Donald Trump et Volodymyr Zelensky se sont retrouvés dimanche à Mar-a-Lago, avec Vladimir Poutine et plusieurs dirigeants européens joints par téléphone. La rencontre entre les présidents américain et ukrainien, organisée au complexe de golf de Trump en Floride, a permis quelques avancées, sans pour autant rapprocher d’une paix durable.
Trump a toutefois envoyé plusieurs signaux forts, importants non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour l’Europe. Jamais une entrevue entre Trump et Zelensky n’avait été aussi longue. Les deux hommes et leurs délégations ont échangé durant près de deux heures et demie autour d’un déjeuner de travail à huis clos. Ils ont, entre autres, appelé le Kremlin et plusieurs capitales européennes. Pourtant, lors de la conférence de presse très attendue qui a suivi, la déception a dominé.
Les deux dirigeants ont affirmé que des progrès avaient été réalisés et que près de 95% des vingt points de leur plan de paix étaient désormais réglés. Mais les obstacles majeurs restent entiers:
Aucune trace de cessez-le-feu.
Le Kremlin campe sur ses positions quant au Donbass.
Même si Trump a parlé d'une solution commune, aucun accord ne semble avoir été trouvé sur l'exploitation de la plus grande centrale nucléaire du monde, celle de Zaporijjia.
Un ciel de bombes au-dessus de l'Ukraine
Trump et Zelensky ont annoncé la création de groupes de travail chargés d’examiner les points encore en suspens. Plusieurs semaines seront probablement nécessaires pour parvenir à une solution. Moscou a d’ailleurs indiqué vouloir poursuivre les discussions via ces groupes spécialisés. Jusqu’ici, les promesses du Kremlin n’ont pourtant servi qu’à gagner du temps et apaiser Trump, sans concessions notables en vue d’un accord de paix.
Au contraire, les bombardements russes se poursuivent, notamment dans les airs où l’intensité des attaques est inédite. «Cette semaine, les Russes ont tiré plus de 2100 drones d’attaque, environ 800 bombes planantes et 94 missiles de différents types», a déclaré Zelensky avant la rencontre.
Dans la nuit de vendredi à samedi, plus de 500 missiles et drones russes se sont abattus sur l’Ukraine. La région de Kiev a été la plus touchée, avec de nouvelles coupures d’électricité et de chauffage, alors que l'hiver bat son plein. Actuellement, la température dans la capitale ukrainienne avoisine 0 degré, et au cours de la semaine, elle devrait descendre jusqu'à moins 10 degrés pendant la nuit.
En riposte, l’Ukraine a mené une vaste offensive de drones sur Moscou, paralysant le trafic aérien russe. Plus de 300 vols ont été annulés ou retardés durant le week-end, en pleine période de forte affluence. Le ministère russe de la Défense affirme que 273 drones ukrainiens ont été interceptés.
Les gestes de Trump vers l'Europe
Malgré l’absence de percée majeure à Mar-a-Lago, Trump a adopté un ton inattendu, voire conciliant. Le président américain a notamment envoyé quelques signaux positifs:
Un geste envers Zelensky: Trump a non seulement qualifié Zelensky d'«homme courageux», mais il a également déploré les nombreux morts causés par la «guerre la plus compliquée» du moment. Il est même revenu sur les pressions exercées auparavant sur l'Ukraine pour forcer une paix rapide, assurant qu’il ne souhaitait plus parler de délais.
Changement de ton pour l'Europe: Après des semaines de critiques, Trump a soudain vanté des pays européens qu’il a qualifiés de «really great» et leurs dirigeants de «great leaders». Onze chefs d’Etat et de gouvernement d’Europe et du Canada, ainsi que les responsables de l’OTAN et de l’UE, ont assuré Zelensky de leur «soutien total».
Les médias évincés: Contrairement à l’épisode de février, lorsque Trump avait humilié Zelensky devant les caméras, il a cette fois écarté les médias au bout d’une minute, en lançant un «Allez manger quelque chose», afin de poursuivre les discussions en privé.
L'absence de Vance: Le vice-président, connu pour ses attaques virulentes contre Zelensky, n’a pas pris part aux échanges et n’a pas été aperçu. Reste la question de savoir si Trump l’a volontairement tenu à l’écart.
Rééquilibrage
A l’issue de la rencontre, ce n’est pas une percée diplomatique qui s’impose, mais un rééquilibrage. Trump semble avoir compris qu’il ne pourra pas mettre fin à la guerre par une simple décision politique. En mettant en avant Zelensky et en revalorisant l’Europe, il s’éloigne de l'illusion d’un accord express.
Pour l’Ukraine, la paix reste hors de portée pour l'instant. Pour l’Europe, c’est toutefois un signal important: les Etats-Unis semblent à nouveau prêts à considérer ce conflit comme une responsabilité commune.