Tabous linguistiques au DETEC
Le secrétaire général de Rösti supprime le terme «changement climatique»

La politique climatique d’Albert Rösti suscite de nouvelles critiques, jusqu'au sein des partis bourgeois. Son secrétaire général, Yves Bichsel, a une influence considérable sur le discours climatique du DETEC.
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Sa politique climatique est qualifiée de timide: le ministre de l'Environnement Albert Rösti est critiqué.
Photo: david birri

En bref

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La politique climatique d’Albert Rösti suscite des tensions jusqu’au sein du Conseil fédéral. Son secrétaire général Yves Bichsel est accusé d’avoir pesé sur le discours du DETEC, jusqu’à faire disparaître certains termes liés au climat et à la biodiversité des textes officiels.

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Raphael Rauch et Lino Schaeren

Albert Rösti, l'homme fort de l'UDC au Conseil fédéral, a eu bien du mal à garder son sang-froid cet été. Du jour au lendemain, les critiques ont fusé – y compris du côté des partis bourgeois et des agriculteurs. Il s’est également vu confier par l’ensemble du Conseil fédéral des missions qui ne cadrent pas vraiment avec sa vision du monde.

L’amitié entre Albert Rösti et Beat Jans, son collègue du Conseil fédéral issu du PS, s’enrichit d’un nouveau chapitre. Sur le plan humain, les deux hommes s’entendent bien. Theres Rösti et Tracy Jans, les épouses des conseillers fédéraux, s’apprécient également. Le quatuor s’est par exemple retrouvé chez Beat Jans, à Berne, pour une fondue. Le couple Rösti leur a ensuite rendu la pareille en invitant leurs hôtes à prendre un verre de vin, avant de se rendre dans un restaurant raffiné.

La politique des «pansements» suffira-t-elle?

Sur le plan politique, en revanche, les deux conseillers fédéraux ne se font aucun cadeau. Cela va de la préférence d'Albert Rösti pour Donald Trump à la gestion de la question du loup. Mercredi, une nouvelle dispute a éclaté au plus haut niveau. Pour Beat Jans, spécialiste en sciences de l’environnement, Albert Rösti, ingénieur agronome diplômé de l’EPFZ, n’avance pas assez résolument en matière de politique climatique: la politique des «petits pansements» ne suffit plus, le Conseil fédéral doit en faire davantage. 

Et Beat Jans a en partie obtenu gain de cause, car de nombreux mandats d’étude ont été lancés. De plus, le climat fera à nouveau l’objet d’un vaste débat à l’automne. Anecdote croustillante: le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis aurait fustigé les médias au sein du Conseil fédéral et critiqué la couverture médiatique de la crise climatique.

Un secrétaire général issu de la ligne dure de l'UDC

Le secrétaire général d'Albert Rösti n’est sans doute pas tout à fait innocent dans cet affrontement politique entre les deux conseillers fédéraux. Yves Bichsel est considéré comme l’homme de main de Rösti. C'est un partisan de la ligne dure de l’UDC, issu d’un milieu évangélique. Qu’il s’agisse de décisions telles que le choix du nouveau «Monsieur Loup» à l’Office fédéral de l’environnement ou de l’avenir de la SSR, Yves Bichsel tire les ficelles en coulisses. Ce Bernois, qui a déjà travaillé pour Christoph Blocher, est adoré par l’UDC, mais d’autant plus redouté par les autres bords politiques.

En ce qui concerne sa vie privée, on ne sait que ce qu’il a révélé en 2007 à la radio évangélique «Radio Life Channel»: il est marié et a quatre enfants. L’interview a depuis été retirée du web, mais Blick dispose d’une copie. Yves Bichsel, qui, comme Rösti, a obtenu son doctorat à l’EPFZ, y admettait: «Il est possible que le changement climatique soit un problème – que le léger réchauffement constaté au XXe siècle soit dû aux activités humaines.» Il a toutefois immédiatement nuancé ses propos: «Mais il est également possible que cela résulte d’autres processus. On en sait encore trop peu aujourd’hui, et je considère que les revendications politiques qui en découlent actuellement sont totalement exagérées. Je trouve irresponsable de faire ainsi peur aux gens en leur disant que nous allons bientôt nous assécher, et je ne sais quoi d’autre encore.»

«Le changement climatique n’est pas d’origine humaine»

On sait également que les adeptes de l’Eglise libre d'Yves Bichsel gèrent une boutique en ligne proposant des livres pour enfants dans lesquels on peut lire l’affirmation suivante: «Il est clair que le changement climatique n’est pas d’origine humaine, mais qu’il suit des processus naturels qui façonnent notre monde depuis le Déluge.»

Des recherches menées par Blick montrent en outre que l’influence d'Yves Bichsel sur la politique climatique d'Albert Rösti est, depuis un certain temps déjà, plus importante qu’on ne le pensait. Diverses sources au sein de l’administration fédérale rapportent qu’après l’entrée en fonction de Rösti au Conseil fédéral, ce dernier et Yves Bichsel se seraient lancés dans un programme climatosceptique. Du jour au lendemain, l’autorité du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) – un organe des Nations unies – a été remise en question.

Supprimer le terme «changement climatique» du vocabulaire

Il est parfois arrivé que les termes «réchauffement climatique» ou «changement climatique» aient dû être supprimés des textes officiels – parfois à la dernière minute. Le seul à accepter d’être cité à ce sujet est l’ancien directeur de l’Office fédéral des transports, Peter Füglistaler. Il déclare à Blick: «Après l’entrée en fonction du conseiller fédéral Albert Rösti, nous avons dû, sur ordre de son secrétaire général Yves Bichsel, adapter certains textes de messages dans lesquels figurait le mot «changement climatique».

Et que dit le conseiller fédéral? Sa porte-parole, Franziska Ingold, souligne: «Il n’y a pas d’interdiction d’utiliser certains termes. Les termes 'changement climatique' et 'réchauffement climatique' ont été et sont toujours régulièrement utilisés au DETEC. Le conseiller fédéral Rösti et le département les emploient dans leurs interviews, mais aussi dans leurs réponses aux interventions parlementaires et dans les messages.»

Directives de la direction du département

L’influence du Secrétariat général du DETEC au sein des services administratifs est également attestée par des documents internes de l’Office fédéral du développement territorial, dont Blick a pu prendre connaissance. Par exemple, dans une note de service datée de février 2024, il est rapporté avec une étonnante franchise comment les experts de l’administration fédérale tentent de réagir aux nouvelles directives de la direction du département et d’éviter de manière ciblée les termes fondamentaux de la politique environnementale.

Il ressort du procès-verbal d’un groupe de travail chargé d’adapter les directives fédérales qu’il vaudrait mieux omettre complètement le terme de «climat». «En raison de la volonté politique: le terme 'changement climatique' n’est plus souhaitable.» La protection des espèces est également dans le collimateur de cette police linguistique. Le terme «biodiversité» n’est lui aussi «plus souhaitable»; il convient d’utiliser à la place le terme «paysage». Plutôt que d’appeler les choses par leur nom, les collaborateurs cherchent des solutions de contournement linguistiques. Ainsi, une participante à la réunion propose d’utiliser à l’avenir l’expression «durabilité écologique» à la place de «climat».

«Ne pas utiliser de mots qui fâchent»

La comparaison directe entre ce projet interne et le document final adopté par la Confédération prouve qu’il ne s’agit en aucun cas de simples exercices théoriques. Dans le projet de rapport sur le programme d’agglomération émanant de l’Office fédéral du développement territorial, l’expression «structures d’habitat adaptées au climat» est remise en question. Dans les commentaires en marge, une haute fonctionnaire note qu’il faudrait supprimer ce terme «afin de ne pas utiliser de mots qui fâchent».

Et en effet, dans le rapport final officiel, cette formulation a complètement disparu. Plus encore: l’ensemble de la liste technique des mesures concrètes de réduction de la chaleur – des «villes-éponges» aux couloirs d’air froid en passant par la végétalisation des façades – a été supprimé sans être remplacé. L’ancienne cheffe de service Maria Lezzi, qui a également participé à la réunion, n’a pas souhaité s’exprimer auprès de Blick.

«La distraction met les gens en danger»

Bernd Nilles, directeur de l’œuvre caritative catholique Fastenaktion, se bat aux côtés du Vatican pour une action plus résolue contre la crise climatique – notamment pour des raisons religieuses. «Toute forme de distraction par rapport à la responsabilité humaine et politique dans la résolution de la crise climatique met en danger les populations des pays du sud comme celle de la Suisse. A l’échelle mondiale, des centaines de milliers de personnes meurent déjà chaque année à cause du réchauffement climatique», souligne Bernd Nilles. Albert Rösti devrait prêter davantage attention au vice-directeur de l’OFEV, Reto Burkard: celui-ci avait déjà averti l’année dernière que la Suisse allait manquer de très loin ses objectifs climatiques pour 2030 – et que le Conseil fédéral devait investir des sommes bien plus importantes pour réussir à les atteindre.

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