Ordis, photos, preuves inédites...
Jeffrey Epstein a dissimulé des dossiers secrets à travers tous les Etats-Unis

La publication des «Epstein files» n'est-elle que la partie immergée de l'iceberg? Jeffrey Epstein aurait caché des dossiers secrets pouvant mener à des preuves inédites.
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Le ministère de la Justice américaine a récemment publié des millions de dossiers concernant l'affaire Jeffrey Epstein.
Photo: DR
Léa Perrin - Journaliste Blick
Léa PerrinJournaliste Blick

Les «Epstein files» semblent inépuisables. Le tsunami des dossiers Epstein a submergé de nombreuses personnalités mondiales, révélées comme des pièces importantes du puzzle que constituait le trafic sexuel du financier américain. Parmi les plus influents, l'ex-prince Andrew en a récemment fait les frais, avec une arrestation express. Et l'onde de choc ne semble promettre aucun répit. Dans cette affaire énigmatique qui ébranle les Etats-Unis et bien au-delà, une nouvelle vague menace de frapper.

La publication de trois millions de documents par la Justice américaine, censée faire toute la lumière sur l'affaire du prédateur sexuel décédé, ne fait que déterrer de nouveaux secrets. Une enquête du «Telegraph», publiée dimanche 22 février, révèle que Jeffrey Epstein a dissimulé des preuves de ses crimes et de ceux de ses «associés» dans des entrepôts secrets à travers tous les Etats-Unis. Ces documents, soigneusement dissimulés, pourraient révéler de nouveaux éléments compromettants sur les complices du milliardaire déchu.

Eparpiller les preuves

Avant son arrestation pour trafic sexuel en 2019, Jeffrey Epstein a pris soin de dissimuler des documents dans des entrepôts secrets répartis sur le territoire américain, loin du regard des autorités, qui s'étaient concentrées sur les cinq résidences du milliardaire. A Palm Beach, à New York ou à Little Saint James – l'île privée d'Epstein connue pour avoir abrité la majorité de son trafic – les enquêteurs se sont retrouvés face à d'immenses espaces de stockage ainsi qu'à des sous-sols vides. Epstein avait précautionneusement dispersé des ordinateurs, des photographies, des CD et des documents potentiellement incriminants, absents des dossiers publiés par la Justice américaine.

Dans six unités de stockage louées au mois à travers le pays, le criminel sexuel a entreposé des biens provenant de ses propriétés. Le premier box a été loué dès 2003, à une époque où Jeffrey Epstein fréquentait le cercle mondain de Floride, dont faisait partie le président américain Donald Trump. Des relevés de carte bancaire montrent que des paiements ont été effectués pour la location de ces entrepôts jusqu'à la mort du financier en 2019. Ces lieux de stockage n'ont jamais été perquisitionnés par les autorités. 

Toujours un coup d'avance

En 2005, la police s'apprête à perquisitionner le domicile de Jeffrey Epstein en Floride. Mais peu avant l'intervention, de nombreux objets disparaissent mystérieusement de la résidence de Palm Beach. Les autorités soupçonnent depuis des années qu'Epstein a été informé de cette perquisition à l'avance. L'ancien chef de la police de Palm Beach de l'époque, Michael Reiter, a assuré que «l'endroit avait été nettoyé» et que certains éléments informatiques semblaient avoir disparu.

A l'approche de cette intervention imminente, le milliardaire engage des détectives privés et leur demande de déplacer des ordinateurs et des CD vers un espace de stockage externe situé dans une zone industrielle. Peu après, ces mêmes détectives reçoivent l'ordre d'ouvrir un autre box secret à New York. Ils sont rémunérés à hauteur de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Selon le «Telegraph», Jeffrey Epstein aurait également demandé à son personnel de déplacer des ordinateurs de son île privée vers des entrepôts dissimulés et d'effacer les données qui y étaient stockées.

Disques durs copiés

Quatre ans plus tard, Bill Riley, l'un des détectives privés engagés par Epstein, envoie un e-mail au financier et à ses avocats: «J'ai appris que les avocats du plaignant cherchent à récupérer les ordinateurs et les documents que j'ai emportés de la maison de Jeff avant le mandat de perquisition. Je les ai entreposés sous clé et j'aimerais savoir quoi en faire. Je suppose qu'ils ne sont plus nécessaires dans le cadre de l'affaire pénale. Serait-il possible de vous confier ces éléments afin que vous les examiniez et les conserviez en lieu sûr, ou de les remettre à Darren Indyke [l'avocat d'Epstein], ou de les rendre à Jeff?»

Le courriel précise également que les disques durs des ordinateurs entreposés devaient être copiés, ou «clonés». On ignore ce qu'il est advenu de ces copies. Le contenu de ces espaces de stockage pourrait remonter en partie à une période antérieure aux courriels d'Epstein publiés par le gouvernement américain, qui, eux, datent de 2009. Aucune information ne permet de déterminer si certains éléments de preuve ont été détruits ou déplacés après la mort d'Epstein en prison.

Un tournant pour les personnes incriminées?

En janvier dernier, le ministère de la Justice a diffusé publiquement des centaines d'images et de documents saisis au domicile de Jeffrey Epstein, laissant penser qu'il documentait de manière systématique sa vie et celle de son entourage. Des photographies de sa résidence new-yorkaise, prises après sa mort, révèlent une salle multimédia équipée de sept écrans disposés en tour. Le média britannique indiquait également en février qu'Epstein avait ordonné à son personnel d'installer des caméras cachées dans des boîtes de mouchoirs à son domicile.

Pourtant, aucun élément solide n'a, pour l'instant, permis de prouver que Jeffrey Epstein détenait des preuves incriminant ses associés ou d'autres personnalités impliquées dans son trafic criminel. Peu de photos ou de vidéos ont permis d'étayer ces soupçons, malgré les interrogations persistantes des autorités. Une situation qui a contribué à alimenter les accusations visant le ministère de Pam Bondi, soupçonné de vouloir protéger des personnalités influentes. Cette nouvelle découverte pourrait toutefois marquer un tournant dans l'affaire et conduire à la révélation de nouvelles preuves explosives.

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