleine nuit alors qu’il dormait à l'exploitation: «Je ne me sentais pas bien depuis la veille et j'avais pris une pastille pour digérer en me disant que dès le lendemain je pourrais traire les vaches. Mais à 3h du matin, je me suis réveillé avec 39 degrés de fièvre. Le lendemain, j’étais opéré à l’hôpital de Meyriez.» Le président a quand même pu compter sur sa famille pour adoucir ce moment pénible: «Je suis resté quelques jours à l’hôpital, où j’ai été très bien reçu d’ailleurs, et mes grands-parents sont venus me trouver, donc tout allait bien.» 

Neuchâtel: la neige qui semble éternelle

«Il y a beaucoup de belles et de bonnes choses à Neuchâtel!» s’exclame Guy Parmelin lorsqu’on évoque le canton entre montagnes et littoral. Pourtant, au moment d’entrer dans les détails, c’est un souvenir plutôt désagréable qui lui revient: «J'ai fait 3 semaines de tirs à Tête de Ran près de la Vue des Alpes – et qu’est-ce qu’il faisait froid! Je me rappelle que dès qu’on redescendait pour aller à l’arsenal, d’un coup, il faisait beau. Mais une fois remontés, le temps était mauvais. Heureusement, un paysan nous avait laissé dormir dans son étable.»

Le président a-t-il laissé une deuxième chance au canton pendant la belle saison? «Oui, j’y suis retourné, il faisait beau. Les Neuchâtelois reçoivent toujours très bien le Conseil fédéral.»

Versant nord de la tête de Ran
Photo: Wikipedia- Zacharie Grossen

Jura: «On arrive toujours à se parler, en Suisse»

Pour le Jura, Guy Parmelin choisit le Marché-Concours de Saignelégier, auquel il avait été convié une première fois comme président de la Confédération en 2021. «Mais ça avait été annulé à cause du Covid, donc j'y suis finalement allé en 2022.»

Le souvenir est resté très vif. «C'est une manifestation superbement organisée. C'est un lieu où se retrouvent tous les Jurassiens et Jurassiennes. Pratiquement tout le monde est là-bas et on rencontre un monde fou.»

Guy Parmelin et sa femme au Marché Concours de 2022.
Photo: KEYSTONE

Cette année-là, l'Argovie était canton hôte d'honneur. «La présentation était magnifique», se souvient le président.

L'ambiance était à la fête, même si une préoccupation planait sur la manifestation. «Il y avait déjà à l'époque une inquiétude sur l'avenir de la race des Franches-Montagnes. Mais c'était vraiment festif.» Et c'est précisément ce que Guy Parmelin préfère retenir de ce rendez-vous jurassien: «Cette édition a montré qu'au final, on arrive toujours à se parler, en Suisse.»

Berne: «A partir de ce moment-là, vous ne vous appartenez plus»

A Berne, Guy Parmelin reconnaît avoir «beaucoup de bons souvenirs», mais difficile pour lui de sortir de la politique. «J'ai été élu en 2003. Le tout début, quand vous entrez dans le Palais fédéral, qu'on vous explique comment tout va se passer, la majesté des lieux… C'est impressionnant.» Il se souvient aussi des premières rencontres avec les conseillers fédéraux.

Mais un moment écrase évidemment tous les autres: son élection au Conseil fédéral, le 9 décembre 2015. «Quand vous entendez le résultat, à partir de ce moment-là, vous ne vous appartenez plus», confie-t-il.

En 2015, Guy Parmelin accède au Conseil fédéral. Comme il dit: «On vous offre des fleurs, on vous pousse devant.»
Photo: Keystone

Tout s'accélère immédiatement. «On vient vous chercher, on vous pousse devant, on vous donne des fleurs.» Il obtient à peine «20 minutes de pause» avec sa famille et les autorités vaudoises avant de replonger dans «le tourbillon médiatique». Le protocole et les sollicitations s'enchaînent tellement que «ce n'est qu'après toutes les formalités qu'on a pu manger, vers 16h».

Quant au sommeil, il n'a pas résisté longtemps au changement de vie. «La veille, j'avais très bien dormi. La nuit d'après, pas du tout.»

Dès les jours suivants, toute une nouvelle existence doit être organisée. «On met des alarmes chez vous, on vous change vos téléphones, il faut répondre à toutes les lettres de félicitations.» Et surtout constituer son équipe: «On peut choisir deux collaborateurs personnels, le secrétaire général, le chef de la communication… Il faut faire tout ça entre le 9 décembre et le 1er janvier.»

Pour ses proches aussi, l'élection marque la fin d'une campagne éprouvante. «La famille est contente, parce que la campagne a été dure. On fouille dans votre passé.» Guy Parmelin assure que les politiques apprennent à encaisser. «Nous, on a le cuir dur. Mais pour les proches, ça peut être difficile de voir son frère, son ami ou son partenaire critiqué comme ça.»

Et quand arrive le 1er janvier, la machine politique ne laisse pas le temps à une installation en douceur. «On vous dit: c'est par là, il faut y aller. Et il faut assumer», sourit le président de la Confédération.

Valais: le devoir de mémoire

Du Valais, Guy Parmelin en retient d’abord ses copains vignerons: «Ils ont les meilleurs vins du monde, comme nous sur le canton de Vaud, ça donne donc une rivalité amicale.» Il se rappelle aussi ses camps de ski à Saint-Luc, Grimentz ou encore à la cabane de la Bellatolla: «Je n’étais pas un très bon skieur, mais c’était très sympathique, à l'époque du Collège de Rolle ou au Gymnase.»

Mais comment parler du Valais sans évoquer un des moments les plus douloureux de sa présidence? «Crans-Montana, c’est un souvenir difficile qui va rester. J’ai rencontré des familles qui ont perdu un enfant. Elles doivent faire leur deuil, les séquelles restent. Pour les grands brûlés, elles sont non seulement physiques mais aussi psychologiques.»

Guy Parmelin et Mathias Reynard, président du Conseil d'Etat valaisan, tiennent des roses à la fin de la cérémonie commémorative pour les victimes de Crans-Montana, déclarée jour de deuil national, le 9 janvier dernier.
Photo: KEYSTONE

Le président est toujours en contact avec certaines familles. «L'une d'entre elles m'a très gentiment invité. J'ai pu prendre des nouvelles de deux jeunes filles qui ont été blessées cette nuit-là. Elles semblent aller mieux, mais comment savoir comment elles dorment la nuit? Comment est le moral? Les psychologues ont un rôle très important à jouer pour aider à surmonter le poids des souvenirs.»

Les suites du drame du 1er janvier 2026 sont multiples pour le président de la Confédération: «Avec les gouvernements valaisan et vaudois, le Conseil fédéral a des contacts réguliers pour trouver des solutions pour soulager les familles et les victimes. Le temps de la justice n’est pas le même que le temps du souvenir. Ces familles font face à des problèmes, des frais médicaux, et chaque cas est différent. On ne fait jamais tout juste, mais on fait le moins mal possible. Le plus gros défi qu’on a, c’est de ne jamais les oublier.»

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