Renens se gentrifie-t-elle à vitesse grand V? C’est une des craintes face au développement rapide de cette ville historiquement ouvrière. Le chef-lieu de l'Ouest lausannois se densifie, d'anciennes imprimeries deviennent des incubateurs de startups et sa gare se mue en nœud ferroviaire majeur. Dans ce contexte, la donne politique pourrait, elle aussi, basculer le 8 mars.
Le 8 mars, la Suisse vote tous azimuts. Objets fédéraux sensibles, enjeux cantonaux brûlants et élections locales décisives: de Berne aux communes, c’est un véritable super scrutin qui s’annonce. Fiscalité, santé, institutions: tour d’horizon d’un dimanche à haute tension démocratique.
Le 8 mars, la Suisse vote tous azimuts. Objets fédéraux sensibles, enjeux cantonaux brûlants et élections locales décisives: de Berne aux communes, c’est un véritable super scrutin qui s’annonce. Fiscalité, santé, institutions: tour d’horizon d’un dimanche à haute tension démocratique.
Au terme d'une législature d'une Municipalité entièrement acquise à la gauche – deux POP, trois socialistes dont le syndic Jean-François Clément ainsi que deux Verts – la droite entend bien reconquérir les sièges perdus en 2021. Le Parti ouvrier et populaire (POP), lui, joue sa survie locale – voire cantonale. Le parti est ancré dans cette ville qui constitue son bastion, avec deux sièges sur les trois que compte le parti dans des Exécutifs vaudois.
Sept sièges à repourvoir
Dans cette élection, ce sont douze candidats qui sont en lice pour les sept sièges. A gauche, les partis ne présentent pas plus de candidats que le nombre de sièges qu'ils ont actuellement. Les écologistes accusent le départ d’une figure politique majeure: celui de Tinetta Maystre, après vingt années passées à l’Exécutif.
A droite, le PLR et les Vert'libéraux présentent un candidat chacun. L’UDC présente deux candidats et l’Union démocratique fédérale se contente d’un seul. Au Conseil communal, la droite possède, cependant, 24 sièges sur les 78 que compte le Législatif renanais.
Renens un bastion du POP
La section locale du POP, baptisée «Fourmi rouge», présente deux candidates pour succéder à ses deux sortants: Carole Castillo et Elizabete Cunha. Toutes deux sont aguerries à la politique locale et siègent au Conseil communal, elles incarnent la continuité d'un parti qui revendique son ancrage populaire. «Notre succès à Renens repose sur un travail de terrain construit sur de nombreuses années», analyse Carole Castillo. Un constat que partage le syndic socialiste qui reconnaît volontiers que le parti de la gauche radicale dispose «d'une force de persuasion assez incroyable», portée par une présence importante dans la ville.
Déjà dans la course en 2021, Carole Castillo se dit prête à «servir la population», forte de cinq années de préparation au sein du parti. Pour elle, l'enjeu central reste le logement – sans négliger, dit-elle, «ses autres luttes»: notamment la gratuité des transports pour les étudiants et les bénéficiaires de l'AVS. Elle ne partage pas nécessairement l’avis que la ville se gentrifie, elle décrit une ville avec une «mixité sociale riche», dans laquelle elle souhaite se battre pour protéger le plus précaires.
Le défi de la gentrification
De son côté, le syndic socialiste Jean-François Clément, en poste depuis 2016, veut rempiler pour cinq ans. Il sort d'une législature qu'il qualifie de «folle et incroyable», au cours de laquelle la ville a traversé «une phase de développement importante». L'arrivée du tram en fin d'année constitue, selon lui, «un nouveau souffle pour la ville».
La question du logement est, pour lui, aussi centrale. Pour l'élu socialiste, l'enjeu principal de la prochaine législature sera de contenir «la soif inassouvie des promoteurs immobiliers». Des outils existent, assure-t-il, notamment des quotas qui garantissent des logements d'utilité publique (LUP). Car le revirement est saisissant, «il y a quelques années encore, personne ne voulait investir à Renens, aujourd'hui, tout le monde veut y construire des tours, se réjouit-il, mais insiste: Cela ne doit pas se faire au détriment des habitants historiques de la ville.» «Le profit ne doit pas mettre à mal la mixité sociale de la ville», martèle Jean-François Clément. Objectif donc: maintenir des loyers abordables afin d'éviter que «la gentrification ne s'installe trop fortement».
Retour de la droite?
A droite, la libérale-radicale Elodie Golaz Grilli tente de reconquérir un siège. «Il est temps que la droite reprenne au moins un siège, voire deux ou trois, affirme-t-elle. Cette majorité absolue de la gauche, je ne pense pas que ce soit bénéfique pour la ville.» Les citoyens doivent se sentir représentés, plaide-t-elle.
Un avis que partage à demi-mot le syndic: «L’ADN de la Ville comprend de longue date la multiculturalité, la solidarité et la créativité», concède-t-il. «La diversité des regards, pleinement respectueuse de ces valeurs, est un enrichissement.» La candidate PLR fait liste à part mais indique qu'elle collabore étroitment avec Florian Gruber, le candidat Vert'libéral. Une collaboration qu'elle juge «nécessaire et positive».
Elle partage certaines craintes des autres élus sur le logement, mais ses solutions diffèrent. Elle critique par exemple le blocage par la Municipalité, en 2024, du projet immobilier sur les anciennes Pépinières Meylan, comme le relayaient nos confrères de «24 Heures». Le Fonds interprofessionnel de prévoyance (FIP), nouveau propriétaire du terrain, veut y construire un nouveau quartier pouvant accueillir 1000 habitants. Le projet est gelé pour cinq ans, mais pourrait refaire surface durant la législature à venir.
Carole Castillo, qui siégeait alors au plénum et qui soutient ce blocage, le justifie ainsi: «Il faut que les infrastructures suivent autour des grands projets immobiliers, l'idée étant que ce ne soit pas uniquement les promoteurs immobiliers qui en récoltent les fruits.»
Le POP fragilisé
Le 8 mars, le POP pourrait perdre des plumes ailleurs dans le canton. A Lausanne, le parti de gauche radicale doit défendre son siège. Après deux législatures, son édile David Payot se retire. C'est Xavier Roth qui brigue le siège.
Conscient des enjeux, il déclarait à Blick: «C’est un secret de polichinelle que ce siège est particulièrement à risque, mais ce rôle d’outsider me plaît.» Dans le reste du canton, le POP espère également entrer aux Municipalités de Nyon et Morges.