Quelles régions de Suisse sont à risque de méningo-encéphalite à tiques (FSME)? La réponse à cette question est devenue aussi simple qu'alarmante, puisque l'entier du territoire, à l'exception du Tessin, est désormais concerné. Avec 500 cas recensés en 2025, le nombre d'infections n'a jamais été aussi élevé, révélait la RTS au début du mois de mars.
Et la situation n'est pas près de s'atténuer, puisque le réchauffement climatique offre des conditions favorables à la prolifération des tiques, qui savourent désormais des saisons chaudes de plus en plus longues. Pour rappel, ces vicieux acariens aiment se cacher parmi les herbes hautes ou les buissons, dans les zones humides et ombragées, comme les clairières, les sous-bois ou les lisières de forêt, en attendant voracement le passage de leur prochaine victime.
Par leur morsure, elles sont malheureusement susceptibles de transmettre plusieurs affections sérieuses, dont l'encéphalite à tiques, une maladie virale pouvant affecter le système nerveux central chez 5 à 15% des personnes infectées, indique l'OFSP.
La moitié des patients développe une forme sévère
«Le virus provoque généralement une première phase caractérisée par de la fièvre, environ une semaine après la morsure, précise le professeur Gilbert Greub, directeur de l'Institut de microbiologie du CHUV. On n'observe pas d'érythème migrant sur la peau, comme pour la maladie de Lyme, signifiant qu'une infection peut facilement passer inaperçue. Le virus se réplique ensuite dans différents organes, notamment le foie, et atteint le cerveau chez environ une personne sur deux. Cela peut entraîner une encéphalite, c’est-à-dire une inflammation du cerveau.»
Parmi les conséquences possibles, l'OFSP liste des vertiges, des maux de tête, des troubles de la concentration, ainsi que des paralysies des membres et du visage. Mortelle dans 1% des cas, lorsque l'atteinte est neurologique, la FSME peut toutefois entraîner une invalidité durable, avec des symptômes lourds. «Environ la moitié des patients atteints d’encéphalite développent une forme sévère nécessitant des soins intensifs, ajoute le professeur Greub. Certains peuvent garder des séquelles importantes, comme une paralysie, tandis que d’autres parviennent à bien récupérer.»
1 tique sur 100 est porteuse du virus
On estime qu'1% des tiques sont porteuses du virus TBEV (Tick-borne encephalitis virus), causant la FSME, confirme notre intervenant. «Dans le cas de la maladie de Lyme, le risque d'infection diminue si l'on parvient à retirer la tique dans les heures qui suivent la morsure, rappelle-t-il. En revanche, l'encéphalite à tiques est davantage transmissible, car une quantité plus importante de virus est injectée dans l’organisme en très peu de temps. C'est aussi pour cela que la vaccination est particulièrement importante.»
Celle-ci est effectivement conseillée dans toute la Suisse, depuis 2019. Administrée en trois doses (à 0, 1 et 6 mois d'intervalle) et disponible en pharmacie au prix d'environ 70 fr. par dose, elle offre une protection contre la FSME durant une dizaine d'années: «Je recommande la vaccination pour tout le monde, insiste notre expert. Actuellement, la couverture reste relativement faible, oscillant autour de 30% de la population, probablement par manque de sensibilisation. Bien que le risque d’infection soit faible, les conséquences potentielles sont suffisamment importantes pour justifier la vaccination.»
Le vaccin est efficace et bien toléré
Composé du virus complet atténué, le vaccin agit en stimulant la production d’anticorps neutralisants dirigés contre une protéine du virus, ce qui empêche celui-ci d’entrer dans les cellules. Rarement, des cas d'infections peuvent survenir chez des personnes vaccinées, mais ceux-ci sont généralement moins graves, ce qui suggère que le vaccin protège contre les formes sévères de la maladie, pointe le spécialiste. «Le produit est bien toléré et entraîne peu d’effets secondaires.»
La vaccination est également possible chez les enfants, généralement dès l'âge de trois ans (sauf en cas de situation particulière ou de risque élevé), dans la mesure où le virus s'avère plus dangereux pour les adultes: «Pour des raisons encore mal comprises, l’encéphalite à tiques est généralement moins grave chez les enfants que chez les adultes, sachant que les formes sévères chez les très jeunes enfants sont rares», note le professeur Greub.
Une découverte tessinoise très prometteuse
En plus du vaccin, d'autres traitements préventifs sont actuellement en cours de développement, à Lausanne. Notre intervenant se réjouit en effet d'une récente découverte réalisée par le Dr Davide Robbiani, à l’Institut de recherche biomédecine de Bellinzone, en collaboration avec l’Institut Rockefeller: «L'équipe est parvenue à identifier et produire un anticorps particulièrement efficace contre l'encéphalite à tiques, explique le professeur Greub. Les chercheurs ont étudié des patients guéris pour identifier les meilleures réponses immunitaires, puis ont produit ces anticorps in-vitro, en laboratoire. L’un d'entre eux, appelé TBE025, a montré une bonne efficacité chez l’animal, ce qui nous a encouragés à lancer une étude de phase 1 chez l'humain.»
Cette phase consiste à administrer l’anticorps à neuf volontaires sains pour vérifier son innocuité. Si aucun effet secondaire n’est observé chez ces volontaires, une phase 2 sera menée chez des patients infectés afin d’évaluer l’innocuité et l’efficacité du traitement, dès avril 2027. «Ensuite, une phase 3 à plus grande échelle sera nécessaire avant toute autorisation de mise sur le marché, qui pourrait intervenir vers 2030», précise l'expert.