Ils exigent plus de 30'000 francs
Des officiers russes rackettent leurs propres soldats pour leur éviter le front

Des officiers russes exigeraient de fortes sommes pour éloigner certains soldats du front en Ukraine. Selon «The Telegraph», des paiements dépassant 30'000 francs relèveraient d’un système organisé.
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En Ukraine, des officiers russes réclameraient d'importantes sommes pour épargner certains soldats du front.
Photo: Shutterstock
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Dimitri FaravelJournaliste Blick

«Celui qui ne paie pas est immédiatement envoyé au front.» Sur le champ de bataille ukrainien, des officiers russes exigeraient des sommes considérables pour maintenir certains soldats à l'écart des combats. Selon le média britannique «The Telegraph», ces paiements, pouvant atteindre plus de 30'000 francs, ne relèveraient pas d'initiatives isolées mais d'un système bien ancré au sein de certaines unités engagées sur le terrain.

Dans une vidéo-témoignage que le journal anglais a pu se procurer, un soldat russe ayant déserté son régiment décrit les méthodes de ses supérieurs. Selon lui, aucun soldat n'est épargné et ceux qui refusent de payer seraient envoyés manu militari en première ligne, parfois dans des missions particulièrement risquées.

D'autres comptes rendus de ce genre ont été examinées par le Centre ukrainien pour la sécurité et la coopération. D'après celui-ci, le fait que certains militaires acceptent de verser cet argent pour éviter le front traduirait un malaise profond au sein de l'armée, un climat de crainte vis-à-vis de la hiérarchie, ainsi qu'une désillusion totale quant au conflit.

Car payer une telle somme n'a rien d'anodin: les soldats russes déployés en Ukraine perçoivent environ 200'000 roubles par mois, soit un peu plus de 2000 francs suisses. Les montants exigés par les officiers représentent donc parfois l'intégralité de leurs économies.

Des abus de pouvoir en rafale

Les pratiques dénoncées ici ne se limiteraient pas aux affectations sur le terrain. Plusieurs soldats affirment devoir céder une partie de leur solde au nom du «soutien à l'unité», des sommes dont l'usage exact demeurerait très flou. Du matériel — drones, appareils électroniques, équipements spécialisés — disparaîtrait également, obligeant parfois les soldats à financer eux-mêmes leur propre attirail.

D'autres témoignages évoquent des irrégularités administratives: des décès ou disparitions ne seraient pas signalés à l'état-major afin de maintenir artificiellement les effectifs sur le papier. Selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), certains commandants auraient même retardé l'évacuation de blessés.

Au final, la persistance de telles pratiques au sein de l'armée russe pourrait fragiliser davantage la cohésion interne ainsi que l'efficacité opérationnelle des unités sur le champ de bataille. Une brèche dans laquelle les soldats ukrainiens n'auraient plus qu'à s'engouffrer. 

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