Berne veut faire des économies… et joue avec le feu. C’est du moins l’avis des officiers qui entreront en mars en cours de répétition (CR) sur l’aérodrome militaire de Meiringen, dans le canton de Berne. En effet, selon les initiés, beaucoup d’entre eux n’ont pas passé de contrôle de sécurité personnel (CSP) régulier. En principe, c’est au Secrétariat d’Etat à la politique de sécurité (Sepos) de passer toute la troupe au crible. Au lieu de cela, des autorisations provisoires, appelées «waiver», sont désormais délivrées.
Le Sepos insiste: «Aucun membre de l’armée n’aura accès aux zones sensibles de la base aérienne de Meiringen s’il ne dispose pas d’un examen ou d’une autorisation correspondante.» Dans la pratique, cela signifie que le commandant sur place doit décider selon son instinct s’il fait confiance à ses soldats, sous-officiers et officiers.
Une situation d’autant plus délicate que Meiringen abrite une caverne souterraine importante en matière de politique de sécurité: une sorte de tarmac souterrain où sont stationnés des avions de combat et où sont stockées des armes, du carburant, des systèmes radio et de commandement. Les personnes qui y ont accès manipulent des données et des systèmes sensibles. Même un simple poste de travail informatique peut devenir un talon d’Achille sécuritaire.
Et demain, avec le F-35?
La question inquiète d’autant plus que la Suisse s’apprête à introduire le F-35 Lightning II ainsi que le système de défense sol-air MIM-104 Patriot. Logiquement, les exigences de sécurité devraient se renforcer, pas s’assouplir.
On ne sait pas comment Washington réagira aux tergiversations de la Suisse. Par le passé, l’administration américaine n’a pas apprécié que des données d’armement américaines hautement sensibles soient mal protégées par l’entreprise d’Etat Ruag et que les règles d’exportation américaines (Itar) soient ainsi violées.
Le Sepos rejette les critiques concernant la pratique actuelle. Il travaille «sans retards systématiques» et effectue entre 60’000 et 70’000 contrôles par an. En 2025, il n’y a eu que 120 dérogations. Dans le même temps, le Sepos souligne que la demande d’économies est voulue par les politiques. Le Conseil fédéral a décidé que le nombre de PSP devait baisser de manière significative. L’objectif: réduire les examens d’environ 30% afin de pouvoir faire face à la charge de travail «dans un délai raisonnable» avec les ressources existantes.
Réduire les examens «au strict minimum»
Pour y parvenir, les critères ont été renforcés et les listes de fonctions ont été révisées afin que de nombreuses activités ne soient plus du tout soumises à l’OTP. Officiellement, la Confédération dit vouloir «réduire les vérifications au minimum» nécessaire pour faire face à des risques importants. Au sein de la troupe, le son de cloche est différent: «Berne n’a aucune idée de la situation sur le front. Les économies sont plus importantes que la sécurité», déplore une source proche du dossier.
Plusieurs cadres affirment avoir alerté à répétition sur les risques de cette réforme: «Nous avons attiré l’attention de Berne sur cet exercice inadapté et déconnecté de la réalité. Malgré cela, on nous a ordonné de réduire par négligence la liste des soldats à contrôler», explique un initié. «Nous devons maintenant faire les frais de ce contre quoi nous avons toujours mis en garde.»
Le Sepos ne jouit pas d’une bonne réputation au sein de l’armée. Beaucoup le considèrent comme un projet phare de l’ancienne conseillère fédérale Viola Amherd. A la question de savoir si le Sepos est vraiment nécessaire, de nombreux officiers répondent par la négative. De toute façon, la politique de sécurité importante ne se fait pas au Sepos, mais au Département des affaires étrangères (DFAE). Le diplomate de pointe Gabriel Lüchinger vole régulièrement la vedette au secrétaire d’Etat du Sepos Markus Mäder – dernièrement lors des discussions sur l’Ukraine à Genève.