Un retour en arrière de 20 ans
Les talibans sont aux portes de la capitale Kaboul

Ce n'est plus qu'une question de temps pour que la capitale Kaboul tombe en mains des talibans. Les ambassades ont été évacuées et les derniers étrangers fuient, y compris les Suisses.
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Les diplomates et les étrangers fuient: la capitale de l'Afghanistan, Kaboul, se prépare à l'invasion des Talibans.
Photo: Keystone
Sven Zaugg, Adrien Schnarrenberger (adaptation)

Combien de jours les dirigeants afghans peuvent-ils tenir? C'est la dernière inconnue qui se dresse sur la route des talibans. Les guerriers saints autoproclamés ont profité du départ des forces étrangères et sont près de reprendre le pouvoir dans tout le pays, vingt ans après avoir été chassés.

Selon la chaîne d'information locale Tolo, les talibans ont déjà avancé dans le district de Char Asiab, à seulement onze kilomètres au sud de la capitale Kaboul. Le dernier bastion des troupes gouvernementales est encerclé.

Dans leur campagne de conquête, les islamistes ont pris le contrôle de plus de la moitié des 34 capitales provinciales. Des dizaines de milliers de personnes fuient les fondamentalistes.

(En rouge: les zones contrôlées par les talibans, en jaune les zones disputées et en gris les dernières zones gouvernementales)

L'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s'est déclarée très préoccupée par l'impact du conflit sur les femmes et les filles: environ 80% des quelque 250'000 Afghans contraints de fuir leur foyer depuis la fin du mois de mai sont des femmes et des enfants.

Entre-temps, le président Ashraf Ghani a annoncé une «remobilisation» des forces armées. Il s'agit d'une «priorité absolue», a-t-il déclaré dans une allocution télévisée samedi. Au vu de l'avancée des talibans, il ne s'agit guère plus que d'un vœu pieux.

La Suisse réagit

L'armée afghane - 300'000 soldats, théoriquement - est dans un état désolant. Dans le nord du pays, des unités entières se sont rendues sans combattre; elles ont même remis des véhicules et des armes aux talibans. Les observateurs et analystes stratégiques ne voient donc que peu de chances d'une contre-offensive.

Alors que la résistance des troupes gouvernementales s'effrite, les pays occidentaux tentent fébrilement de mettre en sécurité leurs compatriotes et le personnel des ambassades locales. Le gouvernement américain avait annoncé qu'il déploierait temporairement quelque 3000 soldats pour gérer la fuite, la Grande-Bretagne environ 600 hommes à Kaboul pour la même raison.

La Suisse a aussi réagi à l'évolution dramatique de la situation et a ordonné l'évacuation de son personnel diplomatique. Six employés de la Direction du développement et de la coopération (DDC) vont être évacués.

Un cauchemar pour la population

Les quelque 40 membres du personnel local de la DDC en Afghanistan et leurs familles proches seront rapatriés en Suisse par avion. Ils recevront des visas humanitaires. Au total, 200 personnes sont susceptibles d'être concernées, avait déclaré vendredi aux médias à Berne Mario Gattiker, secrétaire d'État au Secrétariat d'État aux migrations.

Pour le peuple afghan, la perspective d'un retour au pouvoir des talibans est un cauchemar. Lorsqu'ils ont gouverné de 1996 à 2001, ils ont introduit une interprétation stricte de la loi islamique, la charia. Les filles étaient exclues de l'éducation, les femmes de la vie professionnelle.

Les infractions étaient punies par la flagellation publique ou l'exécution. Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a évoqué vendredi des informations «effroyables» faisant état de violations des droits de l'homme dans les zones à nouveau contrôlées par les talibans.

Vingt ans d'échec américain

L'appel de l'OTAN, et surtout des États-Unis, pour que les talibans cessent leur progression, retrouvent la raison et cherchent une solution politique semble bien téméraire, voire absurde.

Pour Washington, la mission en Afghanistan résonne comme un échec: 20 ans après le début de l'offensive militaire américaine avec le soutien de la Grande-Bretagne le 7 octobre 2001, le pays est en ruines. Et bientôt, les talibans régneront à nouveau.

Joe Biden promet une «forte réaction militaire»

Le président américain a menacé les talibans islamistes et militants d'une «réponse militaire rapide et forte» s'ils mettent en danger le personnel américain en Afghanistan. Joe Biden l'a déclaré aux représentants des talibans à Doha, au Qatar, selon une déclaration publiée samedi par Washington. Cela s'applique à «toute action des talibans sur le terrain en Afghanistan qui met en danger le personnel ou la mission américaine sur place».

Dans le même temps, le démocrate a demandé aux forces armées et aux services de renseignement de «veiller à maintenir la capacité et la vigilance nécessaires pour contrer les futures menaces terroristes en provenance d'Afghanistan».

Faisant référence à l'évacuation des travailleurs humanitaires afghans qui avaient aidé les troupes américaines pendant le déploiement, Joe Biden a assuré: «Nous travaillons à l'évacuation de milliers de personnes qui ont soutenu notre cause, ainsi que et de leurs familles.»

Le secrétaire d'État Antony Blinken s'est entretenu par téléphone avec le président afghan Ashraf Ghani samedi (heure locale). Ils ont discuté de l'urgence des efforts diplomatiques et politiques en cours pour contenir la violence, a déclaré le département d'État américain.

Le président américain a menacé les talibans islamistes et militants d'une «réponse militaire rapide et forte» s'ils mettent en danger le personnel américain en Afghanistan. Joe Biden l'a déclaré aux représentants des talibans à Doha, au Qatar, selon une déclaration publiée samedi par Washington. Cela s'applique à «toute action des talibans sur le terrain en Afghanistan qui met en danger le personnel ou la mission américaine sur place».

Dans le même temps, le démocrate a demandé aux forces armées et aux services de renseignement de «veiller à maintenir la capacité et la vigilance nécessaires pour contrer les futures menaces terroristes en provenance d'Afghanistan».

Faisant référence à l'évacuation des travailleurs humanitaires afghans qui avaient aidé les troupes américaines pendant le déploiement, Joe Biden a assuré: «Nous travaillons à l'évacuation de milliers de personnes qui ont soutenu notre cause, ainsi que et de leurs familles.»

Le secrétaire d'État Antony Blinken s'est entretenu par téléphone avec le président afghan Ashraf Ghani samedi (heure locale). Ils ont discuté de l'urgence des efforts diplomatiques et politiques en cours pour contenir la violence, a déclaré le département d'État américain.

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