C'était une audition très attendue. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a été entendu ce mercredi par la Chambre des représentants des Etats-Unis au sujet de la guerre au Moyen-Orient. Comme le rapporte le «Washington Post», l'atmosphère était des plus électriques. Initialement prévue pour défendre le budget record de la défense de 1500 milliards de dollars réclamé par l'administration Trump, la séance a rapidement tourné à la joute verbale.
Sans surprise, c'est Pete Hegseth qui a lancé les hostilités. «Les plus grands adversaires auxquels nous faisons face aujourd'hui, ce sont les propos irresponsables et défaitistes de certains membres du Congrès», visant insidieusement les élus démocrates ainsi que certains républicains réfractaires à sa vision va-t-en-guerre.
«Un succès militaire retentissant»
Pourquoi une telle attaque d'entrée de jeu? Depuis les débuts de la guerre au Moyen-Orient, le camp démocrate reproche au secrétaire américain à la Défense de livrer une version trompeuse et volontairement trouble de la gestion du conflit.
A propos des 1500 milliards de dollars que l'administration Trump souhaite investir dans la guerre en Iran, les démocrates alertent sur l'impact déjà perceptible sur les finances publiques américaines. Ils ont donc rappelé à Pete Hegseth que ce conflit a déjà coûté environ 25 milliards de dollars, selon le contrôleur intérimaire du Pentagone.
Ils ont souligné également les conséquences directes pour les citoyens américains, notamment la hausse du prix de l'essence et de plusieurs produits alimentaires. Une situation qui s'inscrit dans un contexte particulier, car la dette américaine avoisine déjà les 40'000 milliards de dollars. «Où cela nous mène-t-il? Quel est le plan pour atteindre nos objectifs?», a demandé le représentant Adam Smith, principal démocrate de la commission.
Des contestations rejetées en bloc par Pete Hegseth, qui n'a alors pas hésité à hausser la voix et à couper la parole de ses interlocuteurs. Selon lui, la guerre en Iran est «un succès militaire retentissant» et tous les coups sont permis si cela permet d'empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire – la rhétorique fétiche de Donald Trump depuis le début du conflit.
Ecarter les généraux
Autre sujet sensible: les changements opérés à la truelle au sein de la hiérarchie militaire. Depuis son arrivée au Pentagone, Pete Hegseth a écarté plusieurs généraux, parfois sans la moindre explication publique. Le départ récent du chef d'état-major de l'armée de terre américaine, Randy George, a suscité des critiques jusque dans le camp républicain.
Interrogé à ce sujet, le secrétaire américain à la Défense a simplement défendu sa volonté de renouveler l'armée. «Il est difficile de changer la culture d'un service avec les mêmes responsables. Il était temps d'instaurer un nouveau leadership et une nouvelle orientation pour atteindre rapidement nos objectifs», a-t-il déclaré, laissant entendre que d'autres départs pourraient suivre.
Un détroit d'Ormuz verrouillé
Pour ce qui est du budget, rien n'est joué. Pete Hegseth devra à nouveau s'expliquer ce jeudi devant le Sénat américain, où il sera encore interrogé sur la guerre au Moyen-Orient et sa gestion du Pentagone.
Sur le terrain, la situation reste verrouillée entre les Etats-Unis et l'Iran. Même si le cessez-le-feu tient globalement, les discussions piétinent. Washington exige notamment des concessions sur le nucléaire et la navigation dans le détroit d'Ormuz, tandis que Téhéran réclame la levée de toutes les sanctions maritimes.