Vladimir Poutine souhaite renforcer durablement les forces armées russes à compter du 1er août avec 25'000 soldats russes supplémentaires. Il est d'ores et déjà difficile de compenser les pertes subies par l'armée actuelle avec un nombre suffisant de volontaires. Selon une étude américaine, celles-ci s’élèvent à environ 1,4 million de soldats russes depuis le début de la guerre. Le nombre de décès parmi les soldats approcherait même les 450'000 unités.
Officiellement, le gouvernement justifie le décret par la mise en place de nouvelles unités militaires, jugées urgentes en raison des attaques de drones ukrainiens. Marcel Berni, expert en stratégie à l’Académie militaire (MILAK) de l’EPFZ, suppose que ces unités sont également destinées à servir de réservoir pour les soldats difficiles à déployer et ceux qui rentrent au pays. L’expert émet toutefois des doutes quant aux objectifs ambitieux de Poutine: «Le nombre réel de recrues devrait être nettement inférieur.»
Nouvelle offensive en vue?
Selon des informations provenant des services secrets ukrainiens, jusqu’à 30'000 soldats nord-coréens devraient également arriver en Russie au cours des prochains mois. Selon Marcel Berni, cela correspond à peu près au nombre de soldats que le Kremlin parvient à convaincre de s’engager chaque mois. Ce nombre serait donc notable, mais pas déterminant.
L’expert en stratégie ne pense pas que ce renforcement cache un projet de nouvelle offensive à l’automne. «Je considère qu’une grande offensive conventionnelle est plutôt improbable», estime-t-il. Pour l’instant, le Kremlin dispose certes des ressources nécessaires pour maintenir une pression militaire soutenue, mais pas pour remporter la guerre. Une poursuite de l’avancée russe, qui s’avère épuisante, dans l’est de l’Ukraine est toutefois très probable.
Après que la mobilisation partielle de 2022 eut déclenché une vague d’exode au sein de la population, qui a gravement affecté l’économie russe, Poutine a renoncé à l’enrôlement forcé de soldats. Selon Marcel Berni, cela ne devrait pas changer dans un avenir proche. «Une mobilisation ouverte toucherait la classe moyenne urbaine, que le Kremlin craint en partie.» Il s’attend plutôt à une intensification du recrutement à l’étranger.
«La population tente d’échapper à la guerre»
Sur le territoire national, les services régionaux de la Défense misent actuellement sur des méthodes de recrutement de plus en plus coûteuses et complexes. Selon Marcel Berni, celles-ci poussent le modèle de recrutement russe à ses limites économiques. La population adopte une attitude majoritairement passive face à la guerre. L'expert précise qu'on ne peut toutefois pas parler d’une lassitude face à la guerre au sens d’une opposition croissante.
C’est notamment dans la région de Penza que l’on constate jusqu’où le gouvernement est prêt à aller pour recruter davantage de soldats. Comme le rapporte «Schweiz Heute», les témoignages faisant état de recrutements clandestins se multiplient. Des hommes seraient arrêtés sous des prétextes tels que des contrôles routiers, puis contraints par des représentants du ministère de la Défense à signer des contrats – parfois même sous la contrainte.