Des alliances contre-nature
Les plans fiscaux d'Albert Rösti pour les voitures électriques tombent à l'eau

Avec la hausse du nombre de voitures électriques et la baisse des recettes, le Conseil fédéral envisage d’introduire une taxe sur les voitures électriques. L'UDC s’y oppose, tandis que le PS craint une remise en cause des objectifs climatiques.
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Comme les voitures électriques ne font pas le plein d'essence et doivent payer des taxes sur celle-ci, la Confédération manque d'argent.
Photo: Keystone
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Lucien Fluri

Leurs avis ne pourraient pas être plus éloignés l’un de l’autre. D’un côté, l'Association Transports et Environnement, l'ATE, se bat régulièrement contre les projets qui favorisent la voiture. De l’autre, Auto Suisse, le lobby des importateurs automobiles, ardent défenseur d’une politique pro-voiture.

Et pourtant. Pour une fois, les deux organisations parlent d’une seule voix. Toutes deux s'opposent aux projets du ministre des Transports Albert Rösti. Le conseiller fédéral UDC veut introduire des taxes pour les voitures électriques dès 2030. Une idée qui se heurte à une levée de boucliers quasi générale.

Les objectifs climatiques torpillés?

L'ATE et Auto Suisse sont toutes deux convaincues que cette taxe arrive trop tôt. Du point de vue de l'ATE, elle ne devrait pas être appliquée avant 2035. L'association des transports craint – tout comme le PS – qu’une hausse des coûts ne freine la transition énergétique. Les voitures électriques sont encore loin d’être majoritaires sur les routes suisses, et une nouvelle charge fiscale pourrait casser une dynamique déjà fragile.

Auto Suisse, de son côté, rejette purement et simplement le projet. Selon l’association, il ne serait pertinent de parler d’imposition qu’une fois que 30 % du parc automobile sera composé de véhicules rechargeables.

De plus, la branche va mal, 2025 a été une année noire pour les ventes. A cela s’ajoute la menace de centaines de millions de francs d’amendes liées aux émissions excessives de CO2 des véhicules vendus. Les Vert'libéraux ne veulent pas non plus de taxe tant que les conditions-cadres pour les voitures électriques ne seront pas meilleures.

Albert Rösti craint pour ses recettes

Pourquoi Albert Rösti s'est-il engagé dans un tel projet? «La taxe assure une imposition équitable», écrit la Confédération dans ses documents. Toutes les voitures doivent contribuer au financement des routes.

Pour chaque voiture électrique, la Confédération perd 600 francs d'impôts par an, contrairement à une voiture thermique. Aujourd'hui déjà, environ 1,3 milliard de francs de recettes fiscales sur les huiles minérales alimentent la caisse générale de la Confédération, qui est en train de dépérir. Le Conseil fédéral ne veut pas voir ces recettes fondre.

Selon les projections du Département des transports, 30% des voitures pourraient être électriques d’ici 2030. Un scénario qui inquiète les finances publiques. Mais cette hypothèse semble optimiste: il faudrait alors 1,4 million de véhicules rechargeables en Suisse, contre environ 380'000 aujourd’hui. Au rythme actuel, l’objectif paraît difficilement atteignable.

D’autant plus que, pour l’instant, les automobilistes versent globalement plus d’argent que ce que le réseau routier ne coûte réellement.

Les Vert-e-s pour une fois sur la ligne de Rösti

Autre alliance de circonstance des plus surprenantes: seuls les Vert-e-s approuvent sans réserve l'ex-président d'Auto Suisse. Son propre parti, l’UDC, rejette la proposition.

«Les voitures électriques ne sont pas non plus exemptes d'émissions. L'abrasion des pneus et des freins provoque des particules fines nocives pour la santé», expliquent les Vert-e-s pour justifier leur oui à la taxation. «De plus, les véhicules électriques génèrent également des coûts externes en raison du bruit, des accidents et de l'utilisation de l'infrastructure.»

En revanche, l'UDC rejette fondamentalement le projet de son Conseil fédéral. Le parti rejette «en particulier l'imposition cimentée des automobilistes au profit de la caisse générale de l'Etat», comme elle l'écrit.

Entre ces deux camps, le TCS et le PLR empruntent une voie intermédiaire. Les libéraux-radicaux argumentent que celui qui fait appel aux prestations de l'Etat doit aussi les payer. Mais ils craignent une augmentation de la bureaucratie en raison des plans de mise en œuvre de la Confédération. Comme solution transitoire, le parti demande, tout comme le TCS, un forfait modéré pour les véhicules électriques.

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