Yannis Voisard, cycliste jurassien
«Gamin, le Tour de France me semblait appartenir à une autre planète»

Cycliste jurassien, Yannis Voisard participe à son premier Tour de France avec l'équipe Tudor. Blick a pu le rencontrer après une étape, alors que le coureur de 28 ans recevait des soins par son masseur. Interview.
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Yannis Voisard participe à son premier Tour de France.
Photo: Gabriel Monnet
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Matthias DavetJournaliste Blick

«Entrez!» Voilà quelques minutes que les coureurs de l'équipe Tudor sont arrivés à l'hôtel qui les loge, dans la périphérie de Bordeaux. L'étape 7 s'est déroulée de manière tranquille pour la plupart des engagés au Tour de France, dont Yannis Voisard.

Sur cette étape qui s'est réglée au sprint, le Jurassien a même fait son entrée dans le top 20 du classement général. C'est donc un homme heureux qui nous fait entrer dans sa chambre, alors qu'il est en train de se faire masser. Cocasse, la situation n'empêche pas d'avoir une conversation d'une dizaine de minutes avec le cycliste de Tudor, qui revient sur son début de première expérience sur la Grande Boucle. Interview.

Photo: Gabriel Monnet

Yannis, c'est ton tout premier Tour de France. Après une semaine de course, comment te sens-tu?
Il y a beaucoup de fatigue, c'est normal. Pour chaque grand tour, c'est un peu pareil. Je l'avais déjà vécu l'an passé sur le Giro. On atteint assez vite un pic de fatigue, puis ça se stabilise jusqu'à l'arrivée.

À quel moment ce fameux pic de fatigue est-il arrivé sur ce Tour?
Mmh… On a commencé par un contre-la-montre par équipes qui a donné lieu à un effort très violent d'une vingtaine de minutes. L'acide lactique s'est déjà accumulé. Ensuite, le circuit final à Barcelone était exigeant le deuxième jour et, dès la troisième étape avec une arrivée au sommet, tout le monde avait déjà les jambes lourdes. La chaleur a aussi accentué la difficulté et compliqué la récupération.

L'expérience du Giro l'année passée t'a-t-elle aidé à aborder ce premier Tour de France?
Oui, bien sûr. Les deux courses sont très similaires. La principale différence, c'est toute l'atmosphère autour du Tour, avec également une présence médiatique beaucoup plus importante. Mais sur le plan physique et sportif, ça reste très comparable.

Tu es en train de me dire qu'aucun journaliste n'est venu te déranger durant tes soins lors du Giro?
(rires) Ça peut arriver, mais il y en a quand même moins de manière globale. Le Tour est tout de même la course la plus connue du monde. Et dans la tête des gens, ça change aussi.

As-tu été surpris par quelque chose depuis le début du Tour?
Oui, par l'engouement du public. Au Tourmalet ou encore à Barcelone, voir autant de monde au bord des routes, c'était fantastique.

Dans un documentaire réalisé par Tudor, tu disais que le Tour de France te semblait inaccessible…
J'ai commencé le vélo relativement tard et, pendant longtemps, c'était juste un plaisir avec les copains. J'ai ensuite progressé assez rapidement, mais quand j'étais gamin, le Tour de France me paraissait appartenir à une autre planète.

Aujourd'hui, arrives-tu enfin à te dire que tu es un coureur du Tour de France?
Oui, parce que j'ai franchi les étapes une à une dans ma carrière. J'aurai bientôt 28 ans, donc même si c'est mon premier Tour, j'ai eu le temps de me préparer progressivement à ce niveau.

Yannis Voisard (à droite) impressionne pour ses grands débuts sur le Tour.
Photo: Gabriel Monnet

Y a-t-il eu un moment où tu t'es vraiment dit: «Ça y est, j'y suis»?
Oui, lors de la présentation des équipes à Barcelone. C'est à ce moment-là que j'ai vraiment réalisé que le Tour commençait pour moi.

Arrives-tu quand même à profiter de cette expérience malgré la souffrance et la difficulté de l'effort?
Oui, et c'est même essentiel sur une course de trois semaines. Sans plaisir, ça peut être très long. Hier (ndlr: mercredi) en montagne, j'ai vraiment pris du plaisir, même si l'effort est extrêmement violent.

Quel est ton plus beau souvenir de cette première semaine?
Le Tourmalet, je pense. Mais le départ à Barcelone restera aussi un moment très spécial, puisque c'étaient mes premières étapes sur le Tour de France.

Représenter une équipe suisse pour toi, ça a une saveur particulière?
Oui. J'étais auparavant à la Swiss Racing Academy, qui est ensuite devenue Tudor. J'ai donc vécu toute l'évolution de l'équipe depuis le début. C'est quelque chose d'assez rare et de très spécial pour un coureur.

Et courir pour une marque de montre, quand on vient de l'arc jurassien, c'est aussi spécial?
(rires) Oui, c'est vrai que c'est sympa. J'ai des membres de ma famille qui ont travaillé sur certaines pièces de montres, mais pas dans l'horlogerie pure.

Revenons un peu à l'aspect sportif. Es-tu surpris par le niveau que tu affiches depuis le Grand Départ?
On espère toujours être à ce niveau, mais on ne peut jamais en être certain. L'entraînement n'est pas une science exacte. C'était en tout cas l'objectif que je m'étais fixé.

Quels sont tes objectifs pour les deux semaines qui restent?
J'aimerais évidemment conserver une bonne place au classement général, mais je ne veux pas me focaliser uniquement là-dessus. Mon objectif est surtout de saisir les opportunités qui se présenteront, que ce soit en restant avec les favoris – même si c'est difficile d'être dans le top 10 avec les extra-terrestres qu'il y a – ou en allant dans une échappée. Il y aura encore de belles occasions.

As-tu déjà ciblé une étape en particulier?
Je préfère avancer au feeling et prendre les étapes les unes après les autres.

Question annexe pour terminer: tu aimes le football?
Oui. J'ai d'ailleurs commencé par le foot et j'y ai joué assez longtemps avant de me consacrer au cyclisme. Bon, j'étais très mauvais… (rires)

Tu as pu un peu suivre les matches de la Suisse pendant le Tour?
Malheureusement, non. J'ai seulement regardé les résumés après coup. Comme le prochain match est à 3h du matin le jour d'une étape, ce ne serait pas une très bonne idée de me lever. J'espère surtout dormir à ce moment-là.

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