À la mi-course du géant raccourci de Sölden, disputé sur un tracé amputé de sa partie supérieure en raison du vent, la discussion est animée dans le restaurant du glacier. Hans Knauss, ancien vainqueur à Adelboden et à Kitzbühel, échange avec Felix Neureuther, l'une des grandes figures du ski allemand, auteur de 13 victoires en Coupe du monde.
«Pinheiro Braathen est le seul à avoir skié comme un véritable compétiteur parmi les hommes de tête. À mes yeux, ses poursuivants ont fait preuve d'un peu trop de retenue», estime Hans Knauss.
L'Autrichien fait notamment référence à Loïc Meillard, à Stefan Brennsteiner et au tenant du titre Marco Odermatt, quatrième à près de six dixièmes du leader. «Je n'avais encore jamais vu Marco négocier la pente raide de Sölden de manière aussi propre. Il n'a effectivement pas pris tous les risques», confirme Neureuther.
La prudence du quintuple vainqueur du classement général de la Coupe du monde se comprend aisément. À l'aube de sa 200e course sur le circuit, le Nidwaldien sort d'un automne perturbé.
Une blessure musculaire contractée fin août lui a fait perdre une dizaine de jours d'entraînement sur neige en Amérique du Sud. Jusqu'au 6 octobre, il n'avait réussi qu'une seule véritable bonne séance de géant. «En arrivant à Sölden, je savais que je ne pourrais pas dominer la course comme je l'avais fait il y a quelques années», reconnaît-il. Et il partage le constat des experts: «Lors de la première manche, j'ai skié la pente raide de manière trop propre.»
Marco Odermatt hausse le ton en deuxième manche
Lors de la seconde manche, les 14'500 spectateurs massés sur le glacier du Rettenbach retrouvent presque le Marco Odermatt conquérant auquel ils sont habitués. Le Nidwaldien signe un temps inférieur de six centièmes à celui de Braathen et devance son coéquipier Loïc Meillard de près de trois dixièmes.
«Lorsque j'ai regardé quelques descentes sur l'iPad dans l'aire de départ, j'ai réalisé à quel point le niveau était élevé dans le top 30. Tout le monde attaquait à fond. J'ai alors compris que je devais moi aussi accélérer franchement si je ne voulais pas reculer au classement.»
Malgré cette réaction convaincante, le Brésilien, qui a grandi en Norvège, s'impose et signe un quatrième succès consécutif en slalom géant. Odermatt termine troisième, derrière Meillard, et décroche ainsi son 103e podium en Coupe du monde. «Cette troisième place me réjouit énormément. Surtout parce que j'ai retrouvé un ski offensif en deuxième manche.»
«Braathen sera lui aussi prenable»
Walter Reusser, co-directeur général de Swiss-Ski, ne semble pas particulièrement déçu que la victoire ne soit pas revenue à un Suisse. Bien au contraire. «La victoire de Braathen nous fait même beaucoup de bien.»
Son raisonnement? «Ces dernières années, Odermatt était presque toujours dans la position du favori que tout le monde cherchait à battre. Désormais, nous pouvons partir à la chasse à Pinheiro. Cela donne une nouvelle motivation à notre équipe. Je suis convaincu que nous trouverons une solution pour le battre», assure Reusser.
Marco Odermatt semble déjà avoir identifié la voie à suivre. «Il y a encore deux courses, je pouvais parfois gagner un géant en skiant normalement. Désormais, une performance normale ne suffira plus pour battre Braathen. Mais si je réalise deux manches de très haut niveau, en attaquant à la limite, alors il est possible de le battre.»
Une course difficile à analyser
Felix Neureuther estime par ailleurs que les conditions météorologiques n'ont pas joué en faveur d'Odermatt lors de sa huitième participation à Sölden.
«Dans la dernière partie du parcours, Marco a eu le vent de face. Cette rafale lui a certainement coûté plus d'un centième, ce qui lui a finalement manqué pour prendre la deuxième place de Meillard.»
Walter Reusser invite donc à ne pas tirer de conclusions trop sévères sur la performance des Suisses. Lenz Hächler a marqué des points en Coupe du monde pour la deuxième fois de sa carrière en terminant 25e. Thomas Tumler a pris la 23e place, tandis que Fadri Janutin et Luca Aerni n'ont pas réussi à se qualifier pour la seconde manche.
«Le vent a beaucoup plus changé au cours de la course que certains ne l'imaginent. J'ai vu plusieurs skieurs négocier correctement les passages clés et perdre malgré tout beaucoup de temps. Il est donc extrêmement difficile d'analyser cette course», conclut Walter Reusser.