Mardi, Marlen Reusser a remporté avec panache la 4 étape du Tour de France Femmes 2026 et endossé le maillot jaune. Mais en coulisses, l’agitation régnait déjà avant le départ du contre-la-montre, pour une tout autre raison: l’Union cycliste internationale (UCI) a soumis les coureuses à un contrôle vestimentaire plus strict que d’habitude.
Une zone intime en particulier faisait l’objet d’un examen minutieux (effectué par des membres féminins du jury): le tour de poitrine, ou plus précisément les soutiens-gorge de sport portés sous les maillots.
En effet, le magazine cycliste néerlandais «WielerFlits» a révélé, la veille du contre-la-montre, qu’il serait courant dans le peloton de rembourrer les soutiens-gorge de sport. Un tour de poitrine plus important procurerait un avantage aérodynamique. Le magazine étaye ces accusations avec des photos de coureuses qui, notamment lors des Jeux olympiques de 2024 et du Giro de l’an dernier, ont pris le départ des contre-la-montre avec un tour de poitrine visiblement plus volumineux.
Un avantage scientifiquement prouvé
Problème, l'astuce est interdite. En effet, le règlement de l’UCI stipule que les «éléments et vêtements non essentiels» susceptibles de modifier la «morphologie d’une coureuse» sont prohibés.
«WielerFlits» donne la parole au professeur d’aérodynamique Bert Blocken. Il y a deux ans, ce Néerlandais a mené des recherches approfondies sur les protections mammaires dans le cyclisme et le triathlon. Sa conclusion: un volume thoracique plus important permet au vent de moins heurter le bassin. L’air est alors dévié vers le bas, entre les jambes, ce qui réduit l’effet de freinage.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes: la résistance à l’air peut être réduite jusqu’à 3,6%, ce qui représente au moins 0,78 seconde par kilomètre. Près d’une seconde gagnée par kilomètre: cela peut faire toute la différence entre la victoire et la défaite. Mardi, après 21 kilomètres, seules 18 secondes séparaient Marlen Reusser, victorieuse, de la troisième du classement.
L'avis de la reine du contre-la-montre
La méthode rudimentaire consistant à simplement coincer un bidon à hauteur de poitrine sous le maillot était surtout courante autrefois. Blick a contacté Karin Bucher-Thürig (54 ans), prédécesseure de Marlen Reusser parmi les grandes spécialistes suisses du contre-la-montre. La double championne du monde de la discipline et médaillée de bronze olympique explique: «À mon époque, ce genre de détails n’était pas encore d’actualité. Certes, j’allais déjà en soufflerie. Mais il s’agissait surtout d’optimiser la position sur le vélo et la forme du casque. Cela avait un effet considérable. Aujourd’hui, beaucoup de choses sont déjà tellement optimisées qu’on en vient à chercher des gains dans les moindres détails.»
Il est donc logique qu’avec ces contrôles renforcés sur le Tour de France, toutes les coureuses aient pris le départ du contre-la-montre sans recourir à la fameuse astuce du soutien-gorge.