Ce ne sont pas les Fêtes de fin d'année qui ont freiné le rythme infernal de Florian Clivaz. C'est le 24 décembre à 14h que le Valaisan nous donne rendez-vous dans la capitale bernoise, quelques heures avant qu'il ne se rende chez les Kambundji pour y fêter Noël.
Entraîneur et manager de Ditaji et Mujinga, le Valaisan est également le compagnon de cette dernière. Fin novembre, le couple a accueilli Léon et c'est donc un premier Noël en tant que jeune papa que va vivre Florian Clivaz. Mais avant les cadeaux, il a pris le temps de s'asseoir durant plus d'une heure avec Blick pour parler de son parcours. Une aventure, pas toujours planifiée, qui va peut-être le mener à l'une des plus belles récompenses personnelles de sa carrière. Il est, en compagnie de Pia Sundhage (football) et Patrick Fischer (hockey), nommé dans la catégorie d'entraîneur de l'année aux Sports Awards. La cérémonie, qui devait avoir lieu début janvier, a été repoussée à ce dimanche soir après les événements de Crans-Montana.
Au FC Sion chez les jeunes
Pourtant, peu auraient misé sur cette nomination il y a de nombreuses années. À Grône, là où il est né et où il a grandi, Florian Clivaz trouve ses premiers amours dans le football. D'abord dans l'équipe de son village, puis à Sierre, avant d'aller toquer chez le club phare du canton, le FC Sion, chez les M14, M15 et M16. «Bien sûr, à cet âge, je me suis dit que je pourrais peut-être faire carrière, se souvient le principal intéressé. En plus, la génération 94 était un peu dorée, avec des Daniel Follonier ou Elton Monteiro. Mais les problèmes aux genoux sont arrivés, accompagnés d'opérations.»
Florian Clivaz doit se faire à l'idée: il ne sera jamais footballeur professionnel. «Sur le moment, j'étais déçu mais avec le recul, c'est de loin la meilleure chose qui pouvait m'arriver, rassure-t-il. Je suis bien plus calibré pour un sport individuel, où je suis le seul à avoir la responsabilité et la maîtrise de mes performances.» Ainsi, il range ses crampons pour sortir des pointes d'athlétisme, à l'âge de 19 ans. «Au foot, je courrais toujours plus vite que les autres. Cependant, courir vite sur 100 m, c'est un autre monde. L'athlétisme a été une belle leçon d'humilité, même si je suis rapidement devenu bon.» C'est sans une pointe d'arrogance dans sa voix que le Valaisan balance cela, comme s'il en était presque désolé.
Juriste sans vraiment aller en cours
Il l'admet toutefois: même s'il avait commencé l'athlétisme 10 ans plus tôt, il n'aurait jamais atteint l'élite mondiale. Son record? 10"36 sur 100 m, ce qui lui a par exemple permis d'aller aux Championnats d'Europe à Berlin en 2018. «Puis, je me suis rendu compte que j'avais fait le tour de la question. Ce que je voulais apprendre sur moi, je l'avais fait.»
Au début de l'année 2019, il entame normalement sa préparation. «Et j'ai remarqué que je n'avais plus la flamme. Je me suis dit: 'À quoi bon continuer?'» Si la décision d'arrêter ne s'est pas faite du jour au lendemain, Florian Clivaz a rapidement tourné la page de sa vie d'athlète.
En parallèle? Il a fait deux mois au Collège de la Planta, à Sion, avant de bifurquer à Ardévaz, école privée dans le chef-lieu valaisan. «Il fallait que j'apprenne à ma manière, de mon côté», décrit-il. Avec une maturité fédérale en poche, il s'inscrit à l'Université de Fribourg, en droit. Là, il obtient un bachelor, puis un master, en mettant rarement les pieds en cours. «J'ai quand même dû beaucoup bosser», tempère-t-il.
Dans le management sportif
Pourquoi ne pas simplement se rendre en cours? Parce qu'en plus de la fin de sa carrière d'athlète de haut niveau, Florian Clivaz décide de lancer une boîte de management en mai 2018, en compagnie de Lukas Wieland, ancien lanceur de javelot rencontré à l'armée à Macolin.
En couple depuis quelques mois avec Mujinga Kambundji, le Valaisan observe tout ce qui gravite autour de la championne. «C'était du grand n'importe quoi, se souvient-il. Concrètement, toutes les problématiques finissaient sur sa table. Je me suis rendu compte qu'elle ne pourrait pas courir vite dans ces conditions. En effet, le but pour les athlètes, c'est d'avoir les pensées libres pour se concentrer sur l'essentiel, à savoir leurs performances.» C'est dans cette optique qu'est né EP Management, une boîte qui défend aujourd'hui les intérêts d'environ 140 athlètes.
Travailler dans le monde du sport? «Jamais de la vie»
«Ce qui est drôle, c'est qu'à l'époque, on m'avait demandé si je voulais travailler dans le monde du sport. J'avais répondu: 'Jamais de la vie.' Même réponse lorsqu'on m'a questionné sur une envie d'être coach.» Sept ans plus tard, voilà pourtant Florian Clivaz à la tête d'une sommité dans le monde du management d'athlètes et en lice pour le prix d'entraîneur de l'année aux Sports Awards. «Le destin a parfois beaucoup d'humour», sourit-il.
Car dès l'année 2019, Florian Clivaz prend aussi les rênes des entraînements de Mujinga Kambundji. «Je m'étais coaché moi-même, j'avais lu énormément de livres sur le sujet et je pensais avoir 2-3 clés. Après la Diamond League de Londres au mois de juillet, j'ai pris la responsabilité de faire ses plans d'entraînement.» Des résultats qui paient, puisque quelques mois plus tard, la Bernoise obtient la médaille de bronze sur 200 m aux Championnats du monde de Doha. Jusqu'à fin 2022, il travaille dans l'ombre avec un groupe élargi d'entraîneurs, avant de reprendre la main officiellement.
Il connaît Ditaji depuis qu'elle a 14 ans
Quant à la triple casquette compagnon/manager de Mujinga Kambundji, cela n'a-t-il jamais été un problème? «Non, car on a toujours tout mélangé, avec la même passion et le même mode de vie, révèle le manager de 31 ans. Il faut parfois arriver à faire un pas en arrière quand ça ne fonctionne pas.»
Désormais parents, Florian Clivaz et Mujinga Kambundji restent toutefois assez discrets à propos de leur vie privée. Est-ce pour se protéger? «J'ai rapidement côtoyé des gens célèbres et je remarque que ça ne m'intéresse pas du tout, sourit le Valaisan. J'aime être dans l'ombre, à m'intéresser au savoir-faire.»
Dans l'entourage des Kambundji depuis 2016, Florian Clivaz a pu observer rapidement Ditaji, la petite sœur. «Elle n'avait que 14 ans la première fois que je l'ai vue, mais c'était trop tôt pour voir son potentiel. Après, on sait que les chiens ne font pas des chats (sourire).» Rapidement, il voit une grande maturité chez la jeune femme née en 2002. «C'est sa maman qui signe son premier contrat pour elle, car elle n'avait pas l'âge», se souvient-il.
«Je n'avais pas signé pour ça»
Fin 2022, il devient aussi l'entraîneur de Ditaji Kambundji. «On voulait voir si la mayonnaise allait prendre, comme pour Mujinga, et ça a été le cas, donc on a continué», détaille Florian Clivaz. Et cela a bien fonctionné puisque, moins de trois ans plus tard, la jeune Bernoise est devenue championne du monde du 100 m haies, à Tokyo. Le plus beau moment de la carrière d'entraîneur/manager de Florian Clivaz? «Pas forcément, même si c'était magique, tempère-t-il. Mais lorsque Mujinga décroche sa médaille de bronze en 2019, il y avait un énorme point d'interrogation. À 25 ans, je me retrouvais à passer en quelques mois du copain au copain/manager/entraîneur de l'athlète phare en Suisse. La pression était énorme. À la base, je n'avais pas signé pour ça (rires).»
Celui qui dit aimer être dans l'ombre va toutefois se retrouver sous le feu des projecteurs ce dimanche, à l'occasion des Sports Awards. «C'était déjà surréaliste de me retrouver dans la liste des pré-nommés, souligne-t-il. Mais je tiens surtout à souligner le travail d'équipe, car je ne suis pas seul.» Pêle-mêle, il cite Claudine Müller, entraîneuse spécialiste des haies, Patrick Saile, spécialiste du sprint ou le staff médical. «Cette nomination, c'est surtout la valorisation de ce savoir-faire qu'on a développé, d'abord autour de Mujinga, puis avec Ditaji.»
Le discours en cas de victoire semble prêt. «Ce serait très gratifiant mais, à nouveau, ça récompenserait le processus de l'autodidacte que je suis, juriste de formation.» Le temps d'une soirée, Florian Clivaz risque bien toutefois de passer de l'ombre, à la lumière des projecteurs du siège de la SRF à Zurich.