Dimanche, Volodimir Zelensky s'envolera pour la Floride. Il emporte avec lui le plan en 20 points remanié par Kiev, qu'il veut faire accepter à Donald Trump dans sa résidence de Mar-a-Lago.
Ce nouveau plan est censé apporter la paix en Ukraine. Le projet – que l'Ukraine a déjà soumis aux émissaires de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner – contient de pénibles concessions pour l'Ukraine. Trois points de l'accord coûtent beaucoup à Zelensky et son gouvernement.
L'OTAN, de l'histoire ancienne
L'Ukraine avait pour objectif central d'adhérer rapidement à l'OTAN. Mais le plan en 20 points ne mentionne même pas cet objectif. Ces derniers temps, les Ukrainiens se contentent de garanties de sécurité «de type article 5». En d'autres termes, dès que la Russie attaquera à nouveau le pays, les partenaires internationaux devront venir en aide à l'Ukraine sur le plan militaire.
Ces garanties de sécurité fonctionneraient-elles si l'Ukraine ne faisait pas partie de l'OTAN? Jusqu'à présent, ces garanties n'ont pas été d'une grande aide pour Kiev. Par exemple, en 1994, lors de la signature du mémorandum de Budapest, Kiev avait cédé son arsenal nucléaire aux Russes. En échange, les Etats-Unis lui avaient promis qu'elle pouvait compter sur leur soutien militaire en cas d'attaque.
Toutefois, l'Ukraine se réserve deux portes de sortie. Tout d'abord, elle souhaite toujours adhérer le plus rapidement possible à l'UE. Le traité contient une clause de l'UE (article 42.7) stipulant que les pays membres doivent se porter mutuellement secours dès que l'un d'entre eux est attaqué. De plus, le nouveau plan de Zelensky ne mentionne pas explicitement de renoncer à l'OTAN, comme l'Ukraine aurait d'ailleurs dû l'accepter au début du mois, selon le plan russo-américain en 28 points.
Les soldats quittent le Donbass
Il y a encore quelques jours, retirer les soldats ukrainiens du Donbass et créer une «zone démilitarisée» le long du front était impensable pour Zelensky. Seulement voilà: à présent, l'Ukraine doit créer une zone économique spéciale sans présence militaire dans le Donbass. Kiev serait prête à retirer ses soldats de cinq, dix ou même quarante kilomètres si la Russie faisait de même de l'autre côté du front.
Malgré cette concession de taille, l'Ukraine n'abandonnerait ni le Donbass ni ses villes fortifiées de Sloviansk et Kramatorsk, sur lesquelles elle a toujours le contrôle.
Aucun tribunal pour crimes de guerre
Après tous les crimes de guerre présumés que Vladimir Poutine aurait causé en tant que Commandant en chef de l'armée russe, l'Ukraine voulait le voir traduit en justice à tout prix. Poutine est poursuivi par un mandat d'arrêt international depuis mars 2023 pour l'enlèvement de milliers d'enfants ukrainiens vers la Russie. Dans tous ses plans de paix précédents, Kiev exigeait un tribunal spécial pour le chef du Kremlin.
Mais cette exigence n'apparaît plus dans le nouveau plan en 20 points. L'accord ne mentionne aucun tribunal spécial, ni de procès pour Poutine. C'est là une preuve que l'Ukraine prend ce plan de paix très au sérieux. Il faut dire que logiquement, Poutine n'aurait pas participé à ce plan s'il l'obligeait à approuver sa propre condamnation.
Le fait que tous ces crimes restent impunis est douloureux pour Zelensky, mais aussi pour les centaines de milliers de familles ukrainiennes qui ont perdu leur maison et leurs proches dans cette guerre.
Bref, si Trump et Poutine approuvent ce plan, un cessez-le-feu immédiat s'appliquera en Ukraine. La guerre prendrait provisoirement fin après presque quatre ans. Cette issue est largement en dessous des espérances de l'Ukraine et de ses soutiens, mais représenterait une percée d'une importance historique. Malheureusement, tout porte à croire que cette proposition se heurtera elle aussi à l'opposition perfide de Moscou, comme tous les autres plans précédents.