«Avocat raté et fini!»
Pressurisée par l'affaire Epstein, Pam Bondi explose et insulte le Congrès

La procureure générale Pam Bondi a perdu son sang-froid lors d'une audience au Congrès sur l'affaire Epstein. La ministre de la Justice de Donald Trump a insulté plusieurs élus.
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La ministre de la Justice américaine Pam Bondi a témoigné face aux membres du Congrès au sujet de l'affaire Epstein.
Photo: AFP
Léa Perrin - Journaliste Blick
Léa PerrinJournaliste Blick

L'étau se resserre sur Pam Bondi. Acculée par une pluie de critiques déferlant de tous bords concernant la gestion du ministère de la Justice dans l'affaire Epstein, la procureure générale de Donald Trump semble manquer d'échappatoire. Lors d'une audition au Congrès mercredi 11 février, la républicaine a été accusée d'étouffer l'affaire brûlante qui secoue les Etats-Unis, afin d'éviter que des révélations embarrassantes éclaboussent la haute sphère américaine. Véritable bombe à retardements, Pam Bondi a fini par exploser devant un parterre de victimes présumées, allant jusqu'à insulter les membres du Congrès.

La procureure générale tient dans ses mains une affaire qui risque bien de lui éclater au visage. Depuis la publication des dossiers Epstein, le département qu'elle dirige est entaché par les reproches des démocrates au sujet de la gestion de ces documents, et notamment la censure de certains noms ou la divulgation d'informations personnelles sur les victimes. Dans ce contexte tendu, le Congrès a tenu une audience particulièrement intense mercredi. 

«Comme on commande des pizzas»

Assise devant un groupe de victimes présumées du délinquant sexuel Jeffrey Epstein, Pam Bondi a fait face à une salve d'accusations de la part des membres du Congrès. «Trump ordonne des poursuites comme on commande des pizzas, et vous les exécutez immédiatement», a déclaré Jamie Raskin, principal démocrate de la commission, qui a dénoncé au passage la réponse du département aux fusillades meurtrières perpétrées par la police de l'immigration à Minneapolis.

«Vous remplacez les vrais procureurs par des imposteurs. Jamais dans l'histoire américaine on n'a connu une corruption aussi profonde du système judiciaire et une telle contamination des forces de l'ordre fédérales», a-t-il ajouté. «Vous avez transformé le ministère de la Justice, qui était censé être au service du peuple, en un instrument de vengeance pour Trump.»

Attaques des deux camps

La députée Becca Balint n'a pas manqué de tacler la ministre de Trump à son tour. «Ce n'est pas un jeu, Secrétaire», a-t-elle lancé, déclenchant une rectification immédiate de Pam Bondi: «Je suis procureure générale». Ce à quoi la représentante démocrate a répondu: «Toutes mes excuses, je n'avais pas compris.»

Mais les attaques ne sont pas limitées au camp démocrate. Si la majorité des républicains saluent le travail accompli par Pam Bondi durant sa première année de mandat, ce n'est pas le cas de Thomas Massie, coauteur de la loi de transparence sur l'affaire Epstein. Député républicain et détracteur régulier de Trump, il a confronté la ministre en demandant pourquoi les hommes liés à Epstein ne faisaient pas davantage l'objet d'une enquête. Esquivant la question, Pam Bondi l'a accusé d'être atteint du «syndrome de dérangement anti-Trump».

Une audience brûlante

Face à ce tonnerre d'accusations et aux preuves dégainées par les représentants, Pam Bondi est venue armée d'une stratégie qui a dérangé les membres du Congrès: l'esquive, la digression et l'insulte. La ministre de la Justice a défendu son leadership et son département bec et ongles accusant les démocrates et les détracteurs de Trump de diffamation. «Je ne vais pas me rabaisser à leur niveau», a-t-elle lancé.

La procureure générale a tenté a de multiples reprises de détourner l'attention vers ses efforts pour réduire la criminalité violente, un sujet qui lui a valu les éloges des républicains. Puis, en pleine audience concernant le trafic sexuel perpétré par le milliardaire déchu Jeffrey Epstein, Pam Bondi, tournant le dos aux victimes présumées présentes, s'est laissée aller à un discours sur l'état actuel de la Bourse. 

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La tension est rapidement montée d'un cran au fil des questions posées par le Congrès restées sans réponses. Alors que Jamie Raskin a sommé la ministre de ne pas proférer d'attaques personnelles «comme au Sénat» et de répondre aux questions, Pam Bondi a rapidement perdu son sang froid, lançant des attaques incisives au milieu d'une audience devenue chaotique. «Tu ne me dis rien, espèce d'avocat raté et fini!», a-t-elle lancé sous les regards éberlués des élus. «Tu n'es même pas avocat.»

Insultes et évitement

Dans une tentative de recentrer le débat, la députée Pramila Jayapal a demandé à Pam Bondi de présenter ses excuses aux «victimes présentes dans le public» pour sa gestion de l'enquête. La procureure générale a, une nouvelle fois, esquivé la question en s'insurgeant: «Je ne vais pas me laisser entraîner dans ces manœuvres théâtrales» avant de défendre sa carrière de procureure, marquée selon elle par un engagement constant auprès des victimes. 

Elle a néanmoins fini par déclarer: «Je suis profondément désolée pour ce que chaque victime a enduré, en particulier à cause de ce monstre», avant de louer Donald Trump et son administration. «L'autre camp est là, ils crient, ils me coupent la parole. Ils veulent poser des questions et ne veulent pas de réponses, car ils veulent détourner l’attention de toutes les belles choses que ce président et cette administration accomplissent.»

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