Aucun suspense sur 800 m
Audrey Werro a laminé notre envoyé spécial

Engagé sur le 800 m des médias lors des Européens de Birmingham, notre journaliste a vécu l'enfer de la distance. Récit d'une immersion sportive entre conseils pros, stress et acide lactique.
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Il y a seulement au niveau de la célébration que notre journaliste peut rivaliser avec Audrey Werro… et encore.
Photo: keystone-sda.ch
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Matthias DavetJournaliste Blick

«On s'inscrit?» «Allez.» L'auteur de ces lignes et le journaliste de «La Liberté» allaient-ils regretter leur conversation, lundi dans la salle de presse des Européens d'athlétisme? Au moment de cliquer sur «Envoyer», ils n'avaient en tout cas plus le choix: vendredi, aux alentours de 14h, ils allaient participer à la «Media Race» organisée par l'organisation.

Un 800 m entre les journalistes du continent pour savoir qui serait le plus rapide. Avant même l'inscription, il n'y avait guère d'illusion: ce ne serait ni le sursigné, ni son confrère Pierre Schouwey.

Mais entre le début de la semaine et celui de la course, il y avait le temps de tergiverser. Quatre jours pour se demander si la bonne décision était prise. Et surtout, pour prendre le plus d'informations possible. Toute une aventure.

Étape 1: La chasse aux conseils

Certains conseils ont été prodigués par Veronica Vancardo, finaliste du 800 m.
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Avant tout, l'inconnu attend. Combien de temps faut-il pour faire un 800 m? Sur l'inscription, on note 3'30, sans vraiment pouvoir en être sûr. Puis, l'heure est à la pêche aux conseils. Les amis d'abord, à l'image de Maureen Jordan, ancienne coureuse du double tour de piste à un niveau national et 100e meilleure athlète du pays sur la distance. «Pars vite, tiens et accélère sur la fin.» Bon. Ça, c'est si les capacités physiques existent.

Entraîneure d'Audrey Werro, Christiane Berset Nuoffer est également d'accord de nous donner quelques conseils. «Cherchez à vous protéger derrière quelqu'un et restez bien au couloir 1, pour ne pas faire trop de mètres. Et dans la dernière ligne droite, il faut y aller all-in.» Des indications qui vont dans le même sens que celles de Veronica Vancardo, la finaliste des Européens de Birmingham. «Restez bien relâchés, ne vous crispez pas trop. Et quand il faut mettre le kick dans les 120 derniers mètres, allez-y à fond.» On retient.

Étape 2: «S'entraîner la veille, c'est trop tard»

La course le long du canal allait-elle suffire? Pas sûr.

«Bon, si vous vous êtes entraînés uniquement la veille, c'est trop tard.» La phrase de Christiane Berset Nuoffer met un petit coup au moral le jeudi, après les demi-finales du «vrai» 800 m. Et pourtant, comment lui donner tort?

Ce n'est pas parce que, 30 heures avant la course officieuse, deux intervalles de 500 m ont été réalisés le long du canal que la performance va s'améliorer drastiquement. Par contre, ils permettent au moins de nous situer légèrement avant le grand moment. Un demi-kilomètre en 1:41, tout en évitant le triple P (pavés, ponts, piétons), l'espoir est de mise. Il ne faudra juste pas craquer pour réaliser le chrono de rêve et inavouable encore: sub 3 minutes. Mais il faut avouer que voir l'équipe italienne de marche passer à peu près à la même vitesse à côté de nous n'est pas rassurant.

Étape 3: Comment les athlètes gèrent-elles?

Appétissant, non?
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Vendredi matin, race day. On se réveille avec les jambes lourdes (qui a dit que l'entraînement la veille était une mauvaise idée?), le stress qui commence à monter et une question en tête: comment les professionnelles font-elles pour ne pas se faire envahir par la pression le jour J?

Ensuite, c'est l'heure du petit-déjeuner. Le overnight oats mango and passionfruit sonne comme un repas de champions. Allons-y pour ce plat. Le plus important est que, au vu de la texture, il ne se retrouve pas sur la piste de l'Alexander Stadium quelques heures plus tard.

La session du matin et la qualification des Suisses pour la finale du 4 x 400 m permettent de se changer les idées et de faire ce que l'on fait un poil mieux: son travail. Mais l'heure fatidique approche.

Étape 4: Même Lea Sprunger n'aime pas ça

Lea Sprunger (à gauche) nous a coachés lors des dernières minutes.

La distribution des dossards est quelque peu chaotique, avec des changements à gauche et à droite. Finalement, on hérite du No 86, celui de Julien Sprunger. De bon augure au vu de la fin de carrière en apothéose du capitaine de Fribourg Gottéron? Réponse dans quelques minutes.

Vient ensuite l'heure de découvrir de très près le tartan bleu de Birmingham, que l'on voit depuis plusieurs jours. Championne d'Europe du 400 m haies en 2018 et consultante de la RTS, Lea Sprunger est restée entre les deux sessions pour encourager les représentants des médias suisses. «Si j'ai arrêté l'heptathlon, c'est à cause du 800 m», nous confie-t-elle quelques instants avant que l'on doive descendre sur la piste. Rassurant.

Par contre, grâce aux deux journalistes suisses, la Vaudoise peut réaliser deux rêves: donner le départ d'une course et agiter la cloche lors du dernier tour. Un dernier conseil avant qu'on s'élance, coach Lea? «Donne tout et profite.» Promis.

Étape 5: Attention à la chute

Prêt sur la ligne de départ.
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Après 10 m à peine, on ne passe pas loin du drame. Lors du rabat, votre serviteur croche les pieds d'un journaliste francophone devant lui. Heureusement, contrairement à l'incident entre Audrey Werro et Anaïs Bourgoin, tout le monde reste sur ses pattes.

Avec le Fribourgeois Pierre Schouwey, la tactique est simple: il impose le rythme au début, les rôles sont échangés à la mi-course et tout le monde pour sa poire dans le sprint final. Une stratégie parfaitement menée et qui permet aux athlètes d'être plus que dans les temps après 600 m.

Puis, revient tout à coup en tête le conseil de Veronica Vancardo. Le fameux kick est donné à 180 m de l'arrivée. Un dernier cassage digne des plus grands (et uniquement pour le bonheur des photographes) et l'enfer est enfin terminé, avec de l'acide lactique dans les jambes à pouvoir en revendre.

Étape 6: Il y a encore du travail

Le cassage est digne des plus grands.
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La souffrance est visible sur les visages de tous les athlètes amateurs. La coach Lea Sprunger semble fière de ses deux protégés, tout le monde est ravi. Le chrono officiel? 2:41:34 soit six secondes de plus qu'Audrey Werro… après sa chute en demi-finales du 800 m. Même en passant 35 secondes au sol, la Fribourgeoise est meilleure. Pour les fans de statistiques, la prestation a évidemment été enregistrée pour Strava.

Par contre, terminer devant une championne d'Europe, peu de personnes peuvent se targuer d'avoir réalisé cela et, pourtant, Ashleigh Nelson (35 ans) – vainqueure du 4 x 100 m avec la Grande-Bretagne en 2014 – a fini loin dans la série.

À 21h46 à Birmingham, l'heure était aux professionnelles. Audrey Werro franchit la ligne en première position, avec un temps de 1'54"81, et a clairement laminé notre envoyé spécial. Huitième de cette finale, Veronica Vancardo est ravie que son conseil ait été appliqué. «Si j'avais su, je serais venue vous encourager, vous m'auriez entendue dans tout le stade», rigole la Fribourgeoise.

Quant à nous, après cet intermède sur le tartan, il est temps d'aller très vite reprendre notre place en tribune de presse: écrire sur l'athlétisme fait quand même beaucoup moins mal aux jambes que d'en faire.

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