Pierre Biege (33 ans) court en boucle depuis ce vendredi à 14h! Quelque part dans le Münsterland, dans un lieu tenu secret de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, cet habitant d'Arbignon, en Valais, effectue toutes les heures un tour de 6,706 kilomètres. Et il compte bien continuer ainsi jusqu’à lundi matin.
Pourquoi s’inflige-t-il ce qui peut ressembler à un calvaire? Le «Last Soul Ultra», auquel participe le Valaisan, obéit aux règles du format «Backyard»: chaque heure, les coureurs doivent repartir pour un nouveau tour. Celui qui n’est pas de retour au point de départ au bout d’une heure est éliminé. La course ne s’arrête que lorsqu’il ne reste plus qu’un seul coureur.
De l’inconnu à l’invité de marque
Il y a déjà un an, Pierre Biege avait participé à cette course extrême. À l’époque, il avait créé la surprise en parcourant 268 kilomètres avant d’être éliminé en avant-dernière position.
Pas étonnant, dès lors, que ce père de trois enfants ne soit plus un inconnu. L’organisateur Kim Gottwald, influenceur allemand spécialisé dans la course à pied, l’a invité personnellement, tout comme la plupart des autres participants.
La concurrence est donc plus relevée que jamais. L’Américain Harvey Lewis (50 ans), qui a déjà bouclé 108 tours, et l’Allemand Hendrik Boury (35 ans), détenteur du record national avec 100 tours, figurent notamment au départ. Deux des meilleurs spécialistes mondiaux du format «Backyard».
L’estomac est lui aussi mis à l’épreuve
Pour parvenir à s’imposer dans ce milieu, Pierre Biege n’a pas seulement intensifié son entraînement par rapport à l’année dernière. Il l’a également professionnalisé.
Son plus grand défi reste toutefois l’alimentation. «Je mangeais beaucoup trop peu», reconnaît-il avec le recul. Il a donc entraîné son estomac au même titre que ses jambes, afin de pouvoir ingérer un maximum de calories durant les pauses de cinq à dix minutes entre les tours.
Mais il ne peut évidemment pas consacrer toute sa pause à manger. Si nécessaire, il en profite pour changer de vêtements ou de chaussures – il a emporté pas moins de 14 paires – ou pour dormir autant que possible. «Je m’allonge, je m’endors au bout d’une minute et je me réveille quatre à cinq minutes plus tard», raconte-t-il. L’objectif est de constituer dès le début suffisamment de réserves pour affronter les deuxième et troisième nuits.
Autre ajustement tactique: il compte courir les premières 24 heures sans musique. Il la gardera pour plus tard, lorsqu’il aura besoin d’un coup de pouce supplémentaire pour tenir pendant les longues nuits.
Le rêve des 75 tours
Son objectif est clair: boucler 75 tours, soit un peu moins de 503 kilomètres. Ce serait un nouveau record suisse, le record actuel étant de 62 tours, et très loin devant sa meilleure performance personnelle, établie l’automne dernier avec 41 tours.
Le Valaisan en est toutefois conscient: «Je dois prendre les tours les uns après les autres. Ce serait stupide de penser dès le début aux 75 tours.»
Et si la nuit venait à devenir vraiment difficile, cet infatigable coureur a encore un atout dans sa manche. Chaque soir et chaque matin, il passera un bref coup de fil à sa femme Lea, qui suit l’aventure depuis la maison avec leurs trois filles.
Une règle a toutefois été fixée: «Lea veut suivre la fin en direct», explique Pierre Biege. Jusqu’à ce que le téléphone sonne au petit matin, il mettra donc tout en œuvre, même au cœur des nuits les plus difficiles, pour que l’aventure continue, coûte que coûte.