«Nous sommes humains et Américains»
Bad Bunny remporte le Grammy Award de l'album de l'année et appelle à «mettre dehors» l'ICE

Historique: Bad Bunny a remporté le Grammy de l’album de l’année pour un disque en espagnol. Cette victoire est non seulement musicale, mais aussi politique.
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Bad Bunny est devenu le premier chanteur récompensé par le Grammy Award de l'album de l'année pour un disque en espagnol.
Photo: Chris Pizzello
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AFP Agence France-Presse

Bad Bunny, figure de proue du reggaeton et de la trap latine, est devenu dimanche à Los Angeles le premier chanteur récompensé par le Grammy Award de l'album de l'année pour un disque en espagnol. «Debi Tirar Mas Fotos» fait une grande place aux rythmes traditionnels de Porto Rico, d'où est originaire l'artiste, et évoque la colonisation de l'île des Caraïbes, sous juridiction américaine depuis 1898. 

Le chanteur de 31 ans a battu plusieurs poids lourds de l'industrie musicale américaine, à commencer par le rappeur Kendrick Lamar et la popstar Lady Gaga. Cette catégorie était très attendue aux Grammy Awards.

«Mettre l'ICE dehors»

Peu avant ce prix, le Portoricain Bad Bunny a appelé à «mettre dehors» la police américaine de l'immigration (ICE) en recevant le prix de la meilleure musique latine urbaine sur la scène des Grammy Awards à Los Angeles dimanche. «Nous ne sommes pas des sauvages. Nous ne sommes pas des animaux. Nous ne sommes pas des étrangers. Nous sommes humains et nous sommes américains», a-t-il lancé, exhortant à ne pas se laisser «contaminer» par la «haine».

L'artiste de 31 ans doit se produire à la mi-temps du Super Bowl (la très suivie finale du championnat de football américain) dimanche prochain. Un choix critiqué par la sphère MAGA qui lui reproche de chanter en espagnol et ses prises de position qu'elle qualifie de «woke».

Trump en colère

Sans faire directement allusion à Bad Bunny, le président américain a vertement critiqué la cérémonie sur son réseau Truth Social et menacé de poursuites judiciaires l'animateur de la soirée, l'humoriste Trevor Noah. «Les Grammy Awards sont les PIRES, pratiquement impossibles à regarder», a-t-il écrit qualifiant le programme de «daube». Il a traité l'humoriste qui animait la soirée de «parfait raté» et l'a menacé de poursuites pour avoir fait allusion à l'affaire Epstein.

«Il semble que je vais envoyer mes avocats poursuivre ce pauvre maître de cérémonie pathétique, sans talent et complètement idiot, et le poursuivre pour beaucoup d'argent», a dit Donald Trump.

Tournée politique

Alors que le président américain Donald Trump a fait des expulsions de migrants un axe central de sa politique, Bad Bunny a décidé que la tournée mondiale qu'il effectue depuis novembre ne passerait pas par les Etats-Unis pour protéger ses spectateurs de potentiels raids d'ICE. Porto Rico étant sous juridiction américaine depuis 1898, lui-même est citoyen américain.

Parmi les trumpistes, certains s'indignent aussi de voir le chanteur brouiller les frontières entre les genres à travers ses vêtements ou son maquillage. «La NFL (la ligne de football américain qui organise le Super Bowl, ndlr) ne comprend donc rien à rien?», s'est ainsi interrogé sur X un conseiller du président américain, Sebastian Gorka, quand celle-ci a annoncé avoir choisi l'artiste.

Son sixième opus, «Debi Tirar Mas Fotos», lui a valu six nominations aux Grammys, dont la plus prestigieuse: l'album de l'année, qu'il pourrait être le premier artiste chantant en espagnol à obtenir.

Billie Eilish appelle à «se battre», les immigrés à l'honneur

Décorée du prix de la chanson de l'année, qui récompense les auteurs-compositeurs, pour son titre «Wildflower», la chanteuse américaine Billie Eilish a elle appelé à «continuer à nous battre, à prendre la parole et à manifester». 

D'autres artistes ont rendu hommage aux immigrés. Ils ont «construit ce pays», a scandé Shaboozey, dont les parents sont originaires du Nigeria et dont la musique mêle hip-hop et country. Née d'un père anglais et d'une mère jamaïcaine et guyanienne, la Britannique Olivia Dean, révélation de l'année à 26 ans, a elle loué leur «courage». 

«Paysage musical diversifié»

Auréolé du Grammy de la meilleure musique de film pour le documentaire «Music by John Williams», le réalisateur américain Steven Spielberg est entré dimanche dans le club très fermé des «EGOT», les artistes ayant remporté les quatre grandes récompenses américaines (avec les Oscars pour le cinéma, les Emmys pour la télévision et les Tony Awards pour le théâtre).

La star montante de la pop Sabrina Carpenter est, elle, rentrée bredouille. Le tube K-pop «Golden», sur la bande originale du film d'animation de Netflix «KPop Demon Hunters», a remporté le prix de la meilleure chanson écrite pour un support visuel. La présence du reggaeton, du rap et de la K-pop au palmarès des Grammys reflète leur adaptation au «climat» de l'industrie musicale plutôt que la volonté d'«impulser un changement», selon Lauron Kehrer, musicologue.

La Recording Academy, qui les décerne, a intégré 3800 nouveaux membres, avec l'objectif de «refléter la vitalité du paysage musical diversifié d'aujourd'hui», selon son dirigeant Harvey Mason Jr.

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