Empêcher les jeunes, les femmes et les Noirs de voter
Trump espère gagner les élections de mi-mandat grâce à une ruse perverse

Cette semaine, la Chambre américaine votera une loi qui pourrait changer drastiquement le vote électoral. Le grand gagnant serait Trump, qui semble avoir une peur bleue des élections de mi-mandat.
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Selon un sondage récent, 58% des Américains jugent que Donald Trump a échoué dans sa politique.
Photo: Getty Images
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Samuel Schumacher

Ce chiffre a de quoi faire faire peur à Donald Trump. Selon un récent sondage, 58% des Américains estiment que le 47e président des Etats-Unis a échoué dans sa politique.

Les élections de mi-mandat du 3 novembre pourraient donc bien se transformer en campagne de revanche pour les électeurs désabusés. Si les républicains perdent leur majorité à la Chambre des représentants, Trump s'expose à une nouvelle procédure de destitution. Ainsi, l'éventualité qu'il devienne le premier président américain de l'histoire à être démis de ses fonctions ne peut pas être totalement écartée.

Rien d'étonnant donc à ce que Trump préfère annuler purement et simplement ces élections. Il l'a déclaré publiquement à deux reprises. Son parti va plus loin en préparant une proposition à Washington qui, selon ses opposants, rendrait impossibles des élections équitables en novembre. Une offensive sans précédent dans l'histoire des Etats-Unis.

Ira-t-il jusqu'à déployer l'armée?

Précisons d’emblée que les élections de mi-mandat auront bien lieu début novembre, malgré les déclarations et spéculations autour de Donald Trump. Mais pour gâcher la fête, il pourrait par exemple activer la controversée Insurrection Act de 1792 et déployer l’armée dans des Etats politiquement sensibles. Il pourrait également déclarer l’état d'urgence national ou multiplier les sorties sur les réseaux sociaux.

Mais les dates des scrutins fédéraux sont clairement fixées dans la Constitution et Trump ne dispose pas de la majorité requise pour la modifier. Même la guerre civile n’a pas empêché la tenue d’une élection présidentielle en 1864.

Une idée des plus sournoises

Empêcher massivement des citoyens de voter, en revanche, serait envisageable. Selon l'institut de droit et de politique publique américain Brennan Center for Justice, Donald Trump chercherait à priver jusqu’à 21 millions d’électeurs – principalement des femmes, des jeunes et des Afro-Américains – de leur droit de vote, en procédant de la manière suivante:

Cette semaine, la Chambre des représentants américaine votera sur le «Save America Act». Ce projet prévoit trois modifications essentielles du droit de vote:

  • Dans tous les Etats américains (à l’exception du Dakota du Nord), les personnes souhaitant voter doivent s'inscrire au préalable. Actuellement, l’Etat doit vérifier que seuls les citoyens américains peuvent s'inscrire. A l’avenir, l'inscription sera réservée aux personnes pouvant présenter un acte de naissance, un passeport, ou les deux. Problème: on estime à 21 millions le nombre de citoyens américains qui ne possèdent pas ces documents, et environ la moitié d'entre eux n'ont pas de passeport valide.
  • Toute personne souhaitant voter devra présenter une pièce d'identité valide. Problème: de nombreuses pièces d'identité (comme les cartes d'identité des résidents des réserves amérindiennes aux Etats-Unis) n'ont pas de date d'expiration et ne seront donc plus acceptées.
  • Les personnes souhaitant voter par correspondance ne pourront plus le faire qu'après une demande spéciale dûment justifiée (maladie, handicap, service militaire).

Trois mesures, trois méthodes pour rendre le vote en Amérique infiniment plus compliqué. Les femmes seraient plus touchées que la moyenne (après un mariage par exemple avec changement de nom, elles devraient se réinscrire), de même que les jeunes et les Afro-Américains, qui souvent n'ont ni passeport ni acte de naissance. Autant de groupes de population qui ont traditionnellement tendance à voter démocrate.

Peines de prison pour les agents électoraux

Qui plus est, les agents électoraux bénévoles — déjà peu nombreux — risqueraient des poursuites s'ils inscrivaient un électeur sans avoir vérifié tous les documents requis. En cas d'erreur, ils pourraient encourir jusqu'à cinq ans de prison en vertu de la nouvelle loi.

Le projet de loi devrait être adopté par la Chambre des représentants. Ensuite, le Sénat, chambre réduite, devra également se prononcer. «Si nous ne faisons pas cela, il n'y aura plus de pays!», s'est emporté Trump à ce sujet. «Si nous faisons cela, notre pays reproduira exactement ce que les Etats du Sud ont fait pendant des décennies pour empêcher les Noirs de voter», a rétorqué Charles Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat.

Dans les prochains jours, nous saurons si de nombreux Américains perdront leur droit de vote. Une chose est déjà certaine: les élections qui se tiendront peu après le 250ᵉ anniversaire des Etats-Unis ne seront pas une célébration paisible et joyeuse de la liberté d'expression.

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