Par Claude Ansermoz
Un non ferme, pas un blanc-seing

La SSR n’est pas irréprochable. Elle doit rendre des comptes. Mais la priver de moyens au nom de ses fautes reviendrait à fragiliser un contre-pouvoir essentiel dans une démocratie sous tension. Le commentaire de Claude Ansermoz.
Selon Claude Ansermoz, un possible non à la votation du 8 mars doit être un non exigeant.
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Claude AnsermozRédacteur en chef en charge des contenus

On aurait pu ressortir le «petit oui» cher à Christophe Darbellay, quand il défendait du bout des lèvres deux textes qu’il n’assumait qu’à moitié (la Loi sur l'asile et la Loi sur les étrangers). En le transformant, cette fois, en un petit non, un petit ouais, un petit peut-être - voire un bulletin blanc - face à l’initiative «200 francs, ça suffit».

Car oui, on peut adresser plusieurs reproches à la RTS dans cette campagne. On ne comprend toujours pas pourquoi il a été si difficile d’obtenir le coût exact de son nouvel écrin d’Ecublens (et non son financement). Ni pourquoi, après avoir perdu son recours à la Cour européenne des droits de l’homme contre Dominique Giroud, à la suite d’un reportage de «Temps Présent», elle a passé cette information sous silence.

La gestion de la crise à Tataki (avec le licenciement de son directeur), comme celle du «commentaire» de Stefan Renna aux Jeux olympiques (l’affaire du bob israélien), témoigne aussi d’une structure lourde, qui peine parfois à prendre des décisions adéquates et à les assumer clairement. Le lancement d’un podcast égratignant le masculinisme quelques jours avant la votation, alors même qu’on l’accuse déjà de pencher du côté obscur du «wokisme», relève, au minimum, de la maladresse.

Ce que la SSR ne publie pas

Enfin, au lieu de se retrancher derrière l’étude du FÖG de l’Université de Zurich, la SSR ferait bien de publier des données fiables sur la répartition des temps de parole politiques. Surtout si elle estime n’avoir rien à se reprocher.

Ailleurs en Europe, de tels relevés existent dans l’audiovisuel, y compris pour le service public, généralement via les régulateurs. La SSR continue par ailleurs à empiéter, de manière déloyale, sur le terrain des médias privés, notamment via ses plateformes numériques, sans que sa concession ne lui en donne clairement la mission. Et l’on ne reviendra même pas sur la suppression de la FM, qui l’a coupée d’une partie de son public le plus fidèle, souvent peu enclin au changement.

Enjeu démocratique majeur

Tous ces reproches existent. Ils sont réels. Mais aucun ne justifie de dire oui à cette initiative.

Il faut au contraire lui opposer un non clair, net, assumé.

D’abord parce que la RTS - à l’instar des médias privés, de gauche comme de droite - reste un contre-pouvoir. Et, par les temps qui courent, c’est un enjeu démocratique majeur. La semaine dernière encore, une étude expérimentale publiée dans «Nature» montrait comment le fil algorithmique de X peut déplacer certaines opinions politiques vers des positions plus conservatrices, en augmentant l’exposition à des contenus politiques, notamment conservateurs et militants.

Menée en partie avec le concours du département d’économie de l’Université de Saint-Gall, qu’on ne peut guère soupçonner de marxisme, elle documente aussi la manière dont le réseau d’Elon Musk influence les comptes suivis, y compris ceux diffusant de fausses informations, au détriment des sites d’information. La montée sondagière du soutien au service public audiovisuel démontre que le choix des mots de haine et d’approximations provocatives des opposants en cette fin de campagne rebute ceux qui étaient indécis.

Une info 100% zurichoise?

Malgré les esprits chagrins qui affirment le contraire, la SSR reste aussi l’une des garantes de la cohésion du pays. En Suisse romande, elle a su toucher un public jeune que tous les médias cherchent à atteindre. Plus largement, la répartition de la redevance repose sur une mécanique fine, qui surpondère les régions minoritaires et leur assure une existence médiatique, politique, culturelle et sportive. Un oui, le 8 mars, renforcerait encore la position dominante de Zurich dans un paysage informatif et sociétal déjà très «limatien».

Mais ce non doit être un non exigeant. Un non qui ne ressemblera pas - et ne doit pas ressembler - à celui de No Billag. La mutation engagée et les promesses de la nouvelle SSR devront, cette fois, se concrétiser.

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