«Des menaces inacceptables!»
Pris de court face à Trump, les Européens s'offusquent et s'organisent

Donald Trump menace d'imposer de nouveaux droits de douane à huit pays européens si le Groenland n'est pas vendu aux Etats-Unis. L'UE dénonce un risque de «spirale dangereuse» et appelle au dialogue pour éviter une crise.
«Ces menaces tarifaires sont inacceptables», a réagi Emmanuel Macron.
Photo: KEYSTONE
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AFP Agence France-Presse

Les menaces de Donald Trump d'imposer de nouveaux droits de douane aux pays s'opposant à une annexion du Groenland par les Etats-Unis sont «inacceptables», a déclaré samedi Emmanuel Macron qui promet une réponse «unie» des Européens.

«Les menaces tarifaires sont inacceptables et n'ont pas leur place dans ce contexte. Les Européens y répondront de façon unie et coordonnée si elles étaient confirmées. Nous saurons faire respecter la souveraineté européenne», écrit le président français sur X. Samedi, le président américain a menacé plusieurs pays européens ayant pris part à une mission au Groenland de nouveaux droits de douane si le territoire n'est pas «intégralement vendu» aux Etats-Unis. La France, la Suède, l'Allemagne et la Norvège, rejoints par les Pays-Bas, la Finlande, la Slovénie et le Royaume-Uni, ont envoyé au Groenland du personnel militaire pour une mission de reconnaissance qui s'inscrit dans le cadre de l'exercice danois «Arctic Endurance» organisé avec des alliés de l'Otan.

«Aucune intimidation ni menace ne saurait nous influencer, ni en Ukraine, ni au Groenland, ni ailleurs dans le monde», assure Emmanuel Macron. La France «est attachée à la souveraineté et à l'indépendance des Nations, en Europe comme ailleurs. Cela préside à nos choix. Cela fonde notre attachement aux Nations unies et à notre Charte», rappelle-t-il.

«C'est à ce titre que nous soutenons l'Ukraine, et que nous avons bâti une coalition des volontaires pour une paix robuste et durable, pour défendre ces principes et notre sécurité. C'est à ce titre aussi que nous avons décidé de nous joindre à l'exercice décidé par le Danemark au Groenland. Nous l'assumons. Aussi car il en va de la sécurité en Arctique et aux confins de notre Europe», ajoute-t-il.

Surprise totale

De son côté, le Premier ministre britannique Keir Starmer a jugé samedi «totalement erronées» les menaces du président américain Donald Trump d'imposer de nouveaux droits de douane à ses alliés européens s'opposant à sa volonté d'acquérir le Groenland. «Appliquer des droits de douane à des alliés au nom de la sécurité collective des alliés au sein de l'Otan est totalement erroné. Nous allons bien sûr aborder ce sujet directement avec l'administration américaine», a déclaré Keir Starmer dans un communiqué.

«Nous avons aussi clairement indiqué que la sécurité de l'Arctique compte pour l'ensemble de l'Otan, et les alliés doivent tous ensemble faire davantage pour répondre à la menace de la Russie dans différentes parties de l'Arctique», a-t-il poursuivi.

En parallèle, le ministre danois des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen s'est dit samedi «surpris» de la menace brandie par le président américain Donald Trump. «L'objectif du renforcement de la présence militaire au Groenland, auquel le président fait référence, est précisément d'accroître la sécurité dans l'Arctique», a répliqué dans un message à l'AFP Løkke Rasmussen, qui a rencontré mercredi, avec la cheffe de la diplomatie groenlandaise, le vice-président américain JD Vance et le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson a assuré samedi que son pays «ne se laissera pas intimider. Seuls le Danemark et le Groenland décident des questions qui les concernent. Je défendrai toujours mon pays et nos voisins alliés», a déclaré Ulf Kristersson dans un message transmis à l'AFP, soulignant qu'il s'agissait «d'une question européenne». «La Suède mène actuellement des discussions intensives avec d'autres pays de l'UE, la Norvège et le Royaume-Uni, afin de trouver une réponse commune», a-t-il ajouté.

«L'Europe restera unie»

Enfin, l'Union européenne a mis en garde samedi contre «une spirale dangereuse». «Des droits de douane affaibliraient les relations transatlantiques et représenteraient un risque de spirale dangereuse vers le bas», ont écrit, dans un communiqué commun, le président du Conseil européen Antonio Costa et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

«L'Europe restera unie, coordonnée et déterminée à défendre sa souveraineté», ont-ils ajouté. Une réunion extraordinaire des ambassadeurs des 27 pays de l'UE à Bruxelles aura lieu dimanche après-midi. «L'exercice danois conduit avec les Alliés répond au besoin de renforcer la sécurité en Arctique et ne représente une menace pour personne», ont répondu les Européens. Réaffirmant que l'UE restait «pleinement solidaire» du Danemark et des habitants du Groenland, les deux dirigeants européens ont par ailleurs souligné à l'adresse du locataire de la Maison Blanche que le dialogue restait «essentiel».

De son côté l'Allemand Manfred Weber, chef de la droite au Parlement européen, a estimé que l'accord commercial conclu à l'été 2025 entre Washington et Bruxelles, qui doit prochainement être examiné par les eurodéputés, ne pouvait être validé dans le contexte actuel. «Le PPE (droite) est favorable à l'accord commercial UE-USA mais, étant données les menaces de Donald Trump concernant le Groenland, une approbation n'est pas possible à ce stade», a-t-il écrit sur X.


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