En bref
- Philipp Matthias Bregy veut freiner des primes 2027 attendues jusqu’à +5% avec un plan en cinq points
- Le Centre veut restituer 700 millions de rabais et renforcer les soins de base
- Matthias Bregy minimise l’affaire Valérie Dittli et défend Viola Amherd dans le dossier du F-35
Fin septembre, la ministre de la Santé socialiste (PS), Elisabeth Baume-Schneider, présentera les nouvelles primes d'assurance maladie pour 2027. Une chose est d'ores et déjà sûre: une fois de plus, les assurés vont être frappés de plein fouet par la hausse des primes. Celle-ci devrait cette fois atteindre jusqu’à 5%, ce qui porterait pour la première fois la prime standard moyenne à plus de 400 francs par mois.
Le président du parti du Centre, Philipp Matthias Bregy, entend mettre un frein à cette hausse grâce à un nouveau plan en cinq points, allant du renforcement des soins de base à la prévention. Il explique comment dans une interview accordée à Blick.
Monsieur Matthias Bregy, à quand remonte votre dernière visite chez le médecin, qui a ainsi pesé sur notre système de santé?
Je vais rarement chez le médecin. Ma femme dit même «bien trop rarement». Ce n’est donc pas à cause de moi que les coûts augmentent. L’essentiel, c’est que les gens aillent chez le médecin lorsqu’ils en ont vraiment besoin. Mais ce ne sont de toute façon pas les patients qui sont les principaux responsables de la hausse des primes.
L’année prochaine, les primes vont à nouveau augmenter considérablement. Qu’est-ce qui ne va pas?
Pour les personnes à faibles revenus, les familles et la classe moyenne en particulier, les primes représentent une charge énorme. Ça m’énerve! D’autant plus que nous avions une bonne proposition sur la table avec notre initiative sur le frein aux coûts, qui a échoué face à la résistance massive du lobby de la santé. Nous devons enfin maîtriser les coûts de la santé.
La tendance va pourtant dans une tout autre direction. Pour la première fois, la prime mensuelle moyenne devrait dépasser les 400 francs.
C’est un montant exorbitant. Mais pour que les gens puissent bénéficier de primes abordables, il faut que les coûts de la santé baissent.
Avec votre plan en cinq points, vous souhaitez mettre un terme à la hausse des primes. N’est-ce pas là une promesse un peu trop ambitieuse?
L’objectif doit être de mettre un terme à la hausse des primes. Ou du moins de la freiner. Sans objectifs ambitieux, cela n’est pas possible.
L’initiative sur le frein aux coûts, qui a été rejetée, était jugée trop vague par beaucoup. Quelles propositions concrètes formulez-vous désormais?
Un point important concerne la répercussion des rabais sur les médicaments auprès des assurés. Selon le Contrôle fédéral des finances, il s’agit de 700 millions de francs qui sont aujourd’hui en grande partie empochés par les médecins, les pharmaciens ou les hôpitaux. C’est inacceptable. Cet argent ne doit pas s’évaporer dans le système, mais doit revenir aux assurés. Cet argent appartient aux cotisants! A l’avenir, le principe suivant devra s’appliquer: quiconque ne répercute pas les remises de manière injustifiée doit pouvoir être sanctionné.
Vous souhaitez également vous attaquer à la question de l'organisation des soins. Comment peut-on les renforcer?
Nous devons concevoir le système tarifaire de manière à ce que les patients soient pris en charge au bon niveau de soins. Aujourd’hui, les gens doivent se rendre chez un spécialiste ou à l’hôpital bien trop tôt, car les soins de base sont parfois insuffisants. Il faut donc une pyramide des soins claire : on se rend d’abord en pharmacie, puis, si l’état s’aggrave, chez le médecin généraliste, et ce n’est qu’ensuite – lorsque c’est vraiment nécessaire – chez le spécialiste ou à l’hôpital. On ne devrait pas devoir passer une IRM pour chaque contusion à la cuisse. Il y a là un énorme potentiel.
Vous n’êtes donc pas satisfait du système Tardoc, en vigueur depuis le début de l’année?
Tardoc n’est pas suffisamment équilibré pour être attractif, en particulier pour les médecins généralistes. Nous devons les renforcer et, par là même, consolider les soins de base. Le système présente encore des défauts qui doivent être corrigés.
Dans son document, Le Centre plaide également en faveur de la qualité plutôt que de la quantité. Est-ce un premier pas vers le rationnement?
Il ne s’agit justement pas de rationnement. «Pay for quality» signifie payer pour la qualité plutôt que pour la quantité, ce qui implique d'éliminer les doublons. Si le médecin généraliste a réalisé une radiographie, le spécialiste n'a pas besoin de la refaire. Mais pour cela, il faut également un dossier médical électronique. C'est sur ce point que nous devons désormais aller de l'avant.
Dans votre projet, vous vous concentrez sur les prestataires. Or, si l’on veut vraiment réaliser des économies, on ne peut pas éviter des coupes douloureuses pour les assurés.
La question est de savoir qui engendre réellement les coûts. Sur bien des points, ce ne sont justement pas les assurés, mais d’autres acteurs. Le patient n’est tout de même pas en mesure de juger de ce qui est nécessaire et de ce qui ne l’est pas. C’est là que nous voulons agir! Nous ne voulons pas d’une médecine à deux vitesses, mais d’une médecine dans laquelle tous les acteurs assument leurs responsabilités. Cela implique un accès à des prestations médicales de qualité pour tous, mais uniquement lorsque cela est nécessaire.
Vous ne touchez pas directement aux primes elles-mêmes. Pourquoi ne pas instaurer des primes liées aux revenus plutôt que des primes par tête, comme le réclame la gauche?
Nous devons tout de même nous attaquer aux causes! La hausse des primes ne pourra être stoppée, ou du moins ralentie, que si nous réduisons les coûts de la santé. Se contenter d’injecter davantage d’argent dans le système pour atténuer les effets secondaires revient à ne traiter que les symptômes. Cela ne crée aucune incitation à réduire les coûts.
Des élections nationales auront lieu dès l’année prochaine. Comptez-vous en faire un axe prioritaire de votre politique de santé?
La politique de santé est depuis longtemps au cœur de nos préoccupations et restera malheureusement d’actualité bien au-delà de l’année électorale.
L’affaire concernant la conseillère d’Etat vaudoise Valérie Dittli, qui a entre-temps quitté le parti, jette une ombre sur cette année électorale. C’est tout de même une épreuve pour vous, en tant que président du parti!
Je ne vais pas tourner autour du pot: aucun président de parti n’apprécie les conflits internes. Mais en fin de compte, c’est une affaire qui relève du parti cantonal. Il faut désormais aller de l’avant. Nous avons construit une base solide dans le canton de Vaud ces dernières années et disposons, en la personne d’Isabelle Chappuis, d’une conseillère nationale de premier plan. C’est pourquoi je suis optimiste pour l’avenir.
Avec la débâcle du prix fixe du F-35, une autre personnalité du Centre, l’ancienne ministre de la Défense Viola Amherd, suscite le mécontentement. Le fait qu’elle n’ait apparemment pas lu elle-même, en tant que conseillère fédérale en charge du dossier, un contrat de plusieurs milliards vous a sans doute surpris vous aussi?
Selon le rapport de la Commission de gestion, rares sont ceux qui ont lu le contrat. Je ne comprends pas pourquoi le conseiller national David Roth a affirmé, lors de la conférence de presse, qu’il ne s’agissait que d’une seule personne. Le rapport ne donne aucune indication sur les personnes concernées. Mais ce n’est de toute façon pas la question centrale.
Et quelle est-elle?
Lorsqu’une autorité politique fait appel à un groupe d’experts, elle doit pouvoir leur faire confiance. Tout comme on devrait pouvoir faire confiance à l’ambassade américaine. Sur le fond, le rapport n’apporte de toute façon rien de nouveau. Le conseiller fédéral Martin Pfister a déjà fait preuve de transparence au printemps en montrant que le prix fixe ne pouvait pas être imposé et en expliquant comment il comptait désormais aller de l’avant.
Madame Amherd, en revanche, reste silencieuse.
C’est son droit le plus strict. Je pars du principe qu’elle s’exprimera à ce sujet dès qu’elle aura quelque chose à dire.