Tantôt, les fans font la queue devant la «gelateria». Tantôt, ils se réfugient sous les rares coins d'ombre. Avec cette chaleur estivale, beaucoup cherchent à échapper au soleil à Gstaad. Mais en réalité, ils ne cherchent qu'un seul homme: Stan Wawrinka.
Peu après 15h, le triple vainqueur en Grand Chelem monte sur la scène du Village du Swiss Open aux côtés de Dominic Stricker. Des centaines de personnes l'applaudissent. Beaucoup portent un t-shirt à son effigie ou tiennent une raquette dans les mains. Le décor est planté pour un après-midi un peu particulier.
Pour la 14e fois cette saison, la tournée d'adieu de Stan Wawrinka fait escale sur un tournoi ATP. Parmi les spectateurs figure également la star du ski Marco Odermatt, présent à Gstaad avec sa compagne Stella. Lui non plus ne voulait pas manquer les adieux de Stan.
Le Vaudois est fidèle à lui-même. Calme, humble, disponible. Il sourit volontiers, répond avec patience à toutes les questions et glisse régulièrement une de ces petites plaisanteries dont il a le secret. Interrogé sur son avenir, il admet que la suite est déjà largement dessinée. Mais il refuse encore d'en dire davantage. Sa priorité est de profiter jusqu'au bout de cette dernière saison. Ensuite? Il se réjouit de «se détendre un peu» et, surtout, de pouvoir enfin refaire du ski, une activité qu'il a abandonnée depuis plus de vingt ans.
Le public éclate de rire lorsque la conversation dérive sur la cuisine. «Je préfère manger que cuisiner», lance-t-il avec un sourire. Et lorsque le présentateur et Dominic Stricker lui rappellent qu'il est surtout réputé pour savoir faire la fête, il réplique du tac au tac: «Là, c'est vrai que je suis très fort.»
«Je me sens chez moi ici»
Avant cette apparition publique, Wawrinka avait pris le temps de répondre aux médias. Depuis plusieurs mois, les mêmes questions reviennent à chaque étape de sa tournée d'adieu. Pourtant, aucune lassitude ne transparaît.
«Non, sinon j'aurais déjà arrêté. C'est une immense chance de pouvoir vivre cette dernière saison. Je me sens encore bien, physiquement comme tennistiquement.»
Disputer une ultime fois le tournoi de Gstaad a une saveur particulière pour lui.
«C'est ici que j'ai joué mon premier tournoi ATP. C'est aussi ici que j'ai disputé ma première finale. J'y ai vécu de grandes déceptions, mais aussi des moments extraordinaires. Je me sens chez moi ici.»
Que dirait-il aujourd'hui au jeune Stan qui disputait ce tournoi en 2003? La réponse fuse. «Il serait fier de la carrière accomplie. À l'époque, jouer une seule fois à Gstaad représentait déjà un rêve. Et aujourd'hui, à 41 ans, je suis encore dans le tableau principal.»
Interrogé également sur le quart de finale de Coupe du monde perdu par l'équipe de Suisse contre l'Argentine, Stan Wawrinka explique qu'il ne regarde pas les matches en direct pendant les tournois afin de préserver son rythme. Il visionne en revanche les résumés le lendemain matin. «Pour un petit pays, on peut vraiment être fiers de tout ce que nos sportifs accomplissent», confie-t-il à Blick.
Mardi, à 17h35, place au tennis. Pour son dernier Swiss Open, Wawrinka affrontera au premier tour le Portugais Jaime Faria (22 ans, 98e mondial), récent tombeur de Denis Shapovalov et Jan-Lennard Struff à Roland-Garros.
Une interminable file d'attente
Une fois descendu de scène, Stan Wawrinka se consacre à ses supporters. Les enfants lui tendent leurs raquettes, les adultes des casquettes, des balles ou des t-shirts. Il signe tout, pose pour des selfies et plaisante avec les plus jeunes.
L'engouement devient finalement tel que les organisateurs sont contraints d'interrompre la séance d'autographes peu après 16 heures, alors que des dizaines de personnes patientent encore.
Stan Wawrinka rejoint ensuite le concert de son ami de longue date Bastian Baker (35 ans), qu'il suit depuis l'espace VIP. Sur scène, le chanteur raconte les débuts de leur amitié. Il y a seize ans, le tennisman lui avait écrit sur Facebook pour le féliciter après avoir découvert sa musique. Depuis, les deux hommes sont devenus inséparables. Bastian Baker accompagne régulièrement Stan Wawrinka lors des tournois du Grand Chelem. Il se souvient en riant avoir même manqué un vol pour Moscou après le sacre de son ami à Roland-Garros, la finale ayant duré bien plus longtemps que prévu.
Une référence pour la relève
Soudain, un tonnerre d'applaudissements s'échappe du court central. Dylan Dietrich vient de signer une victoire retentissante face au Brésilien Thiago Monteiro. Stan Wawrinka entend lui aussi la clameur et félicite le jeune Suisse. Lorsque Blick lui rapporte la scène quelques minutes plus tard, Dylan Dietrich affiche un immense sourire. «C'est énorme. Ça compte beaucoup pour moi.» Dominic Stricker mesure lui aussi tout ce que Stan Wawrinka représente pour la nouvelle génération.
«Vivre de tels moments avec Stan, c'est quelque chose d'unique. Mon premier entraînement avec lui, puis notre titre en double ici à Gstaad... Je ne les oublierai jamais», raconte-t-il à Blick.
Même réaction chez Kilian Feldbausch. Son plus grand souvenir lié à Stan Wawrinka? «Sa victoire à Roland-Garros contre Novak Djokovic en 2015», répond sans hésiter le Genevois.
«C'est une vie de rêve»
Malgré les adieux qui approchent, Stan Wawrinka reste égal à lui-même. Pas de grands discours, pas de larmes, pas de mise en scène. Simplement de la reconnaissance. «Quand j'étais enfant, je rêvais de cette vie. Il ne faut jamais oublier que c'est une vie de rêve.»
Le Vaudois n'idéalise toutefois pas le sport de haut niveau. «Quand on a la chance de vivre des émotions extraordinaires, il faut aussi accepter les moments très difficiles.»
C'est sans doute ce qui résume le mieux cette après-midi à Gstaad. Un champion conscient que la fin approche, mais déterminé à savourer jusqu'à la dernière minute chaque instant de cette tournée d'adieu. Mardi, un nouveau chapitre s'écrira face à Jaime Faria.