Le Suisse arrêté est lié au réseau Blood and Honour
Un jeune homme meurt après une soirée marquée par des saluts hitlériens et du rock néonazi

Un jeune homme est mort après une bagarre lors d’une after-party au club Bandits de Tuggen, dans le canton de Schwytz. Un Suisse de 42 ans, présenté comme un membre de longue date du réseau néonazi Blood and Honour, est en détention provisoire.
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Un jeune homme de 27 ans est mort après une altercation à la suite d'un concert à Tuggen (SZ).
Photo: deanmandile.com via mandile/Instagram

En bref

  • L'Allemand tué lors d'une fête dans un club schwytzois a probablement été victime de violences d'extrême droite
  • Un Suisse de 42 ans est en détention provisoire: il appartient à l'organisation néonazie Blood and Honour
  • Des témoins rapportent la présence d'un groupe d'extrémistes de droite extrêmement agressifs
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Fabian Eberhard

Des saluts hitlériens, du rock néonazi et la mort d'un jeune homme de 27 ans: une semaine après les faits, que s’est-il réellement passé dans la nuit du samedi 17 au dimanche 18 octobre dans le club Bandits de Tuggen?

«Nous étions sans protection, démunis, et nous avons supplié les agents de sécurité de nous aider», partage un jeune témoin sur Facebook. Il raconte avoir pris la mère du défunt dans ses bras, tandis que les auteurs présumés continuaient à danser sur du rock néonazi.

Des néonazis provoquent les fêtards

Les informations recueillies par Blick dessinent un drame d'ampleur dans ce club schwytzois. L'auteur présumé serait un néonazi de longue date rattaché au réseau Blood and Honour. Si les témoignages récoltés sur place venaient à se confirmer, le jeune homme serait la première victime de violences d’extrême droite en Suisse depuis des décennies à être publiquement identifiée comme telle.

Pourtant, ce samedi soir, l'événement débute dans une ambiance festive, portée par les accords de guitare du groupe allemand Krawallbrüder. La foule se déchaîne au rythme du «oi!», un sous-genre controversé du punk rock. C'est alors que tout bascule. Des néonazis provoquent les fêtards en multipliant les saluts hitlériens. Dans le public, la plupart se revendiquent apolitiques, d’autres de gauche.

Un extrémiste de droite en détention

Les perturbateurs sont alors expulsés de la salle par les agents de sécurité… avant de rapidement refaire surface. Après minuit, lors de l’after-party, la fête dégénère à nouveau. A la demande des néonazis, le DJ lance un morceau du groupe d’extrême droite Landser.

Les saluts hitlériens reprennent, suivis de nouvelles bousculades. Plusieurs fêtards interviennent et une bagarre éclate. Dans un accès de violence, un Allemand de 27 ans est projeté au sol d’un coup de poing. Pris en charge par la Rega, il est transporté à l’hôpital, où il décédera peu de temps après.

Moins de 24 heures après les faits, la police arrête un Suisse de 42 ans. Selon les informations de Blick, le tribunal des mesures de contrainte du canton de Schwytz a ordonné son placement en détention provisoire pour une durée d’au moins trois mois.

Le Ministère public a ouvert une instruction pour homicide intentionnel. Concrètement, la justice soupçonne le quadragénaire d’avoir délibérément cherché à tuer le jeune Allemand, ou à tout le moins d’avoir porté ce coup fatal en sachant pertinemment qu’il pouvait lui coûter la vie.

«Des femmes ont été rouées de coups»

Plusieurs sources confirment au journal que l'homme arrêté est un membre de longue date du réseau néonazi Blood and Honour, interdit en Allemagne. Il s'est rendu au concert avec des camarades et appartenait au groupe qui a lancé les provocations.

Sur Facebook, un témoin du concert partage un récit accablant. «Des femmes ont été rouées de coups alors qu’elles tentaient de porter secours à leurs maris. Plusieurs amateurs pacifiques de «oi!» ont été blessés, tandis que les agents de sécurité restaient à regarder.» Ces affirmations n’ont toutefois pas pu être vérifiées.

Le passé politique des personnes impliquées fait partie de l’enquête en cours, confirme le Ministère public, qui refuse de fournir davantage de détails. A ce stade, les enquêteurs établissent qu’une altercation a opposé cinq à dix personnes, «vraisemblablement parce que plusieurs des participants avaient fait le salut hitlérien».

Des liens avec le groupe terroriste NSU

Une révélation explosive donne une autre dimension aux événements de Tuggen. Selon les informations disponibles, le néonazi R. M.*, surnommé Manole, aurait lui aussi assisté à la soirée. Il aurait entretenu des liens étroits avec le Nationalsozialistischer Untergrund (NSU), un groupe terroriste d’extrême droite allemand responsable de l’assassinat de neuf personnes issues de l’immigration et d’une policière entre 2000 et 2007.

R. M. a travaillé pendant près de dix ans en Saxe sous le nom de code «Primus» comme informateur pour l'Office fédéral de protection de la Constitution, le service de renseignement intérieur de la République fédérale d'Allemagne. Selon plusieurs témoignages, il aurait employé entre 2000 et 2001 Beate Zschäpe et Uwe Mundlos, deux membres du noyau dur du NSU. Il a ensuite fui en Suisse. En 2016, les autorités suisses ont refusé une demande d’extradition formulée par l’Allemagne.

Aujourd’hui installé dans le Sarganserland, dans le canton de Saint-Gall, R. M. faisait également partie du réseau néonazi Blood and Honour. Dimanche, au lendemain du concert de Tuggen, il a attribué cinq étoiles au club Bandits sur Google. Son commentaire était sans équivoque: «C’était une sacrée fête hier.»

Un club très apprécié des néonazis

La présence de néonazis violents à Tuggen n'est pas un hasard. Depuis des années, la région située sur la rive supérieure du lac de Zurich constitue un bastion du réseau Blood and Honour en Suisse. Le club Bandits serait lui aussi un lieu très apprécié des milieux d’extrême droite.

Des images en possession de Blick montrent que des clients portant des pulls aux couleurs de Blood and Honour fréquentaient déjà l’établissement les années précédentes. Parmi eux figuraient même des cadres venus de l’étranger. Plusieurs habitants de la région décrivent le club comme un point de rencontre bien connu des extrémistes de droite. Par crainte de représailles, ils préfèrent garder l’anonymat.

Après certaines agressions d’extrême droite survenues en 2014, un exploitant du Bandits avait déjà confié à Blick que l’établissement rencontrait régulièrement des problèmes avec des néonazis. Des mesures avaient été prises: «Depuis, notre service de sécurité dispose d’une liste noire. Les personnes qui y figurent ne peuvent plus entrer dans le club.»

«Notre sympathie va à sa famille»

Mardi, les responsables du Bandits ont pris la parole sur Instagram: «C'est avec une grande consternation et une profonde tristesse que nous avons appris la mort tragique d'une personne qui avait auparavant été notre client. Nous adressons nos sincères condoléances à sa famille, à ses amis et à tous ceux qui lui étaient proches.»

Blick rapporte que la victime était au concert de Krawallbrüder avec sa mère et deux amies. D’après l’une de ses connaissances, il n’était pas particulièrement politisé. Pour l’heure, peu d’informations ont filtré sur ce jeune homme.

Le groupe d'extrême droite s'est exprimé mardi dans un communiqué: «Au cours de la soirée, quatre clients ont attiré l'attention, notamment parce qu'ils portaient des t-shirts à l'effigie de Blood & Honour Zürich. À notre demande et sur notre intervention, la sécurité les a immédiatement expulsés de la salle.»

Krawallbrüder prend ses distance

Lorsque les violences ont éclaté, les membres du groupe Krawallbrüder n'étaient plus dans le club et n'avaient pas connaissance d'une after-party. Sur les réseaux sociaux, des connaisseurs de la scène «oi!» adressent malgré tout des reproches à Krawallbrüder. Si le groupe s’est à plusieurs reprises distancié de l’extrême droite, des militants de cette mouvance auraient régulièrement assisté à ses concerts. Les spécialistes de la scène situent ainsi le groupe dans une «zone grise», à la frontière entre le punk skinhead et l’extrême droite.

Des néonazis ont fêté l'anniversaire d'Hitler

L'incident de Tuggen devrait une fois de plus attirer l'attention des autorités sur le réseau international Blood-and-Honour. De nombreux adhérents helvétiques ont désormais une quarantaine d'années et sont pères de famille. Ce serait également le cas du membre arrêté après le drame, selon certains proches.

L’organisation avait déjà fait parler d’elle en avril dernier, lorsque près de 150 sympathisants s’étaient réunis à Thusis (GR) pour un concert clandestin. Les extrémistes y célébraient l’anniversaire de leur idole, Adolf Hitler.

*Nom connu

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