«Honteusement peu!»
L’armée menace d'agir face au blocage politique concernant son budget

Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, le débat sur l’armée s’enlise à Berne. Excédés, les milieux militaires évoquent désormais une initiative populaire.
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Depuis le début de la guerre en Ukraine il y a quatre ans, presque tout le monde s'accorde à dire qu'il est urgent de remettre l'armée à niveau.
Photo: MARTIAL TREZZINI
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Daniel Ballmer

Les officiers ont la rage. Depuis le début de la guerre en Ukraine il y a quatre ans, presque tout le monde s’accorde à dire que l’armée doit être remise à niveau de toute urgence. Mais lorsqu’il est question de financement, les politiques tournent en rond.

Fonds temporaire pour l’armée, «1% de sécurité» ou emprunt pour la défense: aucune de ces pistes ne semble avoir la moindre chance. Même le dernier projet du ministre de la Défense Martin Pfister d’augmenter la TVA de 0,8 point devrait se heurter au Parlement.

«C'est honteusement peu»

Les milieux de l’armée disent désormais en avoir assez de cette «impasse en matière de politique de sécurité». Leur patience est à bout, a récemment affirmé le président Stefan Holenstein devant les membres de la Fédération des sociétés militaires suisses (FSM) à Berne.

«L’objectif de 1% du PIB d’ici 2032 est inacceptable, fulmine Stefan Holenstein. Cette mini-augmentation du budget ne mène nulle part. C’est honteusement peu! Pour la Suisse riche dans le contexte européen, c’est une preuve d’indigence.» Lors de son assemblée générale déjà, l’association avait annoncé des mesures plus ambitieuses.

Il est désormais clair que les associations militaires réfléchissent en coulisses au lancement d’une initiative populaire. L’exigence pourrait être de porter les dépenses militaires à au moins 2,5% de la performance économique du pays. Deux fois et demie plus que ce qui a été envisagé jusqu’à présent. «Nous sommes vraiment sérieux à ce sujet», assure Stefan Holenstein.

«En finir avec l'armée»

Les associations militaires se disent conscientes de leur responsabilité sociopolitique et ne redoutent pas une votation populaire. «Ainsi, on ne pourra pas nous reprocher d’avoir regardé sans rien faire.»

Stefan Holenstein estime que le moment est venu d’agir. «Il y a 36 ans, le Groupe pour une Suisse sans armée lançait le slogan 'En finir avec l’armée'. Aujourd’hui, c’est à la milice de lancer 'A bas l’armée et l’argent!'»

Bien entendu, les milieux de l’armée savent que la voie de l’initiative est longue. Ils veulent d’abord accroître la pression sur le Parlement. Un groupe d’intérêt extraparlementaire devrait être constitué avec des personnalités de l’économie, de la formation ou de la milice afin d’exercer une influence ciblée.

«Nous aurions rapidement réuni les 100'000 signatures»

«Nous attendons enfin une union bourgeoise de l’UDC, du PLR, du Centre et du PVL, déclare Stefan Holenstein. Le temps est extrêmement court.» Selon lui, après quatre ans de guerre en Europe, la Suisse n’est ni prête à se défendre ni disposée à investir suffisamment dans le réarmement et le rééquipement.

Les associations militaires veulent enfin changer cela. D’une manière ou d’une autre. Elles en ont les moyens, souligne Stefan Holenstein. La VMG compte à elle seule près de 100’000 membres. La Société suisse des officiers, qui lui est proche, en compte encore 20’000, et les sociétés de tir totalisent même plus de 150’000 membres. «Je pense que nous aurions rapidement réuni les 100’000 signatures.»

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