A l’approche de la votation sur l’avenir de la SSR, annoncée comme serrée, le Mouvement Citoyen Genevois (MCG) sort l'artillerie lourde. Le parti a lancé, le 16 février dernier, une campagne d’affichage offensive, ciblant frontalement la RTS, en pleine réorganisation vers Ecublens (VD). Sur les bus et trams genevois, le parti anti-frontaliers tire à boulet rouge: «La SSR quitte Genève et abandonne la Tour de la TV! […] OUI à l’initiative SSR: l’information a un prix, l’ingratitude aussi.»
La riposte ne s’est pas fait attendre. La RTS dénonce une campagne fondée sur des «fausses informations» et martèle, presque lasse: elle reste dans la tour genevoise, «et l’a clairement communiqué à plusieurs reprises». Le Comité régional romand du «Non à l’initiative SSR» parle de «désinformation» et promet d’agir contre cette nouvelle provocation.
Le premier dérapage?
Pour le comité qui lutte pour éviter une baisse de la redevance, la nouvelle campagne rompt avec le ton jusqu’ici «courtois» du débat. «C’est la première fois que des arguments factuellement faux sont avancés. Le MCG induit les Genevois en erreur», tonne Philippe Zahno, coordinateur du comité et président des radios régionales romandes.
Un courriel et un recommandé ont été adressés au parti genevois, exigeant le retrait ou la modification des affiches d’ici mardi soir. Et si rien ne se passe? «Nous nous réservons le droit de prendre les mesures adéquates. Nous ne laisserons pas passer.» Aucun autre détail ne nous sera communiqué.
Mais le MCG, en face, ne plie pas et regrette «l’abandon de la capitale internationale de la Suisse». «Nous ne retirerons pas», tranche son président François Bärtschi, qui dénonce une «censure» et un «ultimatum déplacé». «Ils nous demandent de retirer notre publicité, je n'ai jamais vu ça!» Il ironise sur «tout le gratin suisse romand furieux» de la campagne.
Que des «miettes à Genève»
Au cœur du grief: un sentiment d’abandon. «Nous sommes les orphelins de la RTS», lance le président du MCG. Il rappelle l’époque où télévision et radio devaient se répartir entre Genève et Lausanne. Il s'émeut du déménagement, dont il ne restera que des «miettes» au bout du Léman: «La RTS va mettre un petit bureau à Genève, en ne tenant pas compte de l'historique et des avantages donnés.»
Mais ces «miettes» dont parle François Bärtschi représentent tout de même 600 employés – 400 déménageront – qui devraient rester à Genève. «La RTS sera locataire d’environ la moitié de la tour, avec plusieurs productions digitales, la fiction, les documentaires et les magazines TV, entre autres», précise son porte-parole Marco Ferrara. L’objectif: réaliser des économies immobilières «plutôt que dans les programmes».
Le comité régional du non enfonce le clou et reproche le danger d'un oui le 8 mars prochain: «C'est le média le plus présent à Genève. Si l'initiative passe, la moitié des emplois restant dans le canton est menacée», lance Philippe Zahno.
Un goût de trahison
François Bärtschi reconnaît que Genève ne sera pas «totalement abandonnée», mais juge la réduction inacceptable. Accusé de tromperie, il rétorque: «Nous ne sommes pas une autorité, on ne peut donc pas nous accuser de tromper qui que ce soit.» Il dit aussi douter du maintien des 600 postes genevois à moyen terme.
Pour lui, le déménagement a un goût «d'ingratitude», d’autant que l’Etat de Genève a accordé un droit de superficie à la RTS pour sa célèbre tour. «Avec ce terrain, Genève a offert un cadeau.» Le comité du non répond que la centralisation est une adaptation nécessaire: «Tous les secteurs se réorganisent. Il n'y a pas que les médias. Ce n’est pas une question de gratitude, mais de survie pour fournir les prestations attendues.»
Le bras de fer continue
Les positions semblent irréconciliables. Le MCG refuse de payer 300 francs par an pour une institution qui «quitte Genève». Le camp du non dénonce une campagne «trompeuse» et défend une stratégie jugée indispensable pour préserver l’offre tout en réalisant des économies.
A moins de deux semaine du scrutin, le ton monte et le bras de fer se durcit. Reste à savoir si l’affrontement se réglera dans les urnes… ou d’abord sur les transports publics genevois.