Les projets du Conseil fédéral risquent de tourner au fiasco. Le gouvernement souhaite que la population verse 31 milliards de francs supplémentaires pour la défense nationale. Dès 2028, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) devrait être relevée de 0,8 point de pourcentage pendant dix ans, avec un surplus de revenus spécialement affecté à cet effet.
Mais le rejet est d'ores et déjà large. Les partis, de la gauche à la droite, s’y opposent. Et la population n’en veut pas non plus. C’est ce que montre un sondage Sotomo réalisé pour Blick: 76% des personnes interrogées répondent «non» ou «plutôt non» à une hausse d’impôt destinée à financer l'armée et la sécurité.
Pour la plupart des parlementaires, le constat est le même: le plan du Conseil fédéral est voué à l'échec. Beaucoup admettent néanmoins que l’armée a effectivement besoin de davantage de moyens pour être remise à niveau. En coulisses, la recherche d’une solution de financement alternative a donc déjà commencé.
UDC et PLR vent debout contre le projet
Du côté de l’Union démocratique du centre (UDC), on n'exclut pas la recherche d'un compromis. Face à la dégradation de la situation sécuritaire, l’armée doit être renforcée rapidement, dit-on. Mais tant que la Confédération ne réalise pas des économies substantielles ailleurs, le parti refuse toute hausse d’impôt, même limitée. Or, jusqu’ici, le Parlement n’a guère montré de volonté de réduire les dépenses.
Le Parti libéral-radical (PLR) plaide lui aussi pour un renforcement de l’armée, tout en rejetant une augmentation des impôts. Le conseiller aux Etats Thierry Burkart préférerait lui aussi dégager les moyens nécessaires par des coupes budgétaires dans d'autres domaines. «La majorité n’est pas disposée – malgré le contexte géopolitique changeant – à économiser dans d’autres domaines», a-t-il déclaré à la «NZZ». Il se dit toutefois prêt, au nom de la sécurité, à faire des concessions.
Thierry Burkart reste cependant minoritaire au sein de son parti. «Ceux qui réclament de nouvelles taxes par réflexe agissent de manière irresponsable, tant envers les contribuables qu'envers l’armée», affirme le coprésident du PLR Benjamin Mühlemann. Selon lui, la population n’acceptera aucune hausse de la TVA tant que la Confédération continuera de dépenser sans hiérarchiser clairement ses priorités.
Les camps politiques se bloquent mutuellement
La méfiance est toute aussi grande à gauche. Les Vert-e-s ne se montrent, par principe, guère enthousiastes à l’idée d’allouer davantage de moyens à l’armée. Le Parti socialiste (PS), lui, ne veut pas entendre parler d’une hausse de la TVA: il s’agirait, selon ses représentants, de l'augmentation la plus antisociale qui soit, car elle affecterait avant tout les bas revenus.
Et de toute façon, ajoute un élu socialiste, «je ne vois pas pourquoi nous devrions soutenir l’achat de nouveaux avions F-35». Une hausse des dépenses militaires se ferait nécessairement au détriment de l’éducation, de la protection du climat, de l’AVS ou de l’égalité, estime-t-on dans les rangs du parti.
Echecs à la pelle
Une chose est claire à ce stade: la recherche d’une solution de financement s’annonce très compliquée. Depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022, plusieurs projets se sont soldés par un échec.
Peu avant son départ du Conseil fédéral, l’ancienne ministre de la Défense Viola Amherd avait d’ailleurs exprimé sa lassitude. Elle avait notamment envisagé la création d’un fonds de sécurité, d’un fonds temporaire pour l’armée, d’un emprunt de défense ou encore d’un «pour-cent de sécurité» – autant de propositions qui avaient été balayées. Avec à la clé une frustration palpable
«Avec cette proposition du Conseil fédéral complètement vouée à l’échec, on tourne une nouvelle fois en rond», commente une membre de la commission des finances. On n’avancera pas comme ça.»