Par Richard Werly
La France n'est plus celle de Didier Deschamps

Le sélectionneur de l'équipe de France de football quittera ses fonctions à l'issue de la petite finale du Mondial contre l'Angleterre. Un départ qui confirme la fin d'une époque, qu'il n'a pas vu venir.
Selon Richard Werly, le sélectionneur de l'équipe de France de football Didier Deschamps ne s'en va pas sur un échec
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Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Didier Deschamps ne s'en va pas sur un échec. Au contraire. Malgré la défaite de la France face à l'Espagne en demi-finale de la Coupe du monde de football, et la frustration naturelle d'un sélectionneur de voir son équipe réduite à disputer la troisième place face à l'Angleterre, le bilan du patron des «Bleus», depuis douze ans, est qualifié par tous d'extraordinaire.

Un Mondial remporté face à la Croatie en 2018, une défaite épique en finale en 2022 face à l'Argentine, une demi-finale en 2026... Avec, à chaque fois, un refrain identique: Deschamps est l'homme de la méthode. De la discipline. Du collectif. De l'autorité. Bref, un sélectionneur qui, sur le papier, démontre des qualités dignes d'un président.

Douze ans à la tête des «Bleus»

Vrai? Faux? La réalité est surtout qu'en douze années passées à diriger l'équipe de France de football, Didier Deschamps a campé sur des valeurs dont le pays réel s'est, lui, éloigné à grande vitesse.

La valeur travail, sans cesse défendue par le sélectionneur? Largement marginalisée au sein d'une population qui pense d'abord, selon les sondages, à ses loisirs et à sa retraite.

La cohésion tricolore? Pulvérisée par la radicalité politique et l'antienne d'une «Nouvelle France» créolisée, mise en avant par La France insoumise (LFI, gauche).

Le respect du chef, du patron? Dangereusement ébranlé au sein d'une société dont 84% des citoyens français affirment, d'après l'institut Odoxa, qu'elle «manque de repères» et «d'autorité».

«Deschamps président», comme le clament parfois, pour le plaisir du buzz, certains commentateurs toujours pressés de voir dans le football un miroir social, alors même que sa sociologie a profondément évolué? Vu de l'étranger, la réponse est non.

D'abord parce que la méthode déployée par l'intéressé, battue en brèche aux Etats-Unis par l'Espagne, a montré de sérieuses limites en termes de coaching et de choix tactiques. Ensuite parce que cette méthode ne correspond plus au pays d'où sont issus les joueurs qui, sur le terrain, doivent se battre jusqu'à la dernière minute pour l'emporter.

L'homme du Sud-Ouest

Didier Deschamps, homme de la façade atlantique et, plus précisément, du Sud-Ouest, pays de traditions et de rugby, n'est plus en phase avec les jeunes générations de Français, mues par l'appétit des succès éphémères, par le goût des opinions tranchées et assumées, par la volonté forcenée de faire cohabiter égalité de principe et volonté de s'enrichir au plus vite.

Deschamps n'était plus en phase avec la France des influenceurs. Il a trop cru que la figure, somme toute assez lisse, de Kylian Mbappé ferait de ce joueur d'exception un chef incontesté. Le patron des «Bleus» n'a pas voulu voir l'archipélisation de son équipe, à l'image de celle du pays: la France, y compris sur le plan économique, ne s'en sortira qu'en laissant émerger de fortes individualités. Les vertus du «pack», pour parler ballon ovale, sont de moins en moins évidentes. Il était temps, dans ces conditions, que Didier Deschamps tire sa révérence, après un bilan plus que flatteur.

Son successeur annoncé, Zinedine Zidane, star incontestée, possède, lui, davantage les clés de l'époque, malgré son mutisme surjoué. Zidane est une star. Zidane a du caractère. Zidane a montré, sur le terrain, son ego XXL. Et Zidane, par son parcours et son nom, se trouve en prise avec la réalité d'un football devenu l'un des ascenseurs sociaux les plus efficaces pour les jeunes Français issus de l'immigration.

La France de Deschamps n'existe plus. Celle de Zidane existe bel et bien. Mais la gérer, dans un contexte politico-sportif hautement inflammable, exigera toute la patience et tout le sérieux du «Dédé» désormais retraité.

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