Des milliers de manifestants dans les rues
Un 1er mai traversé par les débats sur le G7 et la Suisse à 10 millions

Partout en Suisse, les syndicats ont mobilisé des milliers de personnes pour le 1er mai. Les cortèges ont été traversés par des tensions et un front politique contre l’initiative de l’UDC.
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A Genève, l'opposition au sommet du GT était visible au sein du défilé.
Photo: keystone-sda.ch

A l'occasion de la Journée des droits des travailleurs et travailleuses le vendredi 1er mai, les syndicats ont défilé dans une cinquantaine de localités en Suisse. Le mot d'ordre était: «Défendre les salaires et les emplois. Non au repli sur soi». L'initiative de l'UDC pour limiter l'immigration était particulièrement visée.

A Zurich, la principale manifestation du pays a réuni à la mi-journée plus de 15'000 participants, a indiqué l'Union syndicale suisse (USS). La manifestation s'est déroulée dans un climat globalement pacifique. Des dégâts matériels isolés ont toutefois été constatés en cours de route. Des individus cagoulés se sont détachés d'un groupe de manifestants d'extrême gauche dans la Bahnhofstrasse. Ils ont tagué des murs et des vitrines, et ont allumé des pétards et des feux d'artifice.

Une manifestation non autorisée a suivi le défilé officiel. Pour la première fois depuis longtemps, la police a d'abord laissé faire. Plusieurs centaines de personnes y ont pris part. En marge, un motard de la police a été agressé, ce qui a poussé plusieurs agents à intervenir pour maîtriser l'agresseur.

Un défilé non autorisé a aussi eu lieu à Berne vendredi soir. Un millier de personnes sont descendues dans les rues de la capitale pour le «1er mai révolutionnaire», répondant ainsi à un appel lancé par des groupes d'extrême gauche. Selon un correspondant de Keystone-ATS, ce rassemblement non autorisé a surtout attiré des jeunes. La manifestation avait pour slogan «La lutte des classes plutôt que la patrie – Pas de guerre sur le dos de notre travail».

Opposition au G7

A Genève, près de 3000 personnes ont participé au cortège à l'appel des syndicats. L'opposition au sommet de G7, qui se tiendra en juin à Evian (France), était bien visible dans le défilé, en plus des traditionnelles revendications liées à la défense des conditions de travail.

Près de 2500 personnes se sont réunies à Bâle, selon la police. Une partie des manifestants a dévié sans autorisation du parcours officiel, mais le rassemblement s'est déroulé «sans incident majeur».

A Bienne, environ 400 personnes ont manifesté. «Ensemble et solidaires, l'argent pour les salaires, pas pour la guerre», a scandé la foule, entre autres slogans appelant à la solidarité. Une partie du cortège a crié «Anti, anti, anticapitalistes!».

Mise en garde

Plusieurs personnalités politiques, dont les deux membres socialistes du Conseil fédéral, se sont exprimés. Tous ont tiré à boulets rouges sur l'initiative «Non à une Suisse à 10 millions!» de l'UDC. Dans son discours prononcé à Liestal (BL), Elisabeth Baume-Schneider a évoqué les grands dossiers sociaux qui agitent la Suisse.

Selon la version écrite de son discours, la cheffe du Département fédéral de l'intérieur (DFI) a souligné que les avancées sociales doivent être «conquises» et parfois «défendues de toutes ses forces», en particulier sur les fronts des soins, de l'AVS et des relations avec l'Union européenne.

Autre point majeur du discours, la votation du 14 juin sur l'initiative de l'UDC visant à limier l'immigration. «Cette initiative est dangereuse. Elle met en péril la stabilité de secteurs clés de notre pays», a déclaré la Jurassienne.

A Bienne, son collègue de parti et de gouvernement Beat Jans a qualifié de «promesses en l'air» les solutions de l'initiative, qui prétend résoudre le problème des trains bondés, les embouteillages, les loyers, la criminalité ou encore les problèmes environnementaux. «Cette initiative extrême est un grand risque», a lancé le Bâlois. «Elle crée encore plus d'incertitude dans une période déjà très incertaine.»

«Une menace pour le pays»

Pour le président de l'Union syndicale suisse (USS), Pierre-Yves Maillard, l'initiative est une menace pour le pays, tant pour les salaires, les retraites ou les emplois.

«Nous ne voulons pas d'une Suisse où les travailleuses et travailleurs peuvent certes venir, mais au prix d'une séparation de leurs familles. Nous nous opposons à la suppression des contrôles salariaux, à la sous-enchère salariale et au travail au noir», a notamment affirmé le conseiller aux Etats vaudois dans un communiqué de l'USS. Il devait s'exprimer en fin de journée à Lausanne.

«Ce pays nous appartient à tous. Une heure de travail sur trois est effectuée ici par des migrants», a souligné le co-président du PS Cédric Wermuth à Baden (AG) et Langenthal (BE), soulignant la contribution positive de la migration à l’industrie, aux écoles et aux hôpitaux.

L'Argovien a évoqué un «malaise justifié» face à la répartition des libertés et de la richesse dans la société: 40% des salariés sont épuisés et les salaires stagnent. Le coût de la vie, les loyers et les primes d’assurance maladie augmentent. Dans le même temps, les bénéfices des grands groupes et la fortune des plus riches explosent. Pour le co-président du PS, l'initiative de l'UDC est «l’une des plus extrêmes que la Suisse ait connues ces dernières années».

Sa collègue Mattea Meyer, autre co-présidente du parti, a vivement critiqué à Unterseen (BE) les décisions du Conseil national concernant l’initiative sur les soins. La volonté du peuple est bafouée. Le personnel soignant et les patients en paient le prix. Il y a toujours de l’argent pour les avions de combat, les banques avides et les autoroutes, mais pas pour traiter les gens décemment, a-t-elle lancé.

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