Star de «Sinners»
Michael B Jordan remporte l'Oscar du meilleur acteur

Michael B. Jordan a décroché l'Oscar du meilleur acteur. A 39 ans, l’Américain est récompensé pour son double rôle de jumeaux mafieux dans Sinners, face à une concurrence prestigieuse.
Michael B Jordan a remporté l'Oscar du meilleur acteur pour sa prestation dans «Sinners».
Photo: keystone-sda.ch
Post carré.png
AFP Agence France-Presse

Michael B. Jordan a remporté dimanche l'Oscar du meilleur acteur pour sa double incarnation de jumeaux mafieux dans «Sinners», deux combattants tourmentés typiques des rôles que son réalisateur fétiche, Ryan Coogler, aime lui confier. Le comédien devance ainsi Timothée Chalamet («Marty Supreme»), qui a longtemps semblé favori avant de s'effondrer dans la dernière ligne de droite de la saison.

A 39 ans, il entre dans le cercle très fermé des acteurs noirs à avoir remporté le prix ultime, après Sidney Poitier, Denzel Washington, Forest Whitaker et Will Smith. «Merci d'avoir misé sur moi, de continuer à croire en moi. Je vais continuer à me dépasser et à donner le meilleur de moi-même», a déclaré Michael B. Jordan sur scène en recevant sa statuette dorée et remerciant les personnes qui sont allées voir le film «une, deux, ou même trois fois».

Enorme succès pour «Sinners»

La réussite de «Sinners», film d'époque sur l'Amérique ségrégationniste, doit beaucoup à sa prestation. Il y incarne Smoke et Stack, deux malfrats idéalistes qui ouvrent un bar clandestin, en pleine prohibition au début des années 1930. Par appât du gain mais aussi pour permettre à leurs congénères de noyer dans l'alcool et le blues les blessures causées par le racisme de leur Mississippi natal.

C'est l'ambivalence de ces deux jumeaux qui accroche le spectateur et lui permet d'accepter le tournant surnaturel du film, lorsque leur projet est contrarié par des vampires assoiffés de musique. Ce double rôle est en droite ligne avec ceux que Michael B. Jordan a déjà interprété sous la houlette de Ryan Coogler.

«Charisme»

Que ce soit sous les traits de Killmonger, le guerrier ennemi de «Black Panther», traumatisé par son enfance orpheline dans une société raciste, du boxeur «Creed», tourmenté par son héritage paternel, ou ceux d'Oscar Grant, le jeune afro-américain de «Fruitvale Station» bataillant contre le déterminisme social avant d'être tué par un policier, le comédien excelle dans des rôles d'hommes complexes et imparfaits.

Ryan Coogler, qui l'a sollicité sur tous ses longs-métrages, voit dans cette capacité à incarner des héros fragiles ou des méchants sensibles une «preuve de son charisme». «Dès qu'on braque une caméra sur lui, on s'intéresse spontanément à ce mec», confiait le cinéaste l'an dernier au «New York Times».

En une décennie, le réalisateur a fait de Michael B. Jordan une véritable star de cinéma, même lorsque le principal intéressé doutait de réussir dans un Hollywood semé d'embûches pour les acteurs noirs. Le cinéaste «m'a donné l'assurance et la confiance dont j'avais besoin», a reconnu le comédien auprès du quotidien new-yorkais. «Ça m'a poussé à redoubler d'efforts et ça a alimenté ce feu en moi».

Né en Californie, Michael B. Jordan a grandi à l'autre bout des Etats-Unis, à Newark dans le New Jersey. C'est sa mère enseignante qui le pousse dès l'âge de 11 ans vers le mannequinat. Après quelques spots publicitaires pour une enseigne de supermarché et une autre de jouets, il obtient des petits rôles au tournant des années 2000 dans les séries «The Sopranos» et «Cosby», le revival du fameux «Cosby Show».

«Accro au travail»

Cela le mène dès ses 15 ans à apparaître dans «The Wire», en petit délinquant liquidé par son propre gang. Il transitionne vers le cinéma, avec des seconds rôles dans des films comme «Red Tails», récit sur le premier escadron aérien noir de l'armée américaine produit par George Lucas. Puis incarne la Torche humaine dans une version ennuyeuse des «4 fantastiques» de Marvel en 2015.

Sa rencontre avec Ryan Coogler pour «Fruitvale Station» (2013) sert de révélation. Deux ans plus tard, le réalisateur le rappelle pour «Creed», où il dépoussière le mythe «Rocky» et le transforme en star, sous l'œil bienveillant de Sylvester Stallone. Depuis, Michael B. Jordan contrôle son image. Transparent sur sa thérapie après son rôle sombre dans Black Panther, il est moins disert sur sa vie amoureuse et se décrit comme un «accro au travail», dont la plus longue relation a duré un an.

Ces dernières années, il a coproduit les films où il apparaissait, «La Voie de la justice» et «Sans aucun remords», et a même réalisé le troisième opus de «Creed». Il vient également de réaliser «L'Affaire Thomas Crown», attendu en salles en 2027, où il reprendra le rôle de voleur gentleman popularisé par Steve McQueen et Pierce Brosnan.

Après quasiment 30 ans sous les projecteurs, il songe à tourner des films dans lesquels il ne joue pas. «Le jeu d'acteur, c'est quelque chose que je fais depuis tellement longtemps, sans interruption», racontait-il à Vanity Fair en février. «J'ai un nouveau défi, j'ai un nouveau muscle que je veux affiner.»

Articles les plus lus