«C'était une relation toxique»
Gaia Rasmussen a quitté la synchro pour changer de bassin

Passée par la natation artistique, Gaia Rasmussen a changé de cap à 18 ans pour se lancer dans la natation sportive. Quatre ans plus tard, la Genevoise a déjà réalisé les minima pour les Européens.
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Gaia Rasmussen est passée de la natation artistique à la natation sportive.
Photo: keystone-sda.ch
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Matthias DavetJournaliste Blick

À 18 ans, Charles Aznavour quittait sa province. Gaia Rasmussen, elle, est restée à Genève. Sauf qu'elle a décidé de totalement changer de voie (ou plutôt de ligne) au niveau du sport d'élite. Membre de l'équipe suisse de natation artistique, elle décide de rester dans l'eau, mais se tourne vers la natation sportive.

Quatre ans plus tard, le pari est déjà gagné. En ce vendredi, premier jour de la Swim Cup, la Genevoise débarque au café qui domine le bassin le sourire aux lèvres. Quelques minutes plus tôt, elle a abaissé son record personnel d'une seconde et a réalisé le temps minimal pour se qualifier aux Européens de natation, qui auront lieu cet été à Paris. Un accomplissement en soi pour n'importe quel nageur, mais encore plus quand on connaît le parcours de Gaia Rasmussen.

La peur de l'eau pour débuter

Celle qui vient de fêter ses 22 ans est honnête d'emblée: «À 4 ans et sous l'impulsion de mes parents, j'ai appris à nager. Sauf que je n'aimais pas l'eau. Mettre la tête sous l'eau ou faire des culbutes étaient ma phobie.» Dans la famille Rasmussen, les parents souhaitent que leurs trois enfants se lancent dans un sport et apprennent un instrument. Tandis que les deux grands frères de Gaia se tournent vers le football, la benjamine suit les traces de sa maman et s'inscrit dans un club de gymnastique artistique. Pour l'instrument, elle choisit le piano, puis le violon.

Mais à l'âge de 8 ans, elle ose le grand saut et retourne à l'eau. «Une de mes meilleures amies m'avait proposé d'essayer ensemble la synchro et là-bas, on m'a vite repérée, se souvient Gaia Rasmussen. Grâce à la gymnastique et ma souplesse, j'étais déjà bien avancée.» Quant à la peur de l'eau, elle s'envole rapidement, entre autres grâce à un cadre plus sain. «J'ai aussi arrêté la gymnastique car j'avais peur de faire certaines choses, détaille-t-elle. On me criait dessus et j'étais terrorisée.»

Un aller-retour dans un groupe

D'emblée, ses entraîneurs de natation artistique remarquent un talent chez la native de Lancy. «On m'a très vite dit que j'avais un potentiel et que je devais m'y mettre sérieusement, se rappelle-t-elle. On m'a rapidement mis à la compétition en solo et, même si j'étais là pour m'amuser, j'ai remarqué que j'étais un peu meilleure.» Sans prendre la grosse tête, Gaia Rasmussen continue son parcours dans les bassins.

«Jusqu'à 12 ans, c'était du sport-plaisir. Ensuite, j'ai bifurqué sur la performance.» Sauf que la jeune nageuse ne reste pas longtemps dans son nouveau groupe. «Mes parents trouvaient que ça faisait trop d'heures d'entraînement et j'ai dû retourner avec mes anciennes coéquipières, appuie-t-elle. Mais je m'ennuyais et je voyais bien que je n'étais pas à ma place.» Avec l'aide de ses entraîneurs, elle convainc ses proches et, dans la foulée, intègre en équipe suisse.

«J'ai éclaté en sanglots devant ma mère»

La carrière de Gaia Rasmussen semble alors toute tracée: devenir l'une des meilleures nageuses artistiques du pays. Ses performances se développent et elle débute le collège en sport-études. «La première année, c'était rude. Je me suis clairement pris une claque», se marre-t-elle. Mais dans les bassins, tout se passe pour le mieux et, en compagnie de «celle qui est comme une sœur» Milla Morel, elle gravit les échelons.

Sauf qu'à 16 ans, le Genève-Natation change d'entraîneur pour le duo. «J'avais bâti une vraie confiance avec l'ancienne, que je voyais plus que ma mère, se souvient la nageuse de 22 ans. Ça nous a mis un gros coup et la nouvelle croyait peut-être moins en moi.»

Pendant deux ans, Gaia Rasmussen se tâte: doit-elle continuer son sport à tout prix? «Je n'avais plus de plaisir, j'étais angoissée. Mais je n'arrivais pas à en sortir, c'était addictif. Comme une relation toxique au final.» La Genevoise garde ça pour elle, longtemps. «Un jour, ma mère m'a appelée et m'a dit qu'elle sentait que quelque chose n'allait pas. J'ai simplement éclaté en sanglots.» Après avoir vu un psychologue du sport, elle décide de raccrocher son maillot, à 18 ans.

Des avantages… et des inconvénients

Elle ne va par contre pas loin du tout puisque, une semaine plus tard, elle débute la natation sportive, toujours avec le Genève-Natation. «J'avais tellement envie de passer à autre chose, de sortir de ma vie d'avant, souffle-t-elle. J'adore le sport, mais l'eau encore plus. Je voulais surtout reprendre du plaisir.»

Elle intègre alors le groupe élite de Clément Bailly, là où nagent les Jérémy Desplanches ou autre Roman Mityukov. La condition pour qu'elle y reste: une qualification aux futurs championnats suisses – qu'elle décroche aisément. Le talent est toujours présent, même quand il s'agit de faire des longueurs.

Ses dix années de natation artistique l'aident sur certains points, comme la flottaison ou la respiration. Par contre, elle doit beaucoup travailler sur d'autres. «Tout ce qui se rapporte à la technique ou à certains muscles, sourit-elle. Mais on m'a donné plein de conseils.»

Des réflexes à effacer

Car changer de section lui permet également de retrouver du plaisir dans l'eau. «J'ai rapidement senti que le cadre était sain… Je pouvais discuter si j'avais des problèmes ou mal quelque part, ce dont je n'avais plus l'habitude.» Gaia Rasmussen a dû perdre certains réflexes de son passé, notamment sur son rapport à la nourriture. «En synchro, j'arrivais parfois avec un plat de pâtes et on me regardait de la tête au pied, en me demandant presque pourquoi je mangeais.» La coïncidence fait que, durant l'interview, Clément Bailly est venu s'inquiéter du bien de sa nageuse, lui demandant si elle avait mangé.

C'est lui qui a rapidement cru en Gaia Rasmussen. «Il m'a toujours dit que mon potentiel allait se révéler, ou pas, en 2025.» Presque devin, l'entraîneur du Genève-Natation a vu juste. En avril, elle abaisse le record de Suisse du 200 m dos en petit bassin de 79 centièmes. Dans la piscine de 50 m, elle n'est désormais plus qu'à une seconde de celui-ci.

Cela ne semble presque être qu'une question de mois avant que ce temps ne soit battu. Celle qui est à l'université en sciences de l'éducation en parallèle vise, comme tout nageur, les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. «Je sais que ça va être très compliqué, mais je suis également consciente de ma courbe de progression. Je vais me battre pour.» Après cette échéance, elle ne sait pas encore de quoi son avenir sera fait. Mais rebondir ne semble pas faire peur à Gaia Rasmussen.

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