Ce sont les mots d’une mère bouleversée, qui donnent la chair de poule. «Depuis un an et demi, ma fille subit des abus sexuels de la part de son partenaire de danse sur glace, sans son consentement. Cela se produit lorsqu’ils se retrouvent seuls dans les vestiaires, lors de compétitions, dans des camps d’entraînement, des hôtels ou des logements de vacances. Elle a 14 ans et lui 18.»
Il y a deux ans, la mère de cette jeune danseuse sur glace a signalé les faits à Swiss Sport Integrity (SSI). Depuis 2022, les suspicions d’abus dans le sport peuvent être signalées à cet organisme indépendant en Suisse.
Le verdict du Tribunal du sport suisse est désormais connu: le danseur sur glace mis en cause a été suspendu pour trois ans pour avoir porté atteinte à plusieurs reprises à l’intégrité sexuelle et psychique de sa partenaire. Comme il avait déjà été suspendu au début de l’enquête, à la fois en tant que sportif et comme entraîneur de jeunes athlètes, cette période est prise en compte dans la sanction. Sa suspension prendra donc fin dans moins d’un an, le 18 septembre 2027 à 23 h 59.
Après un an et demi, la jeune fille s’est confiée
C’est ce qui ressort du jugement de 77 pages rendu par le Tribunal du sport, auquel Blick a eu accès. L’audience s’est tenue en juin 2026 en présence du danseur sur glace, tandis que son ancienne partenaire a participé par visioconférence. Le tribunal a estimé qu’il était établi que le jeune homme, aujourd’hui âgé de 20 ans, avait commis à plusieurs reprises des manquements à l’éthique et des abus. Selon les juges, ces faits «contredisent clairement l’image du jeune homme irréprochable que la défense a tenté de construire».
Le jugement contient des détails choquants. Les franchissements de limites, sur la glace comme en dehors, auraient duré environ un an et demi avant que la jeune danseuse ne se confie à sa mère. Celle-ci s’est alors immédiatement adressée au service de signalement éthique. Dans son message à Swiss Sport Integrity, la mère a écrit: «Cela montre clairement à quel point il est difficile pour les jeunes filles de cet âge de parler de sujets délicats. Même si elles semblent mûres dans leur comportement et physiquement, elles ne sont encore que des enfants.»
Au début de leur collaboration sur la glace, les deux jeunes entretenaient une relation amicale et leurs parents se connaissaient bien. Mais, avec le temps, les incidents problématiques se sont multipliés: attouchements ambigus, baisers et gestes à connotation sexuelle, comme le fait d’exhiber son sexe dans les vestiaires. Selon ses propres déclarations, le danseur sur glace considérait ces comportements comme «normaux». Il était «un peu amoureux» de sa partenaire et n’aurait «jamais perçu de rejet».
Le danseur a exercé une forte pression sur sa partenaire
Le tribunal a jugé les déclarations du jeune homme peu crédibles, contrairement à celles de la danseuse, qu’il a considérées comme cohérentes. L’athlète a expliqué s’être sentie fortement sous pression, notamment parce que son partenaire lui demandait sans cesse s’il pouvait l’embrasser. Elle a fini par le laisser faire un jour.
Le jeune homme aurait également instauré un climat de menace et d’intimidation. Il aurait notamment menacé de la faire tomber sur la glace pendant les entraînements ou de mettre fin à leur partenariat. Or, en danse sur glace, les femmes ont davantage de difficultés à trouver un partenaire que les hommes, en raison du déséquilibre entre les sexes dans cette discipline.
L’incident le plus grave s’est produit en juillet 2024. Les deux jeunes occupaient alors des chambres voisines dotées de balcons communicants. En raison de la chaleur, la porte du balcon était ouverte. Le danseur serait entré sans y être invité dans la chambre de sa partenaire et aurait commencé à la déshabiller, avant de se déshabiller lui-même. Il aurait tenté d’avoir un rapport sexuel avec elle, puis l’aurait pénétrée avec ses doigts. «Mais je l’ai repoussé. C’était le seul réflexe que j’avais à ce moment-là, j’étais comme paralysée», a raconté la jeune fille.
Suivi psychologique
Le danseur se serait ensuite masturbé devant elle avant de quitter la chambre. Selon le jugement, il s’est contredit lors de l’interrogatoire détaillé consacré à cet épisode. Le tribunal n’a pas cru son affirmation selon laquelle il aurait également perçu un consentement de sa partenaire à cette occasion. L’adolescente avait par ailleurs craint de tomber enceinte contre son gré.
D’après le jugement, la jeune sportive bénéficie toujours d’un suivi psychologique. Les relations sexuelles restent difficiles à envisager pour elle, car les souvenirs de ce qu’elle a vécu refont surface. Sa famille a également engagé une procédure civile contre le jeune homme de 20 ans.
Blick renonce à révéler le nom du danseur ainsi que les détails géographiques qui permettraient d’identifier son ancienne partenaire. La protection de la vie privée de la jeune sportive, toujours mineure, prime.