«Il ne s’agit pas simplement de lois, mais de destins brisés et de familles en quête de réponses», confie le père d'un jeune homme décédé lors du drame de Crans-Montana, bouleversé.
Il s'adresse à Gastrovalais, l'association professionnelle qui représente plus de 1800 établissements gastronomiques en Valais. Après des semaines de silence, celle-ci s'est exprimée ce week-end sur la catastrophe du bar «Le Constellation».
Pas de durcissement!
A l'occasion de la session du Parlement valaisan qui aura lieu la semaine prochaine, Gastrovalais a envoyé un mail à tous les parlementaires avec une demande claire: pas de durcissement de la protection contre les incendies!
Dans ce courriel, signé par le président André Roduit et le directeur Stève Delasoie, on peut lire: «Nous souhaitons apporter des éléments factuels et structurés afin d'éviter que le débat ne se base sur des informations incomplètes ou sur un cas particulier comme principe général.»
Les lobbyistes de la restauration entrent ensuite dans le vif du sujet. «Un événement tragique ne doit pas être minimisé ni instrumentalisé pour donner l'impression que le cadre légal actuel est incomplet. En matière de sécurité incendie, le Valais dispose déjà d'un système dense et structuré.»
Les lois seraient suffisantes
Gastrovalais estime donc que le système actuel de contrôle de la sécurité incendie dans les établissements publics en Valais est suffisant. «La loi existante et l'ordonnance qui s'y rapporte règlent clairement quelles directives doivent être respectées et qui est responsable de quoi», écrit-on.
Les communes contrôlent les entreprises sur place et le canton, lui, veille à la formation et à l'interprétation uniforme des prescriptions. «Des vérifications approfondies sont notamment réalisées lors de l'ouverture d'un établissement, d'un changement d'exploitant ou à l'occasion de travaux de transformation.»
Un événement tragique comme celui de Crans-Montana montre certes que les règles doivent être prises au sérieux, mais des prescriptions légales supplémentaires n'augmenteraient pas forcément la sécurité, les restaurateurs valaisans en sont convaincus. «Ce qui est décisif, c'est que les règles existantes soient appliquées de manière conséquente et uniforme». Il est en outre essentiel que la protection contre les incendies reste abordable pour les établissements.
«On voit bien que le système ne fonctionne pas»
Le père d'une des victimes est touché par ces déclarations. «Cela fait mal au cœur. Il ne s'agit pas de lois et de statistiques, mais d'enfants morts», dit-il. Même d'un point de vue objectif, il ne peut pas accepter les arguments des restaurateurs valaisans. «On voit bien que le système ne fonctionne pas! Et même si c'était le cas, les lois doivent être adaptées!»
Il fait remarquer qu'il ne s'agit justement pas d'un cas isolé: après des contrôles, deux restaurants d'altitude de la station d'Anzère (VS) ont dû réduire drastiquement leur capacité, comme l'a rapporté la RTS en février dernier. A Verbier (VS), deux établissements ne répondaient pas aux normes de sécurité, soit parce que la sortie de secours était bloquée, soit parce que le nombre de visiteurs n'était pas autorisé. A cela s'ajoute la fermeture d'un hôtel à Crans-Montana même. Là aussi, la protection contre les incendies n'était pas conforme aux prescriptions.
«Ce n'est pas parce qu'il existe un cadre légal que celui-ci est forcément suffisant, précise le père endeuillé. J'espère que les politiques en sont conscients et qu'ils n'oublient pas que 41 personnes ont perdu la vie.»
Que fait le Parlement?
On ne sait toutefois pas si le Parlement valaisan débattra la semaine prochaine d'un renforcement des dispositions de protection contre les incendies. Officiellement, le sujet de Crans-Montana sera abordé lundi. Il sera alors question d'un crédit de 10 millions de francs pour soutenir les victimes.
Toutefois, des interventions urgentes peuvent encore être déposées. Elles seraient alors traitées directement jeudi prochain. Selon nos informations, plusieurs groupes prévoient de telles interventions, dont certaines seraient interpartis. Leur contenu exact n'est cependant pas encore clair.