Ils nous avaient pourtant prévenus, avec leurs pistolets à eau et leurs banderoles virulentes. Les hordes de touristes ingérables qui envahissent la ville de Barcelone chaque année ont déclenché la colère des habitants. Hausse des coûts du logement, inflation, saturation des espaces, masse de déchets sur des plages bondées... le surtourisme a mis la capitale catalane à rude épreuve. C'est désormais au tour des autorités de réagir, en frappant là où ça fait mal: les prix.
La Catalogne a approuvé mercredi 25 février un texte qui vise à faire doubler la taxe de séjour dans l'une des destinations touristiques les plus prisées au monde, dévoilent les médias espagnols. Les autorités espèrent, par cette hausse, provoquer une baisse du tourisme, ainsi qu'un meilleur financement du logement à Barcelone.
Qu'est-ce que cela implique pour les voyageurs?
Les touristes qui visiteront la ville à partir du 1er avril pourraient bien être surpris du prix de leur séjour. Ces derniers pourront être taxés jusqu'à 15 euros par nuit dans certains établissements hôteliers et appartements de vacances, soit le double de la taxe antérieure. Cette augmentation massive (qui s'ajoute à la surtaxe municipale de 4 euros) place la taxe de séjour de Barcelone parmi les plus chères d'Europe, alors qu'elle figurait auparavant en 11e position, juste après Amsterdam.
La taxe pour les touristes qui occupent des locations de vacances atteindra 10 à 15 euros par nuit et par personne, contre 5 à 7 euros actuellement, selon la catégorie de l'établissement. Par exemple, pour un séjour de deux nuits pour un couple dans un hôtel quatre étoiles (soit près de la moitié de tous les hôtels de Barcelone, selon Reuters) pourrait coûter jusqu'à environ 45 euros de plus. Dans les établissements cinq étoiles, les clients pourraient se voir facturer jusqu'à 15 euros par nuit chacun. Seuls les passagers de croisières pourront bénéficier de l'ancienne taxe et continueront de payer environ 6 euros.
Mais cette augmentation choc n'est qu'une première attaque dans la lutte contre le tourisme de masse. Une seconde salve de mesures frappera le tourisme dès l'année prochaine. La taxe devrait à nouveau augmenter de 50% en 2027, et ce, dans toute la Catalogne. Des augmentations pourraient se faire ressentir jusqu'en 2029. A partir de 2028, tous les hébergements locatifs de courte durée seront interdits à Barcelone. Une mesure validée par la Cour suprême espagnole.
Un but commun
Cette annonce répond directement aux plaintes des habitants de la cité de Gaudí qui sont descendus en masse protester dans les rues barcelonaises. Oppressés par un tourisme de masse qui touche d'autres villes européennes comme Lisbonne ou Majorque, les Catalans ont fait part de leur mécontentement par des manifestations, des attaques directes envers les touristes ou des murs tagués: «Touristes dehors!» Les habitants dénoncent le nombre excessif de visiteurs, responsables selon eux de la hausse des prix de l'immobilier due à l'augmentation des locations de vacances de courte durée.
Les autorités semblent avoir entendu les protestations de leurs citoyens en freinant le tourisme, tout en ayant un objectif immobilier clair. Cette augmentation devrait rapporter 100 millions d'euros de plus à l'Etat, soit le double du montant perçu aujourd'hui. Un quart des recettes générées par cette nouvelle taxe servira à lutter contre la crise du logement dans la ville, selon le texte de loi et 75% à un Fonds de développement du tourisme. Ce Fonds finance certes la promotion du tourisme, mais également des programmes visant à atténuer la saisonnalité.
«Tuer la poule aux oeufs d'or»
Mais les 15 millions de touristes annuels (soit plus de dix fois la population municipale) ne seront pas les seuls à faire la grimace. Selon, «El País», les hôteliers barcelonais ont déjà exprimé leurs réserves face à cette nouvelle mesure. Ces derniers craignent que les voyageurs ne fuient à toutes jambes, frappant le secteur plus fort que de raison.
Si la ville attire de nombreux vacanciers, elle est aussi la quatrième destination mondiale pour les congrès et le business, selon l'office du tourisme local. Ces participants ne seront pas exemptés de la taxe. L'Association des appartements touristiques de Gérone (ATA) estime, elle, que l'augmentation de la taxe de séjour «tuera la poule aux œufs d'or».