Forcés de fuir en 2019
Le retour des déplacés kurdes syriens suspendu après des attaques

Le retour tant attendu des Kurdes syriens à Ras al-Aïn, après des années d'exil, a été brutalement interrompu lundi. Une attaque armée a blessé plusieurs déplacés, entraînant une vague de protestations.
Le retour des Kurdes de Syrie a été brutalement interrompu lundi par une série d'attaques.
Photo: AFP

Plusieurs centaines de Kurdes de Syrie, déplacés pendant des années, ont commencé lundi à rentrer chez eux dans la région de Ras al-Aïn dans le nord-est du pays. Mais la suite prévue de ces retours a été suspendue après des attaques de groupes armés, a indiqué un responsable local.

Un accord signé en janvier entre les Kurdes syriens et le pouvoir central pour l'intégration dans l'Etat des institutions de l'administration autonome, prévoit le retour des Kurdes déplacés pendant la guerre civile en Syrie (2011-2024).

Selon Jawan Isso, membre d'un comité représentant les déplacés de Ras al-Aïn, un premier groupe de 2500 déplacés avait pris la route pour rentrer, mais a subi une attaque «délibérée et préméditée» de «groupes armés», qui a fait plusieurs blessés.

Offensive turque en 2019

Plusieurs des auteurs présumés de ces attaques ont été arrêtés, mais les retours «ont été temporairement suspendus par mesure de précaution afin de garantir la sécurité des habitants», a ensuite annoncé Mahmoud Khalil Ali, adjoint au chef des forces de sécurité dans la province de Hassaké, dont fait partie Ras al-Aïn.

«Ces trajets reprendront dès que la situation se sera stabilisée et une protection complète assurée pour les personnes de retour», a-t-il ajouté. Selon Javan Isso, un deuxième groupe de déplacés devait suivre «dans les tout prochains jours», alors que quelque 100'000 personnes au total veulent rentrer.

Des dizaines de milliers de Kurdes ont été forcés de fuir la région, située dans le nord-est syrien, en 2019, face à une offensive des forces turques et leurs supplétifs syriens, qui ont alors pris le contrôle d'une bande territoriale de 120 km, le long de la frontière avec la Turquie.

Protestations après les attaques

L'attaque a déclenché une protestation à Qashmili, ville voisine à majorité kurde, où des manifestants en colère ont tenté de pénétrer dans les locaux des forces de sécurité, avant d'être repoussés par des officiers syriens, a rapporté un journaliste de l'AFP.

A Kobané, une ville du nord à majorité kurde, la télévision d'Etat syrienne a rapporté que des habitants avaient pris pour cible des bâtiments officiels et décroché le drapeau syrien devant le quartier général des forces de sécurité locales.

«Nous condamnons l'agression dont ont été victimes les familles kurdes pendant leur retour», a écrit sur X Mazloum Abdi, le commandant des Forces démocratiques syriennes, organisation kurde signataire de l'accord de janvier. Il a appelé le peuple kurde «à faire preuve de retenue, à ne pas se laisser entraîner dans des actes irresponsables», assurant être en lien avec les autorités pour «garantir la protection des civils déplacés rentrant chez eux».

«Comme un rêve»

Plus tôt dans la journée, un journaliste de l'AFP a vu des dizaines de camions aux abords de la ville de Hassaké, chargés de meubles et d'affaires, et des familles prêtes à prendre la route. «J'attendais ce moment. (...) C'est comme un rêve, de retourner chez soi. Je suis heureuse que cette souffrance prenne fin», a confié à l'AFP Noura Khoder, 37 ans, depuis cette ville où elle a trouvé refuge ces dernières années.

Selon des témoignages de résidents et d'organisations de défense des droits humains, des maisons et biens ont été pillés, volés et endommagés à Ras al-Aïn. Après l'offensive de 2019, certains combattants s'étaient installés dans la zone, autrefois multiethnique, et certains y habitent encore.

Raouda Mohammed, 39 ans, a appris que sa maison était «complètement détruite». Mais «nous n'allons pas nous laisser gagner par le pessimisme, car nous sommes heureux de revenir, (...) nous verrons ce que nous pouvons faire», dit cette femme de 39 ans. Au total, quelque 5 millions et demi de personnes restent déplacées en Syrie, selon les Nations unies.

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