Après l'échec de l'attentat au drone à l'aéroport de Leipzig/Halle, le ton monte dangereusement entre Berlin et Moscou. Le gouvernement du chancelier Friedrich Merz a décidé de frapper fort: il coupe les vivres à la Maison de la culture russe à Berlin, ordonne la fermeture du consulat général à Bonn et suspend la délivrance de visas. Dénonçant une «grave erreur», Moscou menace déjà de représailles «symétriques».
De son côté, l'ancien président russe Dmitri Medvedev va encore plus loin dans la provocation. Sur son canal Telegram, il fustige la ligne «néonazie» de l'Allemagne et appelle sans détours à mener des «frappes directes contre les entreprises d'armement allemandes». Dès lors, une question s'impose: jusqu'où ira Vladimir Poutine dans sa vengeance contre les Allemands?
Pour le gouvernement allemand, le doute n'est plus permis: c'est bien Moscou qui a tiré les ficelles de la tentative d'attentat du 5 août dernier à l'aéroport de Leipzig/Halle. Les explosifs, les composants et les dispositifs de mise à feu portent la marque des opérations russes en Ukraine. Le ministre de l’Intérieur de la CSU, Alexander Dobrindt, parle d’un matériel de pointe. La cible était vraisemblablement un avion-cargo ukrainien. L’échec de l’attentat est dû à des agents dits «jetables », de simples amateurs recrutés par Moscou pour faire le sale boulot. Dans ce contexte déjà électrique, l'Allemagne a subi mardi deux nouvelles attaques contre des installations électriques, dont les auteurs n'ont pas encore été identifiés.
Une chose est sûre: la guerre hybride de Poutine atteint un nouveau niveau d’escalade. Ulrich Schmid, spécialiste de la Russie à l’université de Saint-Gall, répond aux questions les plus pressantes.
A quelles «réactions symétriques» de la part des Russes faut-il s'attendre?
«Il est très probable que Moscou ordonne la fermeture de l'Institut Goethe, voire de ses deux autres antennes à Saint-Pétersbourg et Novossibirsk. Cela dit, la Russie avait déjà imposé de sévères restrictions il y a trois ans, obligeant ces instituts à fonctionner à une capacité très réduite. Rappelons d'ailleurs que l'Institut historique allemand de Moscou a déjà fermé ses portes en 2024, après avoir été classé comme 'institution indésirable'.»
Sommes-nous au début d'une campagne de sabotage permanent?
«Oui, il faut s’attendre à d’autres attentats. Le mode opératoire est désormais bien connu: le Kremlin va privilégier l'utilisation d'agents 'jetables' afin de pouvoir continuer à nier toute implication. Par conséquent, des actes de sabotage, de plus ou moins grande ampleur, vont se multiplier. Le gouvernement allemand protestera, et le Kremlin se contentera de rétorquer 'Où sont vos preuves?', tout en brandissant de nouvelles menaces de représailles.»
Comment faut-il interpréter la menace sévère de Medvedev?
«Le Kremlin cultive une rhétorique à plusieurs niveaux d’intensité. Poutine s’exprime en dirigeant avisé, Medvedev joue le rôle du chien de garde qui aboie, ce qui fait paraître la position de Poutine comme 'modérée'. Ce n’est pas la première fois que Medvedev profère de telles menaces sévères sans qu’il ne se passe rien.»
Que signifie concrètement la fermeture de la Maison de la culture russe?
«C'est une mesure purement symbolique. Avec sa programmation rébarbative, la Maison russe n'a strictement aucune influence sur la scène culturelle berlinoise et se contente d'entretenir un folklore digne de la fin de l'ère soviétique. Cette fermeture ne coûte pas grand-chose à l'Allemagne, mais elle ne lui rapporte pas grand-chose non plus. Néanmoins, cela permet au gouvernement de montrer qu'il ne laisse pas l'attentat de Leipzig sans réponse.»
Quel danger menace la Suisse?
«Du point de vue de Moscou, la Suisse est un acteur mineur. Le Kremlin tentera, comme en Allemagne, de rallier à ses positions les extrêmes droite et gauche du spectre politique. Il s’agit avant tout de thèmes tels que la neutralité, mais aussi la liberté d’expression prétendument menacée ou les médias prétendument russophobes.»