Yohann Ndoye Brouard pensait avoir fait le plus dur. Avec un chrono de 1'55"91, le Français a signé mardi matin le cinquième temps des séries du 200 m dos aux Championnats d’Europe de natation, juste devant le Genevois Roman Mityukov. Mais cela n’a pas suffi pour atteindre les demi-finales. Champion d’Europe en titre et médaillé de bronze aux Mondiaux de Singapour en 2025, Yohann Ndoye Brouard a été victime d’une règle qui limite à deux le nombre de nageurs qualifiés par pays pour les demi-finales. Une disposition qui fait déjà beaucoup parler.
Le Français avait pourtant largement amélioré son chrono des Championnats de France, où il avait décroché le titre en juillet en 1'56"73. Mais deux de ses compatriotes ont fait encore mieux: Nathan Muratory, 18 ans, a signé un nouveau record du monde junior en 1'54"87, tandis que Mewen Tomac a réalisé 1'55"14.
«Il ne faut pas croire que tout est derrière moi. On ne sait jamais, je peux avoir un problème encore sur cette compétition», avait prévenu Yohann Ndoye Brouard lors d’un événement organisé par son sponsor Arena, en référence à une année déjà perturbée par une commotion cérébrale. Son pressentiment s’est malheureusement confirmé.
Après sa course, le Français a reconnu avoir peut-être sous-estimé la concurrence: «Je ne fais pas la course à fond, j’en ai encore dans les jambes, mais je pensais que moins de 1'56 ce serait suffisant. J’ai sous-estimé mes adversaires. Je suis content que le dos français ait ce niveau-là.»
Une règle qui fait débat
Yohann Ndoye Brouard n’est pas le premier Français à faire les frais de cette règle à ces Championnats d’Europe. La veille, Bertille Cousson avait elle aussi été éliminée malgré une performance suffisante pour passer, devancée par deux autres nageuses françaises. Même scénario pour Antoine Herlem. Le dauphin de Yohann Ndoye Brouard aux Championnats de France a réalisé le 13e temps des séries du 200 m dos en 1'56"99. Mais là encore, deux Français avaient été plus rapides.
Cette règle vise notamment à empêcher les grandes nations de monopoliser les places en demi-finales. Les Etats-Unis ou l’Australie, qui disposent de nombreux nageurs de très haut niveau, pourraient autrement occuper une grande partie des places disponibles.
Mais le système présente aussi un effet pervers. Les nageurs des nations les plus fortes sont contraints de se donner à fond dès les séries, alors que certains de leurs adversaires peuvent gérer davantage leur effort en sachant qu’ils ne seront pas confrontés à un tel problème de quota. Le Hongrois Hubert Kos a ainsi pu se qualifier sans avoir besoin de puiser dans ses réserves.
En attendant, le public français suivra désormais avec attention Nathan Muratory et Mewen Tomac. Avec leurs chronos de 1'54"87 et 1'55"14, les deux hommes ont frappé fort dès les séries. Reste à savoir s’ils auront suffisamment récupéré pour confirmer en demi-finales.