C'est à la lueur des bougies, emmitouflés dans de lourds vêtements que se déroulent les longues soirées d’hiver dans la capitale ukrainienne. Entre le vacarme constant des alertes de la défense antiaérienne et les températures qui avoisinent les –15 degrés, le quotidien des habitants de Kiev n'est pas de tout repos, comme le rapporte «Le Monde», dimanche 18 janvier.
A l’automne 2025, les frappes russes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes se sont intensifiées et ont entraîné des coupures d’électricité quasi quotidiennes. Certaines zones de la capitale subissent des pannes pouvant durer de 16 à 20 heures par jour.
La guerre par le froid
Depuis son échec à prendre Kiev en 2022, Moscou a opté pour un nouveau plan de bataille: une stratégie axée sur la peur, multipliant les tirs de missiles balistiques et les attaques de drones contre les villes. Selon l'ONU, 2025 a été l'année la plus meurtrière depuis le début de l’invasion, avec plus de 2500 civils ukrainiens tués.
En parallèle de ces attaques, Moscou s'en prend aussi, durant l’hiver, aux infrastructures énergétiques. L'Ukraine subit alors des coupures de chauffage et d'électricité massives. Le froid et la pénombre deviennent des agents à part entière de la guerre. Et cette stratégie pourrait porter ses fruits: cet hiver est le plus implacable depuis le début de l'invasion. Les températures pourraient atteindre –20 degrés.
Face à cette situation de crise, Kiev a dû prendre plusieurs mesures. Le 16 janvier, elle a annoncé la fermeture des écoles et des universités jusqu'au 1er février. Aussi, le couvre-feu, en vigueur actuellement de minuit à 5h, sera assoupli afin de permettre aux habitants de rejoindre plus facilement, la nuit, des structures où l’on peut se réchauffer, boire des boissons chaudes et recharger ses appareils. Vendredi dernier, le ministre ukrainien de l’Energie a demandé aux sociétés publiques d’accroître leurs importations d’électricité afin de pallier les tensions sur le réseau.
La manœuvre russe est transparente: créer une situation humanitaire catastrophique pour ainsi inciter une partie de la population de Kiev à s'exiler. Un tel départ fragiliserait d'office le pouvoir ukrainien et pourrait le pousser à envisager plus sérieusement les conditions de Moscou pour la paix.
Une chaleureuse résistance
Pourtant, aucun exode massif n'a jusqu'à présent été observé à Kiev. La manoeuvre russe, qui pensait instaurer la peur et l'épuisement dans le coeur des Ukrainiens, semble avoir provoqué une grande vague de détermination et de solidarité. Face à ces défis, les Kiéviens ont commencé à s'organiser. Par exemple, plusieurs applications mobiles indiquent les plages horaires où chaque quartier aura de l’électricité, permettant ainsi aux familles de planifier au mieux leurs déplacements et de recharger leurs batteries à la maison au meilleur moment.
L'ingéniosité des habitants réorganise le quotidien. Plus d’électricité ? On recharge ses appareils grâce à une batterie externe ou chez un voisin qui en possède encore un peu. Plus d’eau? Les magasins restent approvisionnés et quelques bonbonnes feront l'affaire. Le thermomètre chute durant la nuit? De nouvelles couvertures chauffantes viennent d'arriver sur le marché.
Malgré une situation tout à fait catastrophique, les Ukrainiens semblent conserver leur courage et même leur humour. Certains vont jusqu'à tourner la stratégie russe en dérision, ironisant que les frappes aériennes et les missiles ne font au final que les obliger à enfiler une seconde paire de chaussettes en laine à leurs pieds.
En s'en remettant à l'hiver, les Russes semblaient penser que le froid finirait par avoir raison des Ukrainiens. Erreur. Eux aussi savent ce que signifie affronter le gel et comment s'y préparer. Les Kieviens ne cèdent pas, ils attendent juste le retour du printemps.