L'OMC s'enlise et n'aboutit à aucun compromis
Echec total à Yaoundé, le Brésil bloque un accord clé sur le numérique

La ministérielle de l'OMC à Yaoundé s'est soldée par un échec, faute de compromis entre les membres. Le Brésil a bloqué un accord sur un moratoire clé sur le commerce électronique, opposant ses intérêts agricoles aux exigences américaines, soutenues par d'autres pays.
Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l'OMC, s’exprime lors de la conférence ministérielle à Yaoundé le 26 mars 2026.
Photo: AFP
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ATS Agence télégraphique suisse

La ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Yaoundé s'est refermée sur un échec total. Au terme de la réunion lundi, le Brésil a tenu tête aux Etats-Unis et un moratoire important sur les transmissions électroniques arrive à échéance immédiatement.

Comme la Suisse, les Etats-Unis étaient venus à cette réunion camerounaise avec la volonté d'arracher une solution permanente sur cette question. Le moratoire, loin d'être anodin, évite de taxer des diffusions qui pourraient aller des streamings aux téléchargements en passant par des plans pour des objets en 3D ou même des courriels.

Un compromis de cinq ans

Les Etats-Unis avaient mis leur poids diplomatique parce qu'ils ne voulaient plus d'une extension de deux ans comme jusqu'à présent. Un compromis sur cinq ans était sur la table et semblait pouvoir être avalisé. Jusqu'à ce que le Brésil, souhaitant quelque chose sur l'agriculture, décide de le bloquer.

L'attitude américaine offensive depuis plusieurs semaines avant et pendant la ministérielle a été largement ciblée par la société civile et par plusieurs Etats. D'autres pays étaient venus en se demandant «que peut-on donner à Donald Trump?», selon un membre d'une délégation occidentale.

Les Etats-Unis «voient le moratoire comme un test pour l'organisation», avait estimé auparavant à Keystone-ATS une diplomate occidentale. Certains faisaient remarquer que Washington se reconnectait à l'institution après que Donald Trump l'a conspuée ces dernières années.

Pas de plan vers la réforme

Cet affrontement a fait s'effondrer les résultats de la ministérielle. Une vengeance brésilienne sur les tarifs douaniers, selon un spécialiste. «Le temps nous a fait cruellement défaut», a plutôt estimé le président de la ministérielle, le ministre camerounais du commerce Luc Magloire Mbarga Atangana.

Selon une étude d'il y a quelques années, sans lui, les pays riches pourraient perdre 0,5% de leur Produit intérieur brut (PIB). Et celui des pays en développement pourrait diminuer de 2,5%. Des Etats émergents estiment renoncer à des revenus importants. Mais l'application de taxes reste dans tous les cas incertaine, de nombreux pays n'ayant a priori pas les capacités pour les établir, selon des observateurs.

Symbole des discussions électriques de dimanche, des éclairs sont tombés sur Yaoundé au moment où l'échec était amorcé. Ce duel ferait presque oublier la question principale au menu, celle d'une feuille de route pour la réforme de l'OMC.

Dans un projet de déclaration ministérielle minimale, les 166 membres s'engageaient à poursuivre les négociations avec des rapports d'étape en juillet puis décembre et à deux reprises en 2027. Avec l'objectif d'aboutir à des recommandations concrètes pour 2028.

Avancées sur le commerce électronique

Le texte sur la table était loin du plan ambitieux que souhaitait l'UE, la Chine ou la Suisse. En revanche, l'administration de Donald Trump aurait pu presque obtenir la déclaration générale qu'elle cherchait. Les discussions se poursuivront à Genève. Pendant quatre jours, les membres ont abordé la possibilité ou non de davantage de plurilatérales dans les accords de l'OMC pour rendre plus flexible l'institution.

Ils ont aussi discuté des critères et avantages pour s'autoproclamer comme pays en développement. Et d'équité, alors que Pékin est ciblé par les Etats-Unis et l'UE pour son manque de «réciprocité» dans l'accès au marché et pour sa surcapacité qui alimente des exportations qui inondent notamment les pays européens.

Pour l'Afrique, les attentes sur un résultat sur le développement et l'agriculture étaient immenses pour cette ministérielle camerounaise. Symbole des difficultés liées au consensus, l'Inde a maintenu son refus pour arrimer l'accord sur la facilitation des investissements pour le développement aux règles de l'OMC. Celui-ci, validé par 129 Etats, pourrait faire augmenter de 9% les investissements et de 1% le PIB, surtout pour les Etats pauvres, sur dix ans.

En revanche, la Suisse et 65 autres membres, dont l'UE, ont ouvert une porte sur ce que pourrait être l'avenir de l'OMC en coalitions volontaires. Samedi, ils ont décidé d'avancer pour appliquer provisoirement leur accord sur le commerce électronique, qui réduit les barrières numériques notamment pour les PME, tout en continuant à chercher à le raccrocher aux règles de l'organisation.

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